Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le site de Michel Bouffioux

Madame Dutroux (07/05/2004)

Publié le 6 Mai 2004 par Michel Bouffioux in La Dernière Heure

 

Chronique "Si on me laisse dire" publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure" en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

  

Madame Dutroux (46 - Le 7 mai 2004)

 

Martin.jpg

«Michelle, s’il te reste quelque chose d’humain, arrête de te mentir, arrête de mentir à tout le monde. Dis la vérité pour faire avancer les parents. Ils ont besoin de savoir»

 

 

 

 

«Michelle, tu ne crois pas qu’il serais temps de dire toute la vérité. Qui a fait quoi ? Quand ? Pourquoi ? Pour qui ? Les parents des enfants attendent de savoir».

 

Moments d’intenses émotions. A quelques heures d’intervalle, deux témoins qui ne se connaissent pas, mais qui connurent fort bien Michelle Martin l’ont imploré de dire enfin tout ce qu’elle savait, de balayer ses parts d’ombres et de mensonges…

 

Mais l’ex-épouse de Dutroux est restée de marbre. Pas un mot, le matin, lorsque son cousin Jacques D. la regardait dans les yeux. Il est vrai qu’avant qu’elle n’ait pu exprimer le moindre son, le commentaire d’un avocat avait déjà orienté les débats dans une autre direction. La réaction attendue ne se produira donc qu’en milieu d’après-midi, alors que son ancienne institutrice, Rolande Livemont tirait une seconde salve en direction de la conscience de l’accusée.

 

Michelle Martin s’est donc redressée. Elle a pris le micro. D’une voix forte et déterminée, comme une institutrice agacée qui ferait une remarque à un de ses élèves, la complice de Marc Dutroux et consorts s’est alors lancée dans un commentaire ressemblant presque à une sentence sans appel : «J’ai dit toute la vérité, Monsieur le Président. J’ai dit tout ce que je savais à mes enquêteurs et ils m’ont interrogé pendant des heures et des heures». «Réfléchit», a cependant renchérit Mme Livemont. Réponse définitive, froide et cruelle pour les parties civiles. A l’image de l’ensemble de cette affaire : «Je n’ai plus à réfléchir. Toute la vérité est dans le dossier».

 

«Toute la vérité est dans le dossier»? Au bout de dix semaines d’un procès dont le principal enseignement a été que ce n’est justement pas le cas, la sortie de Michelle Martin donne la nausée. Pourtant, elle ne surprend guère. Elle renvoie aux déclarations variables de Martin dans l’enquête de Neufchâteau. Et aussi à d’autres témoignages qu’on a entendus ce jeudi. Par exemple, celui de cette dame qui, en 1986, avait signé une pétition en faveur de Michelle Martin convaincue qu’elle avait été emportée malgré elle dans les premières aventures criminelles de Marc Dutroux. «J’ai compris, deux ans plus tard, que j’avais été trompée lorsqu’elle l’a épousé en prison», dira-t-elle. Je pense aussi au témoignage de son cousin : «J’ai eu des contacts avec elle après la mort de sa mère. C’est moi qui été chargé de mettre en ordre ses affaires. Elle s’est présentée à moi comme une victime. Elle m’a dit qu’il ne fallait pas croire ce que la presse disait. Au fil de quelques discussions que nous avons eues, elle prenait de plus en plus d’assurance. Finalement, j’ai du lui rappeler pourquoi elle était en prison depuis 1996 !»  

 

Michelle Martin n’a pas été l’épouse de Marc Dutroux par hasard. Elle l’avait déjà indiqué par sa complicité active dans les enlèvements et viols des années ’80. Elle l’avait ensuite confirmé par son implication dans les faits encore plus graves qui sont actuellement jugés à Arlon. Elle nous l’a définitivement prouvé hier, en adoptant la même ligne de défense que son ‘ex’ : mentir malgré les évidences. Et malgré les insupportables incohérences et zones d’ombre de cette affaire qui a fait pleurer tant de familles. Si ce n’était déjà fait, je crois que ‘Madame Dutroux’ a, hier, réservé son billet pour la perpétuité.

Commenter cet article