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Le site de Michel Bouffioux

Monsieur le 6ème juré (14/05/2004)

Publié le 13 Mai 2004 par Michel Bouffioux in La Dernière Heure

 

Chronique "Si on me laisse dire", publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure", en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

 

Monsieur le 6ème juré  (51- Le 14 mai 2004)

 

Monsieur-le-6eme-jure.jpg

 

On ne rendra jamais assez hommage aux jurés de la Cour d’assises d’Arlon. Depuis le début du procès, ceux-ci suivent les débats avec une assiduité évidente. Jamais l’un d’entre eux n’a pu être pris en défaut d’attention. Presque tous, ils prennent des notes et on lit facilement dans leurs regards tout le sérieux qu’ils confèrent à leur très délicate mission. A chaque fois que je rentre dans ce tribunal d’Arlon, la présence de ces femmes et de ces hommes tellement imprégnés de leur devoir citoyen me touche profondément : ils sont l’émanation très concrète de notre système démocratique; Quotidiennement, ils témoignent d’un énorme privilège qui est le notre : celui de vivre dans un Etat de droit.

 

 

 

 

Alors que des élections se profilent. Au moment, où l’on craint une poussée de certains mouvements antidémocratiques et d’extrême droite, il est essentiel de souligner ces constats-là. Ils ne sont d’ailleurs pas contradictoires avec un regard critique sur nos institutions. Et, en l’espèce, sur les nombreux ratés des enquêtes qui ont été menées sur Marc Dutroux et consorts. Oui, certains magistrats et policiers n’ont pas bien fait leur boulot dans cette tragique affaire. C’est un autre privilège de la démocratie que de pouvoir le dire, le crier et l’écrire. Par contre, en tirer la conclusion – comme le font les nauséabonds mouvements d’extrême droite – que tout est pourri et qu’il faut «balayer» les institutions démocratiques n’est ni plus ni moins qu’une énorme escroquerie intellectuelle.

 

Des erreurs policières, c’est évident, on peut en déplorer dans tous les systèmes de gouvernement. Mais un phénomène a été démontré à d’innombrables reprises. Il est incontournable. Tristement répétitif : quand les ennemis de la démocratie accèdent au pouvoir, les bavures s’accroissent et elles deviennent plus graves. Et puis, bien entendu, personne n’est plus en mesure de les dénoncer : les citoyens qui veulent contester, la presse qui désire rendre compte sont alors muselés. Dans le régime dont rêvent des partis comme le Vlaams Blok ou le FN, un jury comme celui qui existe à Arlon n’aurait même plus lieu d’être… Où alors qu’il ne ferait que de la figuration.

 

En cette fin de 11ème semaine, ce sont les larmes du 6ème juré qui m’ont donné envie d’écrire ces lignes. Je souhaiterais d’ailleurs qu’il les lise. Pour qu’il soit persuadé que son passage écourté à la Cour d’assises d’Arlon n’a pas été inutile. Par le travail qu’il a fourni. Mais aussi par le message très important qu’il a fait passé en montrant à quel point il avait pris à cœur d’aller au bout de sa mission. Non, Monsieur ne vous punissez pas en évoquant des extrémités telles que le suicide. Dites-vous que vous avez fait de votre mieux. C’est tellement évident! Comme l’ensemble des membres de ce jury, vous méritez la plus grande considération. Gageons enfin que les jurés qui iront jusqu’au bout de ce procès ne se sentiront pas paralysés par ce troisième départ d’un de leur collègues. Qu’ils continuent à poser toutes les questions dictées par leurs consciences. C’est là encore le droit que leur confère notre système démocratique. La liberté n’a de sens que si on en use…

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