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Le site de Michel Bouffioux

Amiante dans les écoles : 4 ans après les révélations de Paris Match...

Publié le 1 Décembre 2011 par Michel Bouffioux in Paris Match Belgique

Amiante dans les écoles :  4 ans après les révélations de Paris Match...

Un dossier publié dans Paris Match Belgique, le 1er décembre 2011.

Quatre ans après les révélations de Paris-Match, les risques sont mieux contrôlés

Ce 28 novembre, le Tribunal civil de Bruxelles a condamné le fabricant belgo-suisse Eternit à verser une indemnité de 250.000 euros à la famille de Françoise Van Noorbeeck-Jonckeere, décédée à la suite d’un cancer provoqué par son exposition à l’amiante, une poussière mortelle qui a tué des centaines de milliers de personnes dans le monde. Cette décision de justice importante nous donne l’occasion de revenir sur une enquête qui avait interpellé l'opinion et le monde politique lorsqu'elle avait été publiée dans Paris Match en septembre 2007 : l'amiante (toujours) présente dans de nombreux bâtiments scolaires en Communauté française.  
 
Précision : La photo qui illustre cet article montre un bâtiment de type "RTG" à titre d'exemple. L'école où il se trouve n'est pas spécifiquement concernée par cette enquête.
 

Début septembre 2007, Paris Match publiait le témoignage d’un enseignant qui allait provoquer un électrochoc. Un professeur liégeois attirait l’attention sur une problématique connue des autorités, mais ignorée de la plupart des médias et plus encore de l’opinion publique : la présence d’amiante dans de nombreux bâtiments scolaires encore occupés par des élèves et des enseignants en Communauté française. Un risque contrôlé, ou qui du moins était censé l’être… car notre témoin et des documents mis au jour dans ces pages pointaient des dysfonctionnements.

 

« En 2004, un élève m’a montré une sorte de planche tombée du plafond de ma classe. Il s’agissait d’amiante », racontait cet enseignant. « Au secrétariat, j’ai pu consulter un“Inventaire des matériaux contenant de l’amiante”. (…) Dans mon école, il y a de l’amiante partout ! Dans les classes, dans l’internat, dans le réfectoire, dans la salle de gym, dans la conciergerie. Des allèges de fenêtres et des habillages de portes en Glasal, des faux plafonds en Pical, des tablettes de fenêtres en Masal, des regards de cheminée, des cloisons de séparation, des panneaux peints et même des tableaux noirs en amiante-ciment. La liste est interminable. (...) Mon inquiétude n’a fait que croître en constatant que cet inventaire amiante datait de 2001. Trois années s’étaient écoulées sans qu’il ait été procédé à sa mise à jour annuelle pourtant obligatoire. Plus tard, j’apprendrai que de nombreux établissements scolaires, particulièrement dans le Hainaut, ne disposent pas d’inventaire du tout !»

 

«Le cas de mon école n’est pas exceptionnel», déplorait encore notre témoin. «Comme dans d’autres implantations, il y a beaucoup de bâtiments de type “R.T.G.”. Ces initiales renvoient aux noms des ingénieurs qui les ont conçus dans les années 1960, une époque dorée pour les industriels de l’amiante. Ces préfabriqués en bois, bourrés de Glasal, de Pical, de Masal ou encore de Floorflex avaient été pensés pour être rapidement mis sur pied vu qu’il fallait faire face au baby-boom de l’après guerre. Il y en a beaucoup dans le réseau scolaire de la Communauté française. Normalement, leur durée de vie ne devait être que de dix ou quinze ans, mais ils sont toujours là. Dans certaines classes, la situation est catastrophique. (...) Je vous ai raconté la mésaventure du “morceau” d’amiante tombé du plafond. Mais il y a aussi des appuis de fenêtres brisés. Dans un local où nos élèves mangent, ils posent leurs boîtes à tartines sur l’un de ces appuis de fenêtre. Certains d’entre eux ont parfois été “rescellés”, passez-moi l’expression, avec des vis… Des ouvriers de l’école ont foré làdedans sans aucune mesure de protection spéciale ! »

 

