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Le site de Michel Bouffioux

Affaire Storme (11/10/2007)

Publié le 11 Octobre 2007 par Michel Bouffioux in Paris Match Belgique

 LEOPOLD EST-IL LE DIABLE OU LE COUPABLE IDEAL ?


- Affaire évoquée sur le plateau de l'Info Confidentielle- Paris Match avec Vincent Storme, le 6 octobre 2007 et entretien avec la famille de l'inculpé publié dans Paris Match, le 11 octobre 2007 -


michel-storme.jpgDans la nuit du samedi 16 au dimanche 17 juin 2007, François-Xavier Storme et son épouse Caroline Van Oost, tous deux âgés de 48 ans, ainsi que leur fille Carlouchka, 22 ans, étaient assassinés dans le quartier des Marolles à Bruxelles. Sauvagement, un vrai carnage. Ce soir-là, le tueur a assené plus de 100 coups de couteau à ses victimes… Et tout semble accabler Léopold Storme, inculpé et emprisonné depuis bientôt trois mois. Toutefois le fils de François-Xavier et de Caroline est toujours soutenu par sa famille et, à vrai dire, par tous ses proches. Dimanche dernier, son parrain, Vincent Storme, s’est confié pour la première fois sur un plateau de télévision : « Je suis de plus en plus persuadé de son innocence. Ce n’est pas une croyance aveugle dictée par le cœur. C’est une conviction qui ressort de mes entretiens avec mon filleul et de ce que je connais des faits ». La tante de Léopold, Anne Frédérique, son cousin Louis et sa grand-mère Jacqueline, ont aussi accepté de faire part de leur conviction à Paris Match. Elle est identique : « Léopold n’est pas à sa place en prison ».

 

Paris Match Belgique. Parlons d’abord de ceux qui ne sont plus là. Quelque trois mois après la disparition de Caroline, Carlouchka et François-Xavier dans des circonstances particulièrement horribles, que ressentez-vous ?

 

Vincent, frère de François-Xavier et parrain de Léopold : Un trou… C’est cela, un énorme vide. Et bien entendu, une envie irrépressible de savoir ce qui s’est vraiment passé : qui les a tué, pourquoi, comment ?

En pensant à eux, il y a un moment, une image qui vous revient à l’esprit ?

 

Vincent : Il n’y a que du positif. C’étaient des personnes équilibrées, saines. A force de dialogue avec ses proches, mon frère s’était construit un petit paradis. A quatre, Léopold y compris, ils formaient une équipe formidable.

 

Anne-Frédérique, sœur de François-Xavier et tante de Léopold : C’est bizarre dans ce contexte mais ce qui me vient tout de suite à l’esprit en pensant à eux, c’est qu’ils avaient énormément d’humour… (N.d.l.r. : Un silence s’installe alors qu’ils plongent visiblement dans leurs souvenirs.) Je dirais que moi c’était une sorte de frère jumeau… Une partie de moi s’en est allée définitivement.

 

Vincent : Pour trouver le souvenir d’une dispute avec François-Xavier, je dois remonter à la période où nous portions encore des culottes courtes. On se marrait bien ensemble. C’était aussi quelqu’un de très patient. Je dirais un philosophe.

 

Louis, filleul de François-Xavier et cousin de Léopold : Moi, j’avais une relation privilégiée avec mon parrain. Il racontait tout le temps des blagues. Il avait un sens de la dérision assez poussé, je me suis beaucoup enrichi sur le plan personnel à son contact.

 

Anne-Frédérique : Caro, ma belle-sœur était une personne très attentive à sa famille. Elle formait un couple parfait avec François-Xavier. Ce n’est pas quelque chose qui arrive comme cela. Dans un couple, il y a toujours des hauts et des bas. Leur relation a été construite, pas à pas, avec beaucoup d’amour et de compréhension mutuelle. Des personnes qui voyaient ces quatre là pouvaient se dire «quelle famille formidable ! ». Mais ils méritaient ce bonheur. Ce paradis comme disait mon frère… Qui a été remplacé par l’enfer que nous vivons actuellement.

