Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Le blog de Michel Bouffioux

Le blog de Michel Bouffioux

Les articles et vidéos du journaliste belge Michel Bouffioux


Bataille des Ardennes : "En cet hiver '44, le cours de la guerre ne pouvait plus être changé"

Publié par Michel Bouffioux sur 11 Décembre 2014, 13:35pm

Catégories : #Paris Match Belgique

Un entretien avec l'historien Francis Balace, publié dans l'hebdomadaire Paris Match Belgique, le 11 décembre 2014.

Professeur ordinaire honoraire de l’Ulg, l’historien Francis Balace raconte le dernier coup de bluff d’Hitler.

Professeur ordinaire honoraire de l’Ulg, l’historien Francis Balace raconte le dernier coup de bluff d’Hitler.

La Bataille des Ardennes est souvent dénommée « contre-offensive von Rundstedt », du nom d’un officier allemand qui, en réalité, n’y a pas été pour grand-chose ?
 

Francis Balace : C’est le moins que l’on puisse dire. Officier de la tradition prussienne, Gerd von Rundstedt entretenait des rapports plutôt mauvais avec Hitler qu’il qualifiait de « caporal de Bohême » ! Quelques mois plus tôt, il avait été limogé à cause de la débâcle allemande en Normandie. En réalité, le Führer fait appel à lui pour diriger la contre-offensive dans les Ardennes alors que tous les plans ont déjà été préparés par d’autres officiers, des fanatiques du régime. von Rundstedt ne peut refuser l’offre et il n’a évidemment pas l’oreille du dictateur lorsqu’il préconise une contre-attaque moins ambitieuse. Comme bien d’autres militaires allemands à l’époque, il ne croyait plus à une issue favorable de la guerre pour le Troisième Reich.

 

Quel était le plan d’Hitler ?
 

Il voulait réaliser une percée entre les forces américaines et britanniques qui se trouvaient sur le territoire belge. L’idée était de prendre les alliés à la gorge, de les asphyxier en les privant d’une place essentielle pour leur approvisionnement logistique. Je veux parler du port d’Anvers qui, à partir de la fin novembre 1944, devenait enfin opérationnel. Jusque-là, l’approvisionnement allié s’était fait encore depuis Arromanches
en Normandie.

 

Pour quelles raisons ?
 

Après le débarquement allié et malgré leur retraite générale, les Allemands avaient renforcé leurs positions sur l’île forteresse de Walcheren et en Flandre zélandaise, notamment dans ce qu’on a appelé « la poche de Breskens », de façon à interdire l’accès du port d’Anvers aux navires américains et britanniques. Au surplus, l’estuaire de l’Escaut avait été transformé en véritable mer de mines. Bien qu’il était crucial pour les alliés de reprendre ces points stratégiques, l’opération de Montgomery baptisée « Market-Garden » à Arnhem retarda au mois d’octobre le nettoyage des bouches de l’Escaut.(1) Dans les semaines précédentes, les Allemands avaient aussi arrosé Anvers de V1. Et quand Liège fut la cible des bombes volantes allemandes, la visée était identique : s’attaquer à la logistique alliée puisque la Cité Ardente faisait alors office de terminus des lignes d’approvisionnement américaines.

Le plan allemand impliquait la prise très rapide de certains ponts devant demeurer intacts sur la Meuse, suivie d’une avancée fulgurante sur Anvers. Dans une phase ultérieure, un rouleau compresseur devait se mettre en marche. Mais avec quels effectifs ? Dans les semaines précédentes, les Allemands venaient de perdre plus d’un million d’hommes.