Ce témoin citait ensuite un rapport de l’Administration générale de l’infrastructure (AGI) de la Communauté française relatif à son école. Trois ans après l’épisode du plafond endommagé, il était constaté que «de nombreuses parties du bâtiment contiennent de l’amiante. Notamment, les linteaux, les appuis de fenêtres, la protection des colonnes. (…) Il y a lieu de trouver une solution rapidement car les linteaux, les appuis de fenêtres, les parois (derrière les radiateurs) et les protections des colonnes sont abîmés et pour certains assez fortement. De plus, dans un local, une partie du faux plafond risque de s’effondrer (…). »

 

Au sein du même établissement, un délégué de la CGSP avait confirmé à Paris Match la pertinence des propos tenus par notre premier témoin : «Les principaux problèmes d’amiante se trouvent dans certaines classes de l’enseignement technique et professionnel. Le contrôle n’est pas suffisant. Dans ces classes, la préoccupation d’une dissémination de particules d’amiante dans l’air est constante. On a demandé qu’une signalisation précise des endroits à risque soit faite. Ce sont des classes où l’on n’oserait pas faire tourner un ventilateur parce qu’on aurait peur de faire circuler dans l’air des particules nocives. Bien sûr, il n’y a pas de raison d’y mettre un ventilateur…»

 

Quatre ans ont passé. Mi-novembre 2011, le professeur qui avait été à l’origine de notre enquête se dit satisfait d’avoir osé parler : «Dans les jours et les semaines qui ont suivi la médiatisation, il a été procédé à toutes les réparations utiles dans l’école où je travaillais. Mais j’ai bien fait de rester anonyme parce que j’ai bien compris que le fait d’avoir ouvert ma grande g… n’avait pas fait plaisir à tout le monde dans ma hiérarchie.»

 

Il est vrai qu’en 2007, cette enquête avait provoqué l’ire de la ministre de l’Enseignement obligatoire, à l’époque la socialiste Marie Arena. Relayée avec une complaisance contraire à toute déontologie journalistique, principalement dans "Le Soir" et sur les ondes de la RTBF, la jeune femme politique y était allée d’attaques dénigrantes contre « le témoin masqué » de Paris Match qui, à notre initiative, avait aussi accordé une interview à RTL-TVI. Une plainte au Conseil supérieur de l’audiovisuel, effet d’annonce supplémentaire, était déposée par la ministre en colère… Elle sera déclarée infondée.

 

Marie Arena allait aussi mentir avec beaucoup d’aplomb sur la manière dont elle avait pris connaissance du nom de l’établissement scolaire où se situait le problème dénoncé par le professeur. In fine, la susceptible ministre organisera une visite de presse dans l’école désignée en évitant soigneusement les locaux où les problèmes se situaient… Quelques mois plus tard, à l’occasion d’une rencontre avec l’auteur de cet article, le chef de cabinet de Mme Arena admettra la mauvaise foi patente de son employeuse, sourire aux lèvres : «C’était de bonne guerre.» Cela laisse perplexe.

 

En 2007, selon la ministre de l’Enseignement, «la situation était totalement sous contrôle dans les écoles de la Communauté française ». Mais Marie Arena devait bien admettre, dans le même temps, que tous les «inventaires amiante» n’étaient pas encore terminés dans les bâtiments scolaires. Une contradiction assez patente. Et le député écolo Yves Reinkin enfonçait le clou. Dans Paris Match, d’abord : «Comment gérer cet important dossier de santé publique sans données fiables, sans planning de travail et avec un budget pour le moins limité ? J’ai demandé au gouvernement Arena de réaliser, dans un délai de douze mois, les inventaires non encore effectués. Notamment dans de trop nombreuses écoles du Hainaut, la province de la ministre-présidente, où il y a beaucoup de bâtiments R.T.G. J’ai aussi insisté pour qu’il y ait une mise à jour systématique et générale des inventaires qui ont été déjà effectués… Ce n’est pas une priorité du gouvernementArena.»

 

Mi-septembre 2007, au parlement de la Communauté française, le même député écolo se référait à d’autres révélations évoquées un dimanche midi dans «L’Info confidentielle Paris Match » sur RTL-TVI. Soit la situation interpellante d’un autre établissement scolaire liégeois, où des colonnes contenant de l’amiante étaient effritées depuis plus d’un an, ce qui présentait un risque important de dissémination de particules nocives dans l’air. Devant ses collègues du parlement médusés, M. Reinkin faisait alors part de son étonnement : «Je suis surtout interpellé par la manière dont les choses se sont arrangées d’un coup de baguette magique, en très peu de temps. L’administration est descendue sur les lieux au lendemain de l’émission. (…) Le risque était tel que l’encapsulage immédiat des colonnes devait être réalisé le mardi. Un problème datant d’un an est résolu en deux jours parce que la presse s’est saisie du dossier. L’urgence a donc été confirmée dans les actes. »

 

En 2007, le débat s’était conclu provisoirement sur deux bonnes nouvelles annoncées par la ministre Arena. Dans "Le Soir", qui avait relayé avec force son indignation, on pouvait notamment lire : «Il n’y a plus d’amiante floqué dans les bâtiments de la Communauté française.» Ce qui limitait le débat à la question des R.T.G. Las, en mai 2010, interpellé sur la même question, le ministre de la Fonction publique, Jean-Marc Nollet, déclarait au parlement de la Communauté française que «deux implantations contiennent encore de l’amiante floquée. Des analyses de l’air sont réalisées périodiquement dans les deux établissements. L’administration envisage de procéder à l’évacuation d’un de ces deux immeubles.»

 

Ensuite, au parlement de la Communauté française, la mandataire socialiste avait voulu renforcer l’optimisme : « Je confirme la présence d’amiante dans les bâtiments R.T.G. (…). Actuellement, la Communauté française possède 300000 m2 de bâtiments de ce type (…) S’il fallait reconstruire tous les R.T.G., il nous en coûterait au minimum 360 millions d’euros (…) Le budget du Fonds des bâtiments scolaires est limité à 31 millions d’euros par an, ce qui est insuffisant pour répondre à tous les besoins. C’est la raison pour laquelle je m’applique à mettre au point l’opération de partenariat public-privé (PPP). Le PPP qui couvrira les trois réseaux d’enseignement permettra de réaliser des investissements de l’ordre de 1 milliard d’euros, dont une partie sera affectée au remplacement des R.T.G. » Plus de quatre ans ont passé. Le PPP n’a jamais vu le jour. Les R.T.G. sont toujours là...

 

Ces bâtiments, à condition qu’ils soient bien entretenus et qu’on n’y commette pas d’actes irresponsables (par exemple, du forage sans protection), ne représentent pas un immense danger sanitaire. Le souligner était déjà le propos de Paris Match en 2007, alors que nous déplorions seulement des dysfonctionnements en termes de prévention dans certains établissements et le manque d’exhaustivité des données rassemblées sur cette question de santé publique.

 

JEAN-MARC NOLLET : «L’ÉLECTROCHOC A ÉTÉ UTILE»

 

LE MINISTRE DE LA FONCTION PUBLIQUE DU GOUVERNEMENT DE LA FÉDÉRATION WALLONIE-BRUXELLES EXPLIQUE LE TRAVAIL EFFECTUÉ POUR PRÉVENIR LES RISQUES

 

Paris Match. En septembre 2007, Paris Match s’inquiétait de dysfonctionnements dans le domaine de la prévention des risques liés à la présente d’amiante dans certains bâtiments scolaires du réseau de la Communauté française (CF). Il s’agissait tantôt de réparations et mesures de protection qu’on aurait pu espérer plus rapides, (par exemple, des colonnes contenant de l’amiante qu’on laisse s’effriter pendant plus d’un an…), tantôt d’un manque de suivi dans la mise à jour des inventaires «amiante», voire même de l’absence totale de ce type d’inventaire en ce qui concernait certains établissements situés dans le Hainaut. S’agit-il de problèmes appartenant désormais au passé?

 

Jean-Marc Nollet. Tout à fait. La polémique qui s’est développée en septembre 2007 a été un électrochoc. La mise en lumière de situations problématiques a fait bouger les choses. Il y a eu certaines insuffisances en termes de contrôle. Des déficits notamment en termes de mise à jour des inventaires amiante par les directions de certaines écoles, notamment dans le Brabant wallon. Désormais, avec les procédures qui ont été mises en place, ce n’est plus possible. De même qu’un cas comme celui de cette école liégeoise qui attendait depuis un an la mise en place de mesures de protection urgentes ne devrait plus se reproduire. Tous les inventaires amiante ont été réalisés, certains d’entre eux ont d’ailleurs été refaits et nous nous sommes donné lesmoyens de contrôler que les mises à jour de ces inventaires soient faites de manière régulière. On en est arrivé à faire du contrôle du contrôle pour prévenir tout problème.

 

Au printemps 2010, moment de votre dernière interpellation parlementaire sur le sujet, deux implantations scolaires dépendant du réseau de la CF recelaient encore de l’amiante floquée. Est-ce toujours d’actualité?

 

Non. L’une de ces situations problématiques, qui se trouvait à Tournai, été réglée. Pour l’autre établissement concerné, en Région bruxelloise, cela devrait être fait à court terme. Le budget relatif à l’évacuation de l’amiante floquée dans cette implantation a été décidé au gouvernement du 10 novembre dernier.

 

Quand vous dites «situations problématiques», que faut-il entendre?

 

Dans ces établissements, la sécurité des occupants des locaux n’a pas été mise en péril. Des examens de l’air étaient faits périodiquement. Ce que je veux dire, c’est que malgré ces mesures de précaution, la situation ne pouvait rester en l’état.

 

Dans le cas bien connu du Berlaymont à Bruxelles, on a géré le risque induit par la présence d’amiante floquée de manière bien plus radicale. Il n’était plus question qu’un fonctionnaire européen travaille encore en cet endroit avant rénovation totale.

Comparaison n’est pas nécessairement raison. Je ne sais pas quel était l’état de l’amiante floquée au Berlaymont. Ce que je peux dire, dans les cas des établissements dont on parle, c’est que la situation était suivie avec précision et que l’amiante floquée se trouvait dans des zones protégées, non accessibles à la population scolaire.

 

La problématique de l’amiante dans les bâtiments scolaires de la CF renvoie essentiellement aux préfabriqués R.T.G., où ces fibres dangereuses sont agglomérées dans différents matériaux tel que du fibrociment. L’amiante n’étant dangereuse que par inhalation quand elle se trouve sous forme de fibres microscopiques, le danger est relatif. Si on ne travaille pas dans ces locaux en dehors des règles de sécurité (forer, disquer…) et si on les entretient bien, il ne doit pas y avoir de problème sanitaire. C’est bien cela ?

 

En effet, c’est au moment où l’on touche cette amiante fixée qu’il faut être particulièrement attentif. Quand on fait des rénovations ou des réparations, ou que l’on démolit des bâtiments qui en contiennent. Je répète qu’en ce qui concerne cette amiante fixée, la situation est sous contrôle via un suivi très minutieux des bâtiments concernés. J’ajouterais, parce qu’on ne le dit pas assez, que cette problématique d’amiante fixée ne touche pas que les bâtiments scolaires. Des tas de personnes qui vivent dans des constructions ayant quelques dizaines d’années en ont chez elles, souvent sans en avoir conscience.

 

Depuis quand l’administration a-t-elle donné des ordres clairs de prévention aux directions d’établissement scolaires qui possèdent des R.T.G. ? En 1970, quand les plafonds intérieurs en plaques isolantes à base d’asbesteciment étaient endommagés, prenait-on les précautions qu’on prend aujourd’hui pour les remplacer ? Disait-on aux ouvriers qui faisaient l’entretien de ces bâtiments de ne surtout par forer sans avoir pris les précautions adéquates pour eux et les occupants de ces locaux ?

 

La Communauté française a commencé à donner des consignes de sécurité relativement à la présence d’amiante à partir de 1998.

 

On peut donc être préoccupé par le fait que des comportements inadéquats et des situations de danger ont existé dans ces bâtiments avant cette prise de conscience fort tardive… Selon l’Association belge des victimes de l’amiante, « la corrélation entre les particules d’amiante et le mésothéliome (cancer de la plèvre) a été scientifiquement démontrée dès 1964 ».

 

Dans les années 1970, on a encore construit des bâtiments de type R.T.G. La prise de conