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Le site de Michel Bouffioux

12 ans sans sa fille enlevée en Roumanie...(03/03/2011)

Publié le 13 Mars 2011 par Michel Bouffioux in Paris Match Belgique

VINCENT ESPERE LE SOUTIEN DES AUTORITES BELGES

 

Enquête évoquée sur le plateau de "L'Info Confidentielle Paris-Match" le 27 février 2011 et publiée dans l'hebdomadaire "Paris Match Belgique", le 03 mars 2011.


michel-roumanie.JPG«A la fin du mois d'avril, je pourrai peut-être revoir Océane. Sa maman a accepté l'idée que je vienne avec ma sœur et mes parents en Transylvanie. C'est la première fois que j'embrasserai ma fille depuis douze ans. Je ne revendique plus rien d'autre que cela. La revoir de temps en temps. Mais ce n'est pas encore gagné». Paroles d'espoir. Témoignage d'une quête devenue obsessionnelle. Celle d'un père virtuel. D'un père dépossédé. Orphelin de sa fille.

 

Légende de la photo : Regards

Ils ont le même regard, les mêmes yeux qui semblent refléter le même espoir. Ce père et sa fille attendent de se revoir depuis si longtemps.

 

Après avoir été défendu pendant des années par des bras cassés du barreau - il y a de vrais problèmes de compétence dans cette profession -, il a fait appel aux conseils d'un avocat de renom. Désormais, c'est le renommé Michel Graindorge qui veille à ses intérêts et son dossier commence enfin à bouger. «C'est une belle personne et son combat est juste», nous dit le ténor du prétoire avant de nous laisser seul avec cet homme aux yeux tristes à côté duquel se trouve sa sœur . Vincent Retelet, c'est son nom, est encore jeune et bien bâti. Voilà le genre de gars qui doit pouvoir rencontrer l'amour facilement... Et il en était lui-même convaincu, quand il tomba en pâmoison devant une perle arrivée tout droit de Roumanie. «Le coup de foudre m'est tombé dessus en 1997 », se remémore- t-il. «Je me rendais régulièrement à la plage du parc récréatif de Renipont (Lasne). Adina était serveuse dans la cafétaria. Très jolie, elle avait accompagné son beau-père qui travaillait en noir comme homme à tout faire pour diverses personnes dans la région. Tout est allé très vite. On s'est rapidement installés à Waterloo, on s'est mariés et, le 13 septembre 1998, Océane est née».

 

michel-roumanie3.JPGFin du compte de fée. Vincent Retelet dévoile ensuite l'envers du décor : «Tout s'est passé magnifiquement jusqu'au mariage. Ensuite, elle est devenue agressive, revendicatrice à tout crin. J'étais pourtant le même homme qu'avant notre union officielle, mon affaire tournait bien (NDLR : il est chauffagiste indépendant), on vivait dans le confort. Et surtout, elle avait fait ce qu'il fallait pour tomber enceinte. Je ne comprenais rien à ce qui se passait.».

 

La triste réalité ne se révélera que petit à petit. «J'ai compris que sa volonté d'avoir des papiers était plus grande que son amour pour moi. Il m'est apparu qu'elle entretenait des relations très ambiguës avec son beau-père. Je les ai surpris un jour dans la chambre. Elle me trompera aussi avec d'autres hommes, notamment un policier de Wavre et une sorte de petit truand, ce qui me vaudra un soir de recevoir quelques coups de couteau lors d'une bagarre. Durant notre vie commune, elle disparaissait sans cesse, rentrant tard le soir ou ne rentrant pas. Et cela a continué quand la petite était là. Parfois, elle rentrait sans elle. Parfois, elle rentrait à minuit avec elle. Cela provoquait des disputes. Elle en rajoutait pour me provoquer et, comme un con, il m'est arrivé de mordre à l'hameçon. Alors, elle allait dans un commissariat où elle connaissait bien un policier pour déposer des plaintes contre moi». 

 

Tous ces événements se passent sur un très court laps de temps. Cinq mois à peine après la naissance d'Océane, les jeux sont faits. Vincent témoigne : «Une après-midi de février 1999, je suis rentré plus tôt de mon travail. Adina était dans la salle de bains avec la petite et elle était en communication sur son portable. Je l'ai entendue se plaindre de la vie en Belgique. Elle disait préparer son retour en Roumanie où elle irait revivre en prenant la petite avec elle».

 

Le sang du chauffagiste ne fait qu'un tour. Il se fâche. Tente de discuter avec sa femme. Finit par prendre l'enfant pour le conduire chez ses parents... Réflexe compréhensible, mais vain et contre-productif. «Deux jours plus tard, j'étais convoqué devant le tribunal de Nivelles pour enlèvement d'enfant !» reprend-il. «J'ai eu à peine le temps de prendre un avocat. Il m'a défendu comme il pouvait, tentant de faire valoir ma crainte d'un rapt parental, le fait qu'Océane n'était nullement en danger chez ses grands-parents, qu'à vrai dire c'était plutôt l'inverse. Il a demandé aussi à la présidente d'accorder un peu de temps avant de trancher».

 

Selon Vincent, «Adina était fringante et affichait la mine d'une personne très confiante devant la juge. Elle était, il est vrai, accompagnée d'une personnalité qui semblait, en plus, très bien connaître la présidente. En fait, elle travaillait au noir comme "femme de ménage" chez un avocat qui a fait une carrière politique». (NDLR : en effet, ce juriste a été ministre de tendance cdH au moment où ce parti s'appelait encore le PSC. Des carrières bien rémunérées, donc, mais sans doute pas encore assez pour faire travailler une jolie servante dans la légalité...)

 

Une ordonnance est rendue le jour même et elle est défavorable à Vincent Retelet, auquel il est reproché d'avoir «enlevé» son enfant. Toutes les apparences sont alors contre lui et l'avocat qui défend Adina G. fait bien valoir l'intérêt de ce bébé d'être plutôt dans les bras de sa maman. Cette dernière en reçoit la garde. «Après l'audience, ma femme, la présidente du tribunal et le politicien ont conversé pendant quelques minutes. Mon père et moi, on a regardé le spectacle un peu interloqués, sans trop savoir ce que l'on devait en penser. Et puis, on a pris la voiture vers Lillois où se trouve la maison de mes parents. Cinq ou six minutes de route maximum. Quand on est arrivé, il y avait déjà un combi de la police devant la maison pour récupérer la petite».

 

Certes, Vincent conserve alors un droit de garde de son enfant mais il est limité à un week-end sur deux. Et en plus, cela ne se passe pas bien : «II arrivait à Adina de ne pas être là quand je devais récupérer Océane, ou qu'elle refuse de me la confier. J'ai fait constater les faits mais sans que cela ne produise le moindre effet sur son comportement. En fait, cette femme a toujours nié mon rôle de père. Dès l'accouchement, auquel elle avait refusé de me laisser assister».

 

Huit mois dans cet enfer relationnel passent encore... Et Adina s'en retourne en Roumanie avec sa fille. «Elle n'est jamais revenue. Je n'ai plus jamais revu ma fille. Cela fait douze ans !» pleure son papa. 

 

Plus tard, Vincent en apprendra un peu plus sur les circonstances de ce rapt. «Elle s'est fait escorter par le petit truand qui m'avait donné les coups de couteau. Mais quelques temps après être revenu de Roumanie, cet homme a repris contact avec moi. Pacifiquement, cette fois. Pour m'expliquer qu'il était resté trois semaines dans une maison misérable à Sibiu. On le faisait dormir sur un matelas disposé à même le sol et à partir de son arrivée sur place, Adina ne l'avait plus regardé de la même manière. Un jour, un homme lui a mis un revolver sur la tempe et il lui a dit que le temps était venu qu'il dégage».

 

Depuis l'enlèvement, Vincent n'est pas resté les bras croisés. Dès le 3 décembre 1999, le tribunal de 1ère  instance de Nivelles fait machine arrière toute par rapport à sa première décision qui avait célébré l'intérêt de confier l'enfant à sa maman. La garde principale d'Océane est alors donnée au papa. On ne résiste pas à citer les attendus de ce jugement : «L'ordonnance du 26 février 1999 a confié à la défenderesse (Adina G.) l'hébergement principal de la fille commune des parties (...) La défenderesse a quitté la Belgique avec sa fille pour s'installer en Roumanie. Elle commet ainsi, à son tour, une voie de fait de la même nature que celle dont elle avait été victime au début de la séparation des parties. La situation est, en l'occurrence, plus grave, puisqu'il s'agit d'un enlèvement international d'enfant qui doit cesser immédiatement... »

 

«Qui doit cesser immédiatement», mais qui est toujours en cours en ce début mars... 2011. Il faudra attendre le 27 septembre 2007 pour qu'Adriana G. soit renvoyée devant le tribunal correctionnel de Nivelles, qui la condamnera douze mois plus tard : un an de prison avec sursis, du chef, notamment, d'enlèvement d'enfant. Vincent obtiendra aussi de divorcer de cette femme qui ne l'a jamais aimé. Que de victoires devant les cours et tribunaux belges ! Mais cela lui fait une belle jambe...