C’est là qu’on voit que, d’un point de vue strictement opérationnel, ce plan n’était pas très réaliste. Fatiguée par quatre ans de guerre, l’Allemagne ne disposait plus d’hommes et de matériel en suffisance pour mener à bien cette seconde phase. L’ennemi manquait de carburant pour faire avancer ses chars dont certains étaient conduits pas des gamins à peine sortis de l’école des blindés. Le plan d’Hitler prévoyait que des dépôts de carburant américains seraient capturés pour trouver de quoi faire avancer les panzers. Mais l’essence alliée n’avait pas le même indice d’octane que l’essence synthétique allemande et donc, elle ne convenait pas. Derrière les panzers dévoreurs d’essence, les hétéroclites divisions de Volksgrenadiere n’avaient pas l’allure des envahisseurs de mai 40. Utilisant encore parfois la traction hippomobile et des armes dépassées, elles étaient composées de troupes qui n’étaient pas toujours très motivées. L’offensive « coup de poing » aurait-elle provisoirement réussi, grâce à son effet de surprise, qu’elle n’aurait pu être ensuite exploitée. Les Allemands seraient-ils arrivés jusque dans la plaine hesbignonne qu’ils auraient été ratatinés par l’aviation alliée totalement maître du ciel. De plus, les Américains avaient des possibilités de rééquipement dont ne disposaient pas les Allemands : quand un char US était détruit, un autre pouvait arriver en pièces détachées jusqu’aux carrières de Comblain-au-Pont et, quelques heures plus tard, il était bon pour le service… Pour faire bref, en cet hiver 1944, le cours de la guerre ne pouvait plus être changé ! Dans le même temps, si les Allemands voulaient encore tenter quelque chose, c’était à ce moment-là ou plus jamais. Outre leurs revers sur le front de l’Ouest, ils venaient de perdre des territoires essentiels comme la Roumanie et l’Ukraine. En d’autres termes, leurs sources d’approvisionnement en carburant et en blé. Bientôt, ils n’auraient plus les moyens de rien entreprendre. C’était leur dernière occasion de faire la guerre en dehors du Reich.

N’y avait-il pas un aspect de « guerre psychologique » dans cette stratégie suicidaire ?

C’est là le coup de bluff d’Hitler. Il savait que la guerre sur le théâtre européen n’était pas très populaire dans l’opinion publique américaine. Celle-ci était plus mobilisée par les combats contre les Japonais dans le Pacifique. Les Allemands espéraient donc qu’un éventuel revers des troupes US en Belgique, même si celui-ci était momentané, débouche sur une possibilité de négociation de paix séparée avec les Américains. Hitler rêvait même un renversement d’alliance dans un combat contre le bolchévisme. Il estimait enfin qu’une attaque à l’ouest poserait des problèmes logistiques aux Russes sur le front oriental : essoufflés eux aussi, les Soviétiques dépendaient fortement de l’approvisionnement en matériel américain.

On a également beaucoup parlé des « armes secrètes » allemandes. Fantasme ou réalité ?
 

C’est une réalité qui doit être relativisée. Ces armes existaient mais en exemplaires limités. On peut citer cet avion à réaction Messerschmitt qui volait trois fois plus vite que les chasseurs alliés, le char « Tigre royal » bien plus puissant que n’importe quel blindé allié ou encore cet avion en balsa, le Bachem-Natter, qui pouvait embarquer 24 roquettes… Hitler espérait que l’opération ardennaise retarderait les alliés, laissant le temps à ses scientifiques de rendre définitivement opérationnelles un certain nombre d’armes nouvelles et à son industrie de guerre de les fabriquer en nombre suffisant.

 

La météo devait aussi jouer un rôle dans ce coup de poker ?

Les Allemands misaient en effet sur le brouillard prévisible dans les Ardennes à cette période de l’année. Ces conditions atmosphériques devaient leur permettre d’avancer pendant au moins quelques heures, voire quelques jours, en évitant le pilonnage de l’aviation alliée. Ce qui, de fait, fut le cas, entre le 16 et le 22 décembre.

Ce retour des Allemands en Belgique aurait-il pu être évité ?
 

Sans doute, oui. D’une part, il n’y a pas eu assez d’opérations de reconnaissance dans l’Eiffel allemand alors que la concentration des forces préparatoires à la contre-attaque s’y opérait. En plus, les quelques renseignements relatifs à ce « build-up » qui sont parvenus au Q-G des Alliés ont été mal interprétés. Eisenhower et son état-major étaient convaincus que l’ennemi, conscient de sa défaire inéluctable, ne tenterait plus que d’organiser la défense de son territoire. J’ajoute qu’en décembre 1944, l’US Army put être bien plus loin dans son offensive, de telle manière que cela aurait forcément empêché la mise en oeuvre du plan allemand. Mais il se fait que, peu de temps après avoir mis les pieds en pays ennemi du côté d’Aix-Ia-Chapelle, les Américains ont freiné leur avancée pour un enjeu de politique intérieure. Il s’agissait de ne pas risquer davantage la vie des « boys » alors qu’une élection présidentielle se déroulait début novembre. Il y avait une peur exagérée des fortifications allemandes de la fameuse ligne « Siegfried ». A lire les rapports de services de renseignements alliés de l’époque, le « Westwall » apparaissait plus imposant que la Grande Muraille de Chine ! Cet attentisme relatif des alliés a été conforté par le sentiment que l’Allemagne était en train de s’écrouler de l’intérieur – voir l’attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler- et qu’elle allait peut-être demandé une paix séparée. Or, à ce moment, les anglo-américains n’auraient pas été insensibles à une telle issue qui aurait pu être de nature à favoriser un « containment » du communisme en Europe.

En bref, tout le monde jouait la montre ?

Exactement. Des deux côtés du front, on avait un agenda caché. Outre ses espoirs fondés sur ses armes secrètes et sur la versatilité de l’opinion publique américaine, Hitler avait aussi des préoccupations de propagande intérieure : la folle contre-offensive de décembre devait faire passer le message aux Allemands que, contrairement à toutes les apparences, le Troisième Reich n’était pas encore vaincu. Le bluff était aussi, en faisant montre d’une force qui n’existait plus réellement, d’obtenir une victoire, même limitée et provisoire, qui permettrait de négocier une paix séparée avec les anglo-américains, au détriment des Bolchéviques, alors que le territoire ouest-allemand ne serait pas occupé. Sans doute aussi avec l’idée de rééditer ce qui s’était passé à la fin de la Première Guerre mondiale : après leur retraite, les soldats allemands avaient été accueillis à Berlin par un chancelier qui les félicitait de n’avoir pas été vaincus sur le champ de bataille.
 

A la mi-décembre 1944, comment se présente le front ?

Les Allemands sont massés dans l’Eifel. Les effectifs alliés sont disposés de façon très peu homogènes. Sur la carte, cela ressemblait un peu à une tête de taureau. Sur la corne de gauche, les Britanniques avec Montgomery, qui n’était animé que par son obsession de conquérir au plus vite le bassin industriel de la Ruhr. Sur la corne de droite, un autre individualiste en la personne de Patton qui voulait passer par l’Alsace. Au centre, là où les Allemands vont tenter de passer, l’Ardenne plus dégarnie, avec peu de blindés et de moyens antichars. S’y trouvaient essentiellement des bleus qui savaient à peine charger leur fusil et des soldats certes plus expérimentés mais fatigués et au repos après des mois d’un campagne entamée avec le débarquement de Normandie. Pensez par exemple aux 84 prisonniers américains qui ont été massacrés au carrefour de Baugnez, le 17 décembre 1944, par les éléments SS dirigés par le dénommé Joachim Peiper : les victimes étaient des topographes d’artillerie, des gars qui, dans la vie, étaient architectes, ingénieurs, et qui, croyant se trouver dans un secteur calme, étaient sommairement armés de quelques fusils et colt 45. Ils ont été victimes de la barbarie nazie non pas parce qu’ils ont résisté farouchement, ou comme on l’a dit parfois parce que les Allemands n’avaient pas le temps de faire de prisonniers, mais parce que la plupart, venant de New York, avaient des noms à consonance juive.
 

Qui dit bataille des Ardennes pense généralement Bastogne ?

Et c’est encore plus vrai pour les Américains ! Quand j’ai vécu aux Etats-Unis, j’ai constaté que Bastogne était la ville de Belgique la plus célèbre. Cela renvoie certainement à des phénomènes de psychosociologie, à l’inconscient collectif. Bastogne s’est trouvée rapidement encerclée. Elle a été assiégée comme auraient pu l’être des caravanes de colons par les Indiens ! Ensuite, il y eu aussi le « Nuts ! » du général McAuliffe, lancé aux Allemands qui demandent sa reddition. Et, après quelques jours de résistance désespérée, ce ciel qui s’éclaircit tout à coup, qui fait que la donne change, que les ravitaillements peuvent être largués. Alors, comme au glorieux temps de la cavalerie, le général Patton arrive à la rescousse pour sauver les bons menacés par les méchants. Happy end !
 

Faut-il voir dans ce scenario hollywoodien, le moment le plus important de la Bataille des Ardennes ?
 

