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Le site de Michel Bouffioux

Une question de nuance (22/04/2004)

Publié le 21 Avril 2004 par Michel Bouffioux in La Dernière Heure

 

Chronique "Si on me laisse dire" publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure" en marge du procès de Marc Dutroux et consorts

  

Une question de nuance - 36 -Le 22 avril 2004

 

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Lors de leurs témoignages respectifs, le juge d’instruction Jacques Langlois et son chef d’enquête, Michel Demoulin avaient littéralement «cassés» tous les témoignages relatifs à la présence éventuelle de Michel Nihoul dans la région de Bertrix. L’un des arguments qui fondait la conviction des témoins officiels de ce dossier s’appuyait sur le témoignage d’un ex-avocat, Michel Vander Elst, naguère condamné à huit ans de prison dans le cadre de l’enlèvement de Paul Vanden Boeynants. Pour la journée du huit août 1996, jour précédent le rapt de Laetitia Delhez, MM. Langlois et Demoulin affirmaient que Nihoul devait être à Bruxelles où, en compagnie de Vander Elst, il faisait des travaux de rénovation dans un appartement. Cependant le témoin alibi de Nihoul a confirmé devant le jury populaire qu’en cours d’instruction, il était revenu sur son témoignage initial pour exclure la possibilité d’avoir passé cette journée avec l’escroc bruxellois. Ensuite, l’ex-compagne de Vander Elst, Annie Noël a eu beaucoup plus de mal à se souvenir qu’elle aussi avait démenti la possibilité que Nihoul ait passé la journée du 8 août avec Nihoul. Pour qu’elle l’admette, il aura été nécessaire que la défense de Laetitia Delhez invite le président à relire les déclarations qu’elle avait faites au dossier.

 

 

 

 

Ce présupposé de l’instruction levé, la Cour a entendu plus de dix témoins qui ont déclaré avoir vu Nihoul, tantôt seul, tantôt accompagné, à Bertrix et dans la région immédiate de cette ville. Et ce, en date du 8 août 1996. Bien sûr, certaines de ces personnes peuvent se tromper. De même, on trouve parfois des contradictions entre les différents récits entendus. Tous ces témoignages doivent donc être appréhendés avec l’esprit critique qui s’impose. Ainsi, deux ou trois témoins paraissaient plus faibles, voire pas très crédible. Par contre, j’ai aussi le sentiment d’avoir entendu beaucoup de personnes dignes de foi. C'est-à-dire sincères et équilibrées. N’ayant en outre aucun intérêt à venir raconter des salades aux jurés.

 

Au bout de cette journée, il est très perturbant de constater que l’instruction avait pourtant mis tous les témoins de Bertrix dans le même sac. En fonction de quel raisonnement? Une métaphore vaut mieux qu’un long discours. Elle nous a été donnée par Me Fermon : «Si deux personnes disent m’avoir vu à Arlon habillé d’une robe d’avocat de couleur noire, mais qu’un autre témoin déclare qu’il m’a vu avec une robe d’avocat rouge, peut-on en déduire que les deux premiers témoins avaient tort ?  Et qu’au bout du compte, personne n’est crédible ? Non. C’est pourtant ce qu’on a fait dans cette enquête».

 

Un autre présupposé de l’instruction a aussi été plusieurs fois évoqué. Il se fondait sur une interprétation audacieuse de la «téléphonie» des accusés. A plusieurs reprises, la défense de Laetitia a insisté sur le fait qu’un coup de fil passé depuis chez Nihoul ne signifiait pas nécessairement que cet accusé était derrière le cornet. Une évidence ? Sans doute, mais ce ne l’était pas pour M. Langlois qui s’est servi à plusieurs reprise de ce type de constat pour décréter l’impossibilité pour Nihoul de se trouver à tel ou tel endroit.

 

Alors, justement, Nihoul était-il présent à Bertrix et environ dans le cadre d’un repérage visant à enlever une fille? Ce sera aux jurés de se forger une conviction, mais cette question a pris beaucoup de pertinence hier. Elle ne devrait être tranchée, à mon sens, qu’après l’écoute attentive de multiples autres témoignages prévus dans la suite du volet «Laetitia», mais aussi dans celui relatif à l’association de malfaiteurs présumée qui est jugée à Arlon. Une question a toutefois déjà pu être tranchée de manière définitive hier : Dutroux raconte décidemment n’importe quoi; Changeant ses versions au gré de qu’il entend dans le prétoire pour charger son ex-copain bruxellois. Ce qui, somme toute, n’est pas une mauvaise affaire pour… Nihoul.

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