 

Jacqueline, maman de François-Xavier et grand-mère de Léopold : Quelques jours plus tard, ils devaient fêter leurs 25 ans de mariage. Je voudrais aussi dire un mot de Carlouchka qui était une fille très organisée, sérieuse et joviale. Elle croquait la vie à pleines dents et elle avait le cœur sur la main. Elle avait tout pour commencer une vie heureuse.

 

Cela existe vraiment des familles parfaitement harmonieuses ? Partout, il y a des disputes, des incompréhensions, des mots…

 

Louis : De fait, il ne faut pas caricaturer. Chacun peut avoir sa personnalité. Ils ont sans doute eu des différents. Comme partout. C’est impossible autrement. Toutefois, la notion de respect au sein de la famille n’a jamais été remise en question. J’ai parfois entendu François-Xavier faire une remarque à Léopold. Par contre, je n’ai jamais vu mon cousin lui répondre de travers, ni même d’ailleurs en avoir la tentation.

 

Vincent : C’est exact. Léopold ne s’est jamais rebellé contre son père. Ce n’est pas le genre effronté. Bien au contraire (N.d.l.r. : Tout le monde acquiesce dans l’assemblée). Quand je vois la famille qu’avait mon frère, elle ressemblait exactement à celle que nous formions avec nos parents pendant notre enfance. Caro et François-Xavier s’entendaient bien avec leurs enfants mais il ne faut pas croire qu’il y avait du laxisme pour autant. Ils éduquaient. Ils avaient des exigences et des principes. François-Xavier pouvait se montrer très strict.

Jacqueline. Et dans le même temps, ils ont été choyés. Il ne leur a jamais rien manqué.

 

Anne-Frédérique : Ce n’étaient pas des parents copains avec leurs enfants. Ils étaient responsables. Louis a raison, le respect est une valeur essentielle dans notre famille.

 

Une valeur partagée par Léopold ?

 

Jacqueline : Par lui et par tous dans cette famille ! Par tous !

 

Que pouvez dire de la personnalité de Léopold ?

 

Louis : Il passait pas mal de temps avec ses amis comme n’importe quel jeune de son âge. Il avait peut-être un petit côté intrépide, l’envie de faire des expériences… Dans le même temps, c’est une personne parmi les autres. Je veux dire qu’il n’a jamais eu de comportements hors normes. Selon ses amis qui m’en ont parlé depuis ce qui est arrivé, il exprimait toujours des sentiments positifs pour ses parents.

 

Jacqueline : A peu près un mois avant le drame, François-Xavier et Caro étaient partis en vacances et j’ai tenu le magasin de la rue des Capucins. Léopold m’a aidée formidablement, en portant les caisses, en nettoyant, en passant l’aspirateur… Il voulait faire une surprise à son père. Et de fait, quand François-Xavier est rentré, il a trouvé que Léopold avait été sensationnel. Il était fier de son fils. A juste titre !

 

Vincent : Récemment, alors que nous revenions d’un concert des Rolling Stones, mon frère m’avait aussi raconté cet épisode.

 

Jacqueline : Quand je vais visiter Léopold en prison, je ne vois pas les yeux d’un criminel mais ceux d’un gosse qui pleure la perte de ses parents et de sa sœur. Il était très protecteur avec Carlouchka. Il y a quelques temps, elle avait passé un moment chez moi à Ixelles et elle devait retrourner jusqu’au Sablon en transport en commun. Léopold a insisté pour venir la chercher afin qu’elle ne fasse pas le trajet seule. Il était très attentionné. Quand on a une telle disposition pour les autres, on n’est pas un tueur fou !

 

Avant ce qui est arrivé, quel était le projet de vie de Léopold ?

 

Jacqueline : Léopold est ambitieux. Il pensait à une carrière dans la diplomatie. Bon, ses résultats à Solvay en juin n’ont pas été brillants mais c’était une première session, en première année. Cela arrive à beaucoup d’étudiants.

 

Louis : C’est l’un des éléments qui a été monté en épingle pour lui trouver un mobile à l’assassinat de ses parents. C’est vraiment n’importe quoi !

 

Vincent : De fait, mon frère lui a dit qu’il marchait sur mes traces parce que, moi aussi, j’ai parfois trébuché dans mon parcours scolaire. Pour autant, bien entendu, il n’y a jamais eu de dramatisation de cette situation. En avril déjà, François Xavier avait compris que ce ne serait pas une bonne année scolaire pour son fils.

