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Le site de Michel Bouffioux

Enigme canine (19/05/2004)

Publié le 18 Mai 2004 par Michel Bouffioux in La Dernière Heure

Chronique "Si on me laisse dire", publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure" en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

 

Enigme canine (53 - Le 19 mai 2004)

 

Même le mystère du chien Bamberg restera entier. Je vous parle du clebs de l’ex-gendarmerie qui est descendu dans la maison de Marc Dutroux, le 13 août 1996. Ce jour-là, le criminel venait d’être arrêté et il n’était encore que le suspect principal de l’enlèvement de Laetitia Delhez commis quatre jours plus tôt à Bertrix. La victime avait séjourné trois jours dans une chambre à l’étage. Elle avait été attachée à l’étage inférieur d’un lit superposé. En outre, elle s’était rendue dans plusieurs pièces (salle de bain, cuisine) avant d’être descendue dans la sinistre cache par Marc Dutroux. Vers 16 heures, selon son maître-chien Pascal Lardinois, Bamberg entrait donc dans la maison de l’horreur. Pour marquer la présence de la petite disparue, il avait reniflé son drap de lit.

 

Vous vous dites certainement que Bamberg ne pouvait que déceler la présence de Laetitia ? Ce serait oublier que l’on se trouve ici dans le cadre de cette affaire Dutroux, ce dossier maudit où rien n’a jamais fonctionné tout à fait correctement. Depuis tant d’années… Donc, comme de bien entendu, Bamberg ne sentira rien. «C’est une énigme. J’ai fait toutes les pièces ! Pas de réaction», témoigne l’ex-gendarme Lardinois. Le mystère est d’autant plus grand que, deux heures plus tard, le même Bamberg, imprégné de l’odeur du même drap de lit, va marquer le passage de Laetitia Delhez dans la Renault Trafic qui avait servi à son enlèvement.

 

Avec beaucoup de passion, on s’est perdu en conjecture à la Cour d’assises d’Arlon sur le mystère du chien. N’a-t-il pas senti parce qu’il aurait été précédé par d’autres intervenants policiers ? L’ineffable René Michaux, réentendu hier, l’avait laissé entendre lorsqu’il affirmait que des membres du Posa et des laborantins furent les premiers à rentrer dans la maison de Dutroux. M. Lardinois a démenti. Selon son souvenir, il fut bien le premier à se rendre dans la cave et dans les chambres. In fine, l’odeur pestilentielle qui régnait dans le bâtiment, voire le passage en ce lieu d’autres chiens, pourrait être la clé de cette énigme canine. En tous cas, c’est ce que suppose, mais visiblement trop y croire lui-même, le maître chien.

 

Voilà pour la polémique du jour à Arlon. C’est dire où l’en est. On ne saura donc jamais pourquoi Bamberg est passé, comme le gendarme René Michaux, à côté des victimes de Dutroux. On a tout de même appris quelque chose hier. Figurez-vous que Bamberg n’est pas un chien! C’est une chienne de trois ans… Aucune importance ? En effet. Mais cela symbolise bien l’ensemble de ce procès où, finalement, on aura appris bien peu de choses. Si ce n’est ce constat renforcé qu’après sept ans d’instruction, on aurait pu espérer en savoir plus…

 

Les vraies questions, celles que les parents de Julie, de Melissa, d’An et d’Eefje posent depuis près de neuf ans restent donc tragiquement sans réponse. Qu’ont vécu ces enfants? Quand et comment sont-ils morts? Pourquoi ont-ils été enlevés? Pour qui? Mais il y a  plus tragique encore. Je veux parler de ce sentiment de lassitude qui semble définitivement s’être installé chez les acteurs du procès d’Arlon. Cette très perceptible résignation collective qui se manifeste chaque jour un peu plus… Tout passe, tout casse, tout lasse. Tant pis pour les gosses martyres. Tant pis pour leur parents. Le dossier Dutroux va bientôt quitter l’actualité pour rejoindre les livres d’histoire.    

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