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Le blog de Michel Bouffioux

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Les articles et vidéos du journaliste belge Michel Bouffioux


Crâne de Lusinga : en Belgique, on ne débat pas, on fait de l'art

Publié par Michel Bouffioux sur 1 Mars 2020, 11:02am

Catégories : #Exclu www.michel bouffioux.be

Après la publication de mon enquête sur l'assassinat du chef Lusinga aux premières heures de la colonisation du Congo, après la mise en lumière de l'origine criminelle des statuettes de ce chef qui sont exposées au Musée de Tervuren, après la première mise au jour médiatique de la conservation du crâne de ce chef dans un boîte au Musée des sciences naturelles à Bruxelles, je m'attendais à un grand débat public en Belgique. Mais non, rien… Par contre, le crâne de Lusinga, stylisé par un artiste, sera dorénavant présenté aux visiteurs du Musée royal de l'Afrique centrale...  

Une représentation du crâne de Lusinga a été placée dans la rotonte du Musée de Tervuren. Elle est l'oeuvre de l'artiste Aimé Mpane.

Une représentation du crâne de Lusinga a été placée dans la rotonte du Musée de Tervuren. Elle est l'oeuvre de l'artiste Aimé Mpane.

La Belgique est décidemment un pays extraordinaire. Où tout peut se passer, où tout peut s’effacer, tant l’art de l’accommodement y est pratiqué avec une expertise inégalée. Voici donc que le Musée de Tervuren annonce qu’une œuvre artistique représentant le crâne du chef Lusinga fait son entrée dans sa rotonde.

Cela est présenté comme un acte "décolonial". Avec plusieurs dizaines d’autres personnes, Lusinga a été assassiné le 4 décembre 1884 lors d’une expédition punitive commanditée par le lieutenant Emile Storms dans l’actuel Katanga, non loin du lac Tanganyika. Le butin de cette agression sauvage menée par des mercenaires fut ramené en Belgique dans les malles de Storms. Il était notamment constitué de statuettes et de crânes humains (celui de Lusinga mais aussi ceux d’autres chefs africains décapités parce qu’il avait contesté l’autorité du conquistador). Après la mort de ce criminel de droit commun qui œuvrait pour le compte d’une association internationale privée, le Musée du Congo implora son épouse de lui confier le butin.

Ainsi, au début des années 1930, la « collection » privée devint une « collection » publique. Aujourd’hui encore, les statuettes volées par Storms font partie des « trésors » du Musée, de ce qu’il appelle ses « objets merveilleux ». Tandis que le crâne se trouve dans une boîte au Musée des sciences naturelles de Bruxelles. En mars 2018, à la suite de longues recherches dans les archives, j’ai raconté l’histoire de l'assassinat du chef Lusinga. C’est peu dire que cet article a secoué la direction du Musée de Tervuren. Alors, il y a eu quelques débats et conférences organisées par des associations (Bamko, MRAX asbl, Bruxelles Panthères …), de vagues promesses politiques de restituer le crâne et d’autres restes humains, il y a eu aussi des demandes de restitution venues du Congo…

Et puis ? Plus rien. Le gouvernement encommissionna l’affaire Lusinga au parlement et récemment un groupe de scientifiques a reçu un petit budget pour étudier la question des collections coloniales de restes humains. Sinon, tout est resté en l’état dans l’Etat de l’immobilisme : les crânes sont toujours dans les boîtes, les statuettes sont toujours dans les vitrines, le buste muet de Storms trône toujours dans un parc ixellois et, bien entendu, le grand débat public n’a toujours pas eu lieu. Une représentation du chef Lusinga dans la rotonde du Musée pour solde de tout compte ? Est-ce cela le débat "décolonial" en Belgique?

Pour en savoir plus, suivre ce lien

 

 

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