 

Si vous deviez définir Léopold en deux ou trois mots ?

 

Vincent : Un gosse charmant avec le cœur sur la main.

 

Jacqueline : Un jeune serviable et intelligent. Il venait nettoyer mes carreaux…

 

Venons-en aux faits du 16 juin. Depuis qu’il a été arrêté, vous avez pris la défense de Léopold…

 

Vincent : Et plus que jamais, je suis persuadé de son innocence ! Ce n’est pas un cri du cœur ou le regard aveugle d’un parrain meurtri que j’exprime de la sorte. Quand cette horreur est arrivée, tous dans la famille, nous avons envisagé toutes les hypothèses.

 

Donc, celle de la culpabilité de Léopold aussi…

Vincent : Bien entendu. L’aboutissement de cette réflexion, c’est que cela ne tient pas. Ce n’est pas lui ! D’abord, Léopold n’est pas capable de violence et en aucun cas d’une violence pareille. A ma connaissance, il s’est battu une seule fois dans sa vie pour protéger sa petite amie. Ce n’est pas quelqu’un qui attaque. Il se respecte et donc il se défendra en cas d’agression mais ce n’est pas un prédateur.

 

On lui a pourtant prêté une passion pour les couteaux…

(N.d.l.r. : Eclat de rire général.)

 

Il en aurait eu une collection, il leur donnait un nom…

 

Louis : Pas très rassurant, n’est-ce pas, un type qui donne des noms à ses couteaux ? En fait de collection, il avait deux petits couteaux. Une petite souris qu’il avait depuis longtemps venait de mourir lorsqu’il a reçu son deuxième couteau… C’est cela le nom qui s’est retrouvé sur le manche. Le nom de la souris, pas un truc du genre « The Killer » ! Il ne faisait rien de spécial avec ces couteaux. Je ne suis pas sûr qu’il les ait utilisés une seule fois. Léopold n’a pas de passion pour les armes, les combats ou la violence. Bien sûr, verbalement, il peut faire de la provoc’. Mais c’est plutôt marrant. Il n’y a rien de méchant en lui.

 

L’hypothèse d’une explosion de colère soudaine et terrible ?

 

Anne-Frédérique : On ne peut y croire. Léopold n’est en rien une personne colérique. (N.d.l.r. : Tous approuvent).

 

Vincent : De toute façon, une colère ne suffirait pas à expliquer la sauvagerie de ce qui s’est passé ce soir-là.

 

Jacqueline : Comment aurait-il pu faire cela ! Mon fils était baraqué par rapport Léopold. Et Carlouchka était ceinture marron de judo. Face à Léopold, ils auraient pu se défendre sans aucune difficulté.

Louis. Déjà cela ne tient pas mais en plus, toujours seul, Léopold aurait aussi tué Caro. Tout à fait surréaliste!

 

Louis : Quand je rencontre des gens qui connaissent Léopold, personne ne peut croire que c’est lui. Par contre, ceux qui l’ont découvert au travers des journaux pensent qu’il est coupable. Quand le parquet communique à la presse, c’est toujours à charge.

 

Vincent : Pourtant, des éléments à décharge, il y en a ! Par exemple, la disposition des corps rend impossible l’hypothèse que ce carnage ait été le fait d’une personne seule. Autre exemple : du sang contenant l’A.d.n. d’un inconnu a été retrouvé sur les lieux. Ce qui donne du crédit à la version des faits donnée par Léopold.

 

Il a eu plusieurs versions des faits ! Cela veut dire qu’il a menti aux enquêteurs sur son emploi du temps…

Vincent : C’est vrai qu’il y a eu des mensonges mais ils s’expliquent par la situation terrifiante dans laquelle Léopold s’est retrouvé…

 

Ce n’est pas tout : il était présent au moment du drame, on a trouvé des cheveux lui appartenant sur les victimes, des empreintes de ses baskets ont été repérées dans le sang qui s’était répandu sur le sol ; il a avoué s’être enfui de ce lieu, non sans avoir tenté d’effacer la trace de son passage le soir du drame ; il s’est débarrassé de la carte sim de son g.s.m. et très peu de temps avant les meurtres, il aurait « reformaté » son ordinateur. Enfin lors de son arrestation, il était blessé à la main, ce qui témoigne du fait qu’il s’est battu… Tout l’accable, non ?

 

Vincent : Il y a beaucoup d’éléments qui sont vrais mais Léopold donne une version des faits qui répond à la plupart de ces objections. Ce soir-là, il revenait de la mer et en arrivant au magasin, il est tombé nez à nez avec un homme portant des gants et une cagoule. Il lui a donné un coup de poing et il s’est rué vers le bureau où il s’est trouvé confronté à un deuxième agresseur armé d’un couteau. Il a voulu lui prendre son arme et il a été blessé à la main. C’est alors qu’il a été assommé. Lorsqu’il s’est réveillé, il avait un couteau dans la main. Les corps de François-Xavier et de Carlouchka gisaient à côté de lui. Celui de Caroline se trouvait dans une autre pièce. Il s’est mis à paniquer. Il s’est dit que personne ne le croirait s’il appelait la police. Il venait de perdre ses parents et sa sœur. Il se sentait seul au monde. Il s’est enfui comme un coupable en effaçant ses traces et en se dissimulant. Pour aboutir dans l’appartement de ses parents à la mer. Il n’est pas allé plus loin.

 

Il aurait pu appeler sa famille, chercher de l’aide auprès de ses proches…

 

Anne-Frédérique : Il aurait pu, il aurait pu ! C’est facile de dire qu’un gosse de 19 ans aurait dû réagir de manière parfaitement logique après un tel traumatisme.

 

Vincent : Pour moi, sa version est crédible. Elle s’explique par la peur panique qui l’a envahi. A cet égard, je voudrais aussi raconter des choses que Léopold m’a dites mais ce serait déplacé par rapport à l’instruction en cours. Je précise d’ailleurs que je n’ai nullement envie de critiquer les enquêteurs. Ce sont des gens sérieux, même si j’ai parfois le sentiment que les pistes qui sont données par mon filleul mettent du temps à être exploitées.


Jacqueline : Mais le temps qui passe, c’est important. Ça pourrait le détruire ! J’ai perdu trois membres de ma famille. On est en train de me faire perdre le quatrième.

 

Vincent : Après son arrestation, dès ma première rencontre avec lui en prison, j’ai compris qu’il était innocent. Anne-Frédérique était là aussi. Il a pleuré tout le temps. Et puis elle lui a dit qu’elle espérait qu’on arrêterait au plus vite celui qui a fait cela : il a corrigé d’un geste qui voulait dire qu’il y avait deux criminels à arrêter. Depuis lors, je vais le voir chaque semaine et chaque fois son attitude est celle du Léopold que l’on a toujours connu. Si c’était un manipulateur, un faux jeton, on le verrait. On le sentirait.

 

Jacqueline : Tout l’accuse, vous trouvez que c’est normal ?

 

De fait, si on s’inscrit dans le récit de Léopold, on arrive presque inévitablement à la conclusion que ces « inconnus » dont il parle auraient non seulement tué, mais qu’en plus ils auraient organisé une mise en scène pour faire de Léopold le coupable idéal… Il se réveille avec l’arme du crime entre les mains !

 

Jacqueline : En ce qui me concerne, c’est bien cela qui m’interpelle. C’est comme si tout avait été fait pour qu’il soit le coupable idéal.

 

Ce serait machiavélique !

 

Jacqueline : Absolument.

 

Et si ce n’était que du mauvais roman…

 

Louis : Je ne sais pas s’il faut aller jusqu’à se dire qu’on a voulu lui faire porter le chapeau de manière préméditée. Il n’en reste pas moins qu’il explique qu’on lui a mis le couteau dans la main… Nous, ce qui nous semble être un mauvais roman, c’est d’imaginer qu’un garçon comme Léopold ait pu tuer ses parents et sa sœur.

 

Jacqueline : A propos, on n’a pas encore dit que le médecin qui a opéré sa blessure à la main estime que celle-ci a été occasionnée par un geste défensif. Sa blessure aurait été différente s’il avait frappé avec le couteau.

 

Louis : Ça correspond à son récit.


Vincent : Cela confirme que dans ce dossier, il n’y a pas que des éléments qui l’accusent. Malheureusement, toutes les informations qui sont données, le sont à charge. Il faudrait plus de nuances. En ce qui nous concerne, on n’a jamais dit que Léopold était un ange. Dans le même temps, certains devraient arrêter de le présenter comme le diable. Par exemple, ce qui a été révélé récemment par Sud Presse, il l’assume…

 

Le fait qu’il aurait participé à un incendie criminel dans une classe de l’athénée Catteau ?

 

Vincent : Voilà. Quand les enquêteurs lui ont posé la question, il a tout de suite dit que c’était vrai. Avec moi aussi, il a été très franc. Et nous, sa famille, on ne va pas commencer à mentir et à dire qu’il n’a pas fait quelque chose dont il s’est rendu coupable. Par contre, quand on le présente comme un dealer de drogue qui possédait plusieurs g.s.m. et de multiples carte sim, je trouve que l’on délire. Comme tant d’autres jeunes, il lui est arrivé de passer d’un g.s.m. à l’autre d’une manière qui pourra être jugée excessive par des adultes. Il s’est aussi procuré des cartes sim gratuites via des magazines qui faisaient des promotions. Comme d’autres aussi, il lui est sans doute arrivé de fumer des joints et de donner du cannabis à un copain. Est-ce que tous ces éléments sont de nature à prouver qu’il serait un tueur fou ? On les utilise pour noircir son portrait et parfois aussi on les gonfle quand, par exemple, un fumeur de joint occasionnel devient un « dealer », voire un consommateur de champignons hallucinogène ou de drogues dures… Pourquoi ne pas en faire un membre d’un cartel colombien tant qu’on y est !

 

Louis : C’est comme l’ordinateur. On oubliait d’en parler. Cela ne prouve rien. Des tas de gens reformatent leur portable ou leur P.c. Et tout ceux qui font cela savent qu’une telle procédure n’est pas de nature à empêcher les informaticiens de retrouver des informations sur le disque dur…

 

On ne voit pas les deux hommes dont parle Léopold sur les caméras de surveillance du magasin. C’est un élément qui ne semble pas plaider en sa faveur…

 

Vincent : C’est ce qu’on a lu dans la presse. Pour nous, cela ne veut pas dire que ces deux hommes n’ont pas existé. Ces caméras filment-elles tous les angles ? Honnêtement, on n’en sait pas plus sur ce point-là.

Vous n’avez pas accès au dossier d’instruction ?

 

Vincent : Non. Pour cela, il faudrait se constituer partie civile et on ne voudrait pas que cela puisse être interprété comme un acte hostile à Léopold. On se base sur ce qu’il nous dit.

 

Est-ce suffisant pour avoir la certitude de son innocence ?

 

Vincent, Anne-Frédérique, Louis (N.d.l.r. : d’une seule voix) : Oui !

 

N’est-ce pas votre cœur qui parle ?

 

Jacqueline : Constater que Léopold n’aurait pas eu la force physique de commettre de tels faits, ce n’est pas faire du sentimentalisme.

Vincent. Je ferais la même remarque : la disposition des corps, la présence de l’A.d.n. d’un inconnu… Ce sont des éléments qui parlent à la raison, pas au cœur.

 

Qu’espérez-vous à ce stade pour Léopold ?

 

Louis : Qu’il sera libéré très prochainement. On reste confiant.

 

Dans une telle hypothèse, que se passera-t-il pour lui ?

 

Anne-Frédérique : On le reprend évidemment.

 

Vincent : Il faudra beaucoup l’aider, l’entourer. Etre libre, c’est une chose mais même dans ce cas, il pourrait être condamné à vie par l’opinion qui, abreuvée d’éléments à charge, le verra toujours comme le coupable. Je vois bien les commentaires : « Il n’y a pas de fumée sans feu »… C’est pour cela qu’il faut absolument retrouver les vrais coupables. Il y aura aussi le deuil à faire… Il n’a même pas encore pu se rendre une seule fois sur la tombe de ses parents.

 

Jacqueline : Léopold croit à une prochaine libération. Il se renseigne pour reprendre des études supérieures auprès de différentes universités. Il m’a demandé d’aller acheter des cours de droits européen. Il aspire à cette liberté.

 

Donc, il ne se résigne pas à l’idée que cette affaire se jugera de toute façon devant une cour d’assises ?

 

Jacqueline : Pas du tout !


Anne-Frédérique : Absolument pas ! Il garde l’espoir plein et entier que ce cauchemar va se terminer autrement. Il faut qu’il tienne le coup.

 

Vincent : D’ailleurs, je lui ai écrit toute une lettre sur le thème de la patience. On ne peut écarter l’hypothèse que, même sans une preuve formelle et définitive mais vu la présence de plusieurs éléments à charge convergents, Léopold serait, in fine, renvoyé vers les assises. Cette hypothèse m’inquiète au plus haut point. Comme il y a essentiellement des éléments à charge dans ce qui est dit ou écrit sur lui, il pourrait être condamné dans l’esprit des jurés avant même le début du procès… En vérité, j’espère ne plus devoir donner d’interview pour nuancer, contrebalancer. Il faudrait maintenant un grand silence pour laisser l’enquête se poursuivre en toute sérénité.

 

Et si demain, vous appreniez qu’il vient d’avouer… C’est le monde qui s’écroulerait ?

 

Anne-Frédérique : Evidemment, oui.

 

Jacqueline : Mais de toute façon, c’est impossible.

 

Louis. S’il admettait être le coupable, il faudrait encore voir comment et pourquoi ? Et pour que j’y crois, il devrait m’expliquer lui-même la manière dont il aurait procédé… On ne sait jamais ce que quelqu’un peut avouer par désespoir.

 

Mais s’il y a une preuve formelle, irréfutable ?

 

Vincent. Personne ici ne veut jouer à la mère poule. Ce crime nous a enlevé trois êtres fantastiques. Il ne faut pas croire que parce qu’on défend Léopold nous oublions le sort terrible qu’ont eu à subir Caroline, Carlouchka et François-Xavier. On veut savoir ! Tout savoir.

 

Et donc, on regarderait cette réalité en face. Quelle serait alors votre attitude à l’égard de Léopold ?

 

Vincent. Je suis son parrain. C’est une promesse que j’ai faite à ses parents pour la vie. Même dans cette hypothèse – qui me semble impossible, je le répète ! –, je ne le lâcherai pas.  

 

Louis. Si telle devait être la réalité, elle serait bien entendu horrible. Et dans le même temps, elle témoignerait d’une énorme souffrance de Léopold. Comme mon père, je n’ai pas envie de haïr. Je préfèrerais alors trouver la force de l’aider à redevenir la belle personne que j’ai toujours connue.

 

Jacqueline. Il est le Léopold qu’on a toujours connu ! Quand je vois mon petit-fils à la prison, on ne parle pas des détails du dossier. On discute de tout et de rien. Surtout, on pleure beaucoup. Cela reste plein d’amour. Il est innocent !

 

En finir avec le doute.  Si possible…

La justice et les policiers – dont l’efficacité et le sérieux du travail n’est mis en cause par personne dans ce dossier –, sont placés devant une affaire particulièrement monstrueuse. Primo, de par le simple fait, bien entendu, de la cruauté et de la sauvagerie manifestées par l’auteur du triple assassinat des Marolles. Secundo, par la position tragique occupée par le suspect Léopold. In fine, en effet, cette enquête pourrait conduire vers une issue monstrueuse elle aussi. Soit, il faudra constater que Léopold est bel et bien le coupable et dans ce cas, la manière dont il aura nié et, surtout berné tous ceux qui l’aiment, apparaîtra comme le comble de l’abjection. Soit, il apparaîtra que ce jeune homme qui vient de fêter ses 20 ans en prison a été suspecté à tort et qu’un innocent qui venait déjà d’être terriblement éprouvé par la perte de ses parents et de sa sœur a été l’objet d’une victimisation secondaire particulièrement féroce. Dans le même temps, et quel que soit l’aboutissement de cette triste affaire, personne ne pourrrait reprocher à la justice d’avoir investigué en profondeur sur le rôle d’un suspect qui admet avoir été présent sur les lieux du drame, qui a multiplié les versions et qui est désigné par plusieurs indices matériels. Le plus regrettable, en fin de compte, pour la justice, pour les victimes et leur famille, pour Léopold lui-même, serait finalement qu’on ne parvienne jamais à sortir d’une zone grise où le doute serait encore présent.

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