C’est certainement un moment important en termes psychologiques. Tant les Américains que les Allemands ont beaucoup lutté à Bastogne. Les soldats de la 101e Airborne, - les « Screaming Eagles »- ne pouvaient pas se rendre. Pas eux qui avaient déjà été les héros de Sainte-Mère l’Eglise, pas à la veille de Noël… Toutefois, si cette ville était tombée, cela n’aurait absolument rien changé à l’issue de la Bataille des Ardennes. Dans la région de Saint-Vith par exemple, la résistance des 2e et 9e divisions U.S. qui tinrent dans le blizzard pendant six jours face à la 6e armée blindée SS, fut stratégiquement plus cruciale. Il y a eu aussi des actes posés par des Belges qui ont eu une importance déterminante. Par exemple, cette dizaine d’hommes appartenant au 5e Fusiliers qui prirent l’initiative d’incendier un important dépôt d’essence dans les environs de Stavelot, privant définitivement de carburant les chars allemands. Peiper lui-même devra abandonner 160 chars dans les environs de La Gleize-Stoumont. Pour l’anecdote, ces héros belges eurent bien du mal à mettre le feu au dépôt qui ne disparût d’ailleurs pas totalement dans les flammes. Mais il y eu un énorme panache de fumée qui fit renoncer les Allemands à aller s’en emparer alors qu’ils se trouvaient tout près de leur objectif. D’autres Belges se sont également illustrés, il y a tellement d’histoires…
 

Par exemple ?
 

Je ne suis pas le plus grand marxiste de Belgique mais je vais citer Mao Tsé Toung : « L’armée doit être dans le peuple comme un poisson dans l’eau ». Et c’était loin d’être une réalité pour les « boys » qui combattaient sur notre territoire : ils ne parlaient pas français et encore moins le wallon. Donc, quelques Belges ont joué un rôle tout à fait extraordinaire dans des missions de liaison auprès de l’armée américaine. Tel Georges Martin, un officier du génie qui avait fait l’Ecole de Guerre à Paris où il avait été le compagnon d’études du chef d’état-major d’Eisenhower. Résistant au sein du MNR (Mouvement national royaliste), Martin mit son uniforme dans une petite valise et partit à pied à la rencontre des Américains avant qu’ils ne libèrent la Belgique. Sans autre forme de procès, il monta en France sur le premier char US qui passait devant lui. Et il y est resta jusqu’à la fin de la guerre sur notre territoire !
 

Quel apport a eu cet officier belge ?

Avant-guerre, il avait obtenu un diplôme de l’ULB dans le domaine des télécommunications. Et cela s’est avéré bien utile pendant la Bataille des Ardennes. Partout où ils passaient, les Allemands coupaient les lignes, mais Martin savait comment contourner cela en sautant de réseau en réseau, de central en central, avec la collaboration des opératrices manuelles. Ainsi, il parvenait à obtenir des renseignements cruciaux dans le dos des Allemands : leur nombre, leurs activités. Il téléphona un jour à la châtelaine de Conjoux pour lui poser sa question rituelle : « Avez-vous des Allemands chez vous ? ». Elle lui répondit : « Rappelez dans 5 minutes, ils sont au rez-de-chaussée ». Et c’est comme cela que fut localisée la tête de colonne de la 2e Panzerdivision et que celle-ci ne tarda pas à être liquidée, près de Celles, non loin de Dinant. Ce fut-là la pointe extrême de l’avancée allemande vers le Sud des Ardennes.
 

Quelles furent les conséquences du dernier sursaut de l’armée allemande en 1944 ?

Il y en a deux qui m’apparaissent essentielles : les alliés évacuèrent toute idée de paix négociée avec les Allemands quels qu’ils fussent. A partir de là, ils exigèrent la capitulation du Troisième Reich sans possibilité de discussion. Aussi, le temps perdu par les Anglo-Américains dans l’Ardenne permit aux Russes d’avancer jusqu’à l’Elbe et d’être en plus forte position lors du partage du monde qui allait bientôt être décidé à Yalta par Roosevelt, Churchill et Staline… 

(1) Des soldats belges appartenant à la Brigade Piron ont participé à ces très lourds combats visant à déloger les Allemands. Voir à ce sujet le site www.brigade-piron.be.

 

« Patton, c’était le général “Grande gueule” »

Lorsque l’on évoque la bataille des Ardennes, le nom du général Patton revient comme un leitmotiv. Francis Balace retrace le parcours de ce militaire haut en couleur, un client parfait pour le récit médiatique. « George Patton était un personnage très imposant, voire pontifiant. Une espèce d’aristocrate du Sud, né en Virginie. Son père avait été colonel chez les Sudistes au sein de la cavalerie de Jeb Stuart. Sa carrière militaire a débuté dans un décor de western spaghetti. Il a combattu Pancho Villa avec des colonnes de cavalerie dans le désert mexicain. En 1917, quand les Américains ont déclaré la guerre à l’Allemagne, il va s’intéresser de très près aux premiers blindés français. Il a suivi l’entraînement des chars Renault 17 et, visionnaire, il est devenu l’un des grands promoteurs du développement d’unités blindées au sein de l’US Army. Patton avait aussi un petit côté excentrique. Parmi d’autres choses, il a inventé une tenue pour les équipages de chars qui, heureusement pour les soldats concernés, n’a jamais été adopté : les conducteurs de char auraient dû porter un casque de footballeur américain de couleur dorée, un blouson vert pomme du style Guy l’Eclair…

» Plus sérieusement, Patton préconisait la constitution de grosses divisions de chars lourds, sur le modèle allemand. C’est aussi le centre d’étude de l’école de blindés qu’il a créé qui a mis au point le Jerrycan US - on peut traduire l’appellation par « bidon Fritz » - inspiré du « Kanister » inventé par les Allemands dans les années 1930. Membre de la fraternité des anciens de West-Point (un véritable C.A.M., Centre d’admiration mutuel), Patton avait son réseau de relations au sein de l’armée et en dehors. Il faisait clairement partie de ce qu’on appellera plus tard le "complexe militaroindustriel". Mais à la différence de nombreux collègues officiers, plutôt que de faire une carrière de dix ans dans l’armée pour ensuite rejoindre le monde du business, ce cavalier est toujours resté en selle et sous l’uniforme. En 1940, il a étudié de près les opérations allemandes et particulièrement celles de Rommel. Et quand l’Amérique est entrée en guerre contre l’Allemagne, il a participé à la campagne de Tunisie. Plus tard, en Sicile, il s’est brouillé définitivement avec le britannique Montgomery lorsqu’il s’est arrangé pour arriver le premier à Palerme, alors que le terrain environnant avait été conquis au prix de lourdes pertes par les soldats de Sa Majesté.»

 

« Ces enfants de… »

» Il ne s’agissait évidemment pas d’une attitude très confraternelle mais, fondamentalement, Patton, c’était le général « Grande gueule » : un type égocentrique, arrogant mais aussi hyper-réac ! Il a d’ailleurs perdu son commandement en Italie parce qu’il était incapable de concevoir que des combattants puissent souffrir du syndrome posttraumatique ou du « shell-shock ». Ce qui l’avait conduit à gifler un pauvre gars qui n’était plus en état de se battre et qui tremblait sur son lit, lors d’une visite dans un hôpital de campagne. Avec le langage de charretier qui lui était propre, il n’avait pas hésité à insulter le malade et cela avait fortement choqué les journalistes présents et l’opinion américaine. Dégommé après ce triste épisode, Patton a été envoyé en Angleterre avec comme ordre principal, si je puis me permettre l’expression, de « fermer sa grande gueule ». Ce qu’il n’a pas réussi à faire, bien évidemment. Lors d’une journée d’hommage à l’allié russe, il n’a pas pu éviter de faire encore une sortie du genre : '' On ne va pas donner des armes à ces enfants de… ''. Il a été une fois encore mis au placard et c’est alors que, sans combattre, il a rendu un immense service à l’armée américaine.

» Sa réputation parlait fort aux Allemands, au moins autant que celle de Rommel avait pu impressionner les alliés. Et les services secrets anglo-américains s’en sont fort bien servis dans le cadre de l’opération « Fortitude ». Soit l’invention de toute pièce d’une super-armée américaine, avec des faux chars en caoutchouc gonflable, de faux avions, des soldats se promenant dans des uniformes avec de faux insignes de division dans les rues de Londres lors de jours de permission fictifs, des fuites contrôlées vers les espions allemands, la simulation d’une intense activité radio etc… Patton était officiellement le chef de cette armée-fantôme qui avait été inventée pour tromper l’ennemi sur le lieu futur du débarquement allié sur le continent européen. Appelé à la rescousse

» Après le D-Day, on lui a rendu sa troisième armée blindée et pour faire oublier toutes ses outrances, on l’a mis sur le front français en Lorraine… Là, mais était-ce vraiment imprévisible, il entré en terrible concurrence avec les officiers du commandement français. Au moment de la Bataille de Metz, on ne peut pas dire que les rapports entre le général de Lattre de Tassigny et les américains étaient au zénith, à cause des immenses problèmes de coordination causé par un Patton qui n’avait pas de vision stratégique ou politique plus ample que ce qui apparaissant dans le champ de vision de ses jumelles.

» On le rappela à la rescousse lorsque Bastogne fut assiégé en décembre 1944. Et on imagine alors aisément comment Patton s’est trouvé en parfaite adéquation avec lui-même. Alors qu’il se trouvait dans la Sarre où il préparait une offensive sur la ligne Siegfried, il a réussi à faire pivoter sa 3e armée à 90° en un temps record, pour foncer sur l’Ardenne belge. L’opération a été fort célébrée, mais elle a été facilitée par la souplesse des troupes américaines et leur relatif confort d’approvisionnement. En termes imagés, je dirais que c’était possible de faire de tels mouvements pour une armée qui naviguait à la pagaye sur un océan d’essence !

» Il n’empêche, les chars de Patton roulant vers Bastogne, c’est quelque chose de très important dans l’histoire militaire des Etats- Unis. Il y a là un aspect psychologique indéniable puisqu’il s’agit d’une sorte de « replay » rappelant la cavalerie d’antan venant sauver les colons entourés par les Indiens. Le fait qu’il a réussi à rompre l’encerclement de Bastogne a évidemment contribué à renforcé un mythe qui a inspiré des écrivains et des cinéastes.

Un peu fou...

» Toutefois, derrière le héros connu de tous, il y avait enfin un personnage un peu fou. Qui croyait en la métempsychose et qui se prenait pour la réincarnation à la fois d’un général carthaginois, d’un cavalier de Napoléon et d’un confédéré de la guerre de Sécession. Bien qu’il n’ait jamais tenu de propos antisémite clairement identifiable, il y avait tout de même un fond raciste dans la pensée de Patton et les gars qui avaient un nom « un peu compliqué » ne restaient pas longtemps dans son état-major. Par rapport aux Noirs, il partageait évidemment les idées ségrégationnistes de l’époque. Truman, rappelons-le, n’a imposé la déségrégation de l’armée qu’en 1948. Ainsi, Patton prétendait que les Noirs n’étaient pas assez habiles pour conduire un char…

» Après la guerre, il est devenu gouverneur militaire de Bavière mais, en décembre 1945, il a été tué dans un accident de la route au Luxembourg. Sans preuve probante, certains auteurs ont prétendu que cette mort était suspecte car Patton était un personnage difficilement contrôlable. Très anticommuniste, il n’aurait certainement pas été contraire à l’idée d’envoyer ses chars sur Varsovie ou Prague ! Un Patton actif politiquement pendant la Guerre froide, cela aurait été quelque chose d’assez terrible. Lors de la jonction sur l’Elbe, il avait déjà annoncé la couleur en imposant à son traducteur de dire aux officiers russes qu’ils étaient des « fils de… ».
 

L’histoire d’un mythe
 

» Pendant la dénazification, il avait renoué avec les formules à l’emporte-pièce. Il prétendit de manière pour le moins déplacée que l’on pouvait comparer l’opposition entre nazis et antinazis en Allemagne à celle existant entre démocrates et républicains aux Etats-Unis ! En définitive, les reporters guettaient toutes ses sorties, attentant les déclarations tonitruantes, peut-être aussi le point de non-retour. Sous cet angle, Patton n’a sans doute pas été regretté de tout le monde dans le monde politique et militaire américain.

» Plus facile à gérer mort que vif, le général George Patton a pu ensuite laisser une autre image, la seule que l’on retient généralement aujourd’hui, celle du libérateur de Bastogne. Celle d’un homme fort et conquérant, certes habillé de manière un peu flashy, dans un uniforme délirant qu’il avait inventé lui-même, avec ses culottes de cheval d’une couleur kaki presque rose, ses bottes, sa veste en cuir et ses deux revolvers à crosse d’ivoire. C’est que Patton cherchait à se faire remarquer. Il faisait déjà son propre marketing et pensait que c’était une manière d’asseoir son autorité sur ses hommes. On peut dire que le mythe qui s’est développé après sa mort, il l’avait déjà consciemment créé de toutes pièces de son vivant ».

 

Bataille des Ardennes : "En cet hiver '44, le cours de la guerre ne pouvait plus être changé"
Bataille des Ardennes : "En cet hiver '44, le cours de la guerre ne pouvait plus être changé"
Bataille des Ardennes : "En cet hiver '44, le cours de la guerre ne pouvait plus être changé"

Pour lire, cliquer sur le lien.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents