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Le site de Michel Bouffioux

Qui a peur de la vérité ? (08/04/2004)

Publié le 7 Avril 2004 par Michel Bouffioux in La Dernière Heure

 

Chronique «Si on me laisse dire» publiée dans le quotidien belge «La Dernière Heure» en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

 

Qui a peur de la vérité ? (28 – Le 8 avril 2004)

 

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On savait déjà qu’il y avait quatre menteurs patentés dans le box des accusés de la Cour d’assises du Luxembourg. Mais combien y-en a-t-il parmi ceux qui ont enquêté sur l’association de malfaiteurs qui est jugée à Arlon ? Combien y-en-t-il eu au sein de l’ex-gendarmerie ? Combien y en a-t-il encore au sein de l’actuelle police fédérale ? Questions choquantes ? Certainement. Pour les citoyens que nous sommes, bien sûr. Mais aussi  pour un corps de police dont les membres, dans leur immense majorité, ne peuvent être rendus responsables de l’attitude peu respectueuse à l’égard des jurés de quelques-uns.

 

 

 

 

Voilà donc qu’hier, une nouvelle contre-vérité de l’ex-gendarme René Michaux a été éventée. Elle est relative, une fois de plus, à la perquisition du 13 décembre 1995 chez Dutroux. Sur place, Michaux avait téléphoné à un substitut du parquet de Charleroi pour annoncer la découverte de nombreuses cassettes vidéo. Il lui avait été répondu de dresser un «procès-verbal initial». En langage juridique, cela veut dire que le gendarme avait constaté une nouvelle infraction ou un délit quelconque. Comment peut-on découvrir un délit sur base de cassettes vidéo si on ne les regarde pas ? Le mystère était resté entier après l’audition du gendarme par la Cour d’assises. Rien, absolument rien, disait-il, n’avait été visionné chez Dutroux. Plus tard, le serrurier Lejeune, présent le 13 décembre 1995, témoignera… qu’il a vu les gendarmes en train de regarder des cassettes sur la télé de Dutroux. Michaux avait aussi expliqué que le «procès-verbal initial» dont il était question dans son carnet de renseignement n’avait finalement pas été rédigé sur ordre du juge d’instruction Lorent. Hier, ce magistrat qui avait délivré les mandats de perquisition a été formel : il n’a jamais été informé de cette éventualité de dresser un PV initial et a fortiori il n’aurait pas pu ordonner de ne pas le rédiger! Retour à la case départ : qu’avait dont vu Michaux ? Pourquoi va-t-il jusqu’à prendre le risque de se voir démenti par un magistrat ? 

 

Les eaux de l’enquête de Neufchâteau ne semblent pas plus claires. Hier, l’ex-gendarme Jean-Pierre Adam a fait part d’un récit étonnant. Cet homme a enquêté sur les témoignages faisant état de la présence d’un petit véhicule rouge à proximité du lieu de l’enlèvement de Julie et Melissa à Grâce-Hollogne. Le 17 août 2000, il est amené à rencontrer M. Jacquet, le maître-chien qui était intervenu le jour des faits. Il en ressort deux constats : l’un des témoignages sur la présence d’un véhicule sur la bande d’arrêt d’urgence de l’autoroute pouvait être recoupé par les observations de M. Jacquet. Mais il découvre aussi que, depuis 1995, ce dernier n’a jamais été réinterrogé. Adam le signale à sa hiérarchie, en la personne du major Guissard. Il lui est répondu que «ce n’est pas possible» parce que le chef d’enquête Michel Demoulin a affirmé, lors d’une réunion de travail, que le maître chien avait bel et bien été entendu! Avec embarras, on vérifie. Pour constater d’un document rédigé par M. Demoulin qu’il n’a pas contacté M. Jacquet, mais «un» autre maître chien!

 

La fin de l’histoire? M. Jacquet ne sera jamais entendu dans le cadre de l’instruction chestrolaise. En guise de remerciement, M. Adam sera invité par le juge Langlois à ne plus s’occuper de l’enquête sur les véhicules rouges… On en restera là, jusqu’aux débats de cette cour d’assises. Les jurés entendront alors M. Demoulin leur dire qu’il ne fallait pas tenir compte du travail de M. Jacquet. La taie d’oreiller reniflée par son chien, le 24 juin 1995, ayant été probablement touchée par Louisa Lejeune. Cette thèse s’est écroulée dans la suite des débats. Et les jurés constateront aussi toute la faiblesse du seul témoin retenu par MM. Langlois et Demoulin. Celui de la vieille dame Henrotte. Témoignage, il est vrai, qui était largement, contredit pas les constats de M. Jacquet… Hier, l’avocat général Andries a qualifié le récit de M. Adam de vrai témoignage. Comment faut-il qualifier celui de M. Demoulin ? 

 

Un lien intéressant : Le fil rouge de l'enquêteur Adam...
Au fil des audiences. Le fil rouge de l’enquêteur Adam... ... Jean-Pierre
ADAM est actuellement commissaire à la police fédérale. ...
www.observatoirecitoyen.be/article.php3?id_article=244 - 16k

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