 

«Mon client n'a toujours pas revu sa fille !» s'indigne Me Graindorge. En cause, un imbroglio juridique : «Des décisions contradictoires ont été prises par les tribunaux roumains. Là-bas, il a été décidé que le lieu de résidence de l'enfant était la Roumanie et que son intérêt était de rester dans ce pays. L'argument du temps est notamment invoqué : il y a si longtemps que l'injustice perdure qu'elle en devient un état de fait qui s'impose à tous. Océane a grandi à Sibiu, où elle a désormais des attaches, et elle parle à peine le français. Il n'en reste pas moins que les décisions roumaines ont été prises dans le mépris le plus total de la Convention européenne des droits de l'homme et du principe de débat contradictoire applicable dans un Etat de droit. En fait, Vincent Retelet n'a jamais été contacté d'une quelconque façon par des autorités judiciaires ou administratives de l'Etat roumain ! »

 

Plutôt que de s'enfoncer plus encore dans les méandres de procédures judiciaires qui risquent fort peu d'aboutir, la famille Retelet a décidé de ne plus revendiquer qu'un droit de visite. Selon les normes européennes en vigueur dans ce type de dossier, cette revendication équivaut à une acceptation implicite que le lieu de résidence principal d'Océane est désormais la Roumanie. «Pour l'instant, nous explorons une voie amiable», explique Estelle, la sœur de Vincent. «J'ai eu de brefs contacts via le téléphone et Facebook avec la maman et l'enfant. Une rencontre est acceptée pour la fin du mois prochain. Entre le 18 et le 22 avril 2011, mes parents, mon frère, ma fille et moi, on se rendrait à Sibiu et on renouerait un contact avec Océane. Dans cette perspective, en pensant aussi à l'avenir, ma mère et moi, nous suivons des cours de langue roumaine depuis plusieurs semaines. Nous acceptons donc l'idée qu'Océane vive là-bas mais nous voulons créer un lien, lui dire qu'il y a de l'amour pour elle en Belgique aussi, qu'elle peut venir y passer des séjours, par exemple pendant les vacances» 

 

Tout est-il donc en passe de s'arranger après des années de silence ? Peut-être. «Peut-être pas !» tempère Michel Graindorge. «II y a eu beaucoup de décisions non respectée : dans ce dossier. Qu'en sera-t-il alors d'un accord amiable ? Il est donc impératif que nous disposions d'un soutien des autorités belges et roumaines pour éviter un déplacement inutile ; Sibiu. Et si la rencontre a bien lieu, elle devra se passer dans de bonnes conditions pour l'enfant et les parties. Par exemple dans un espace-rencontre. Je ne parviens pas à recevoir d'assurances minimales sur ces points essentiels».

 

En décembre et janvier dernier, l'avocat de Vincent a demandé un appui à une cellule spécialisée du SPF Justice. Mais, au moment de nous rencontrer, fin février, il attendait toujours une réponse de cette administration dont l'une des missions est d'assurer l'encadrement des parents-victimes à l'étranger. Sans pouvoir faire état d'une confirmation officielle, il nous est cependant revenu que les autorités belges ont bel et bien pris contact avec les autorités roumaines. Ces dernières auraient garanti leur collaboration mais, mauvais signe, elles n'avanceraient guère dans leur travail préparatoire, parce que la maman et son avocat roumain seraient difficilement joignables. Si cette procédure amiable devait échouer - nous suivrons l'affaire -, il resterait aux autorités roumaines, comme le leur imposent les accords internationaux de coopération, à entamer elles-mêmes une action judiciaire contre Adina G. aux fins de l'obliger à respecter un droit de visite pour le père de sa fille.

 

Chaque année, trois cents nouveaux dossiers de rapts pa rentaux sont ouverts par les fonctionnaires du point de contact fédéral. Drôle d'époque où l'amour est souvent confondu avec un sentiment de propriété qui n'a rien d'humain.

 

michel-roumanie2

Légende de la photo : Appel à l'aide

Vincent Retelet, que l'on voit ici à côté de Michel Bouffioux,a lancé un appel

à l'aide sur le plateau de «L Info confidentielle Paris Match» (RTL-TVI), ce dimanche 27 février 2011.

 


ADRESSES UTILES :

 - SPF Justice - Point de Contact fédéral

boulevard de Waterloo 115

1000 Bruxelles,

Tél : 02/542.67.00 (24h/24)

E-Mail : rapt-parental@just.fgov.be

Site internet : www.just.fgov.be


- SPF Affaires étrangères - Service de la Coopération

judiciaire internationale - Cellule Rapts parentaux

rue des Petits Carmes 15

1000 Bruxelles

Tél : 02/501. 81.11

Site internet : www.diplomatie.belgium.be

 

- SOS Rapts Parentaux

E-Mail : sosraptsparentaux@hotmail.com ou sultana_kouhmane@hotmail.com

 

- Child Focus

Tel : 116.000

Site internet : www.childfocus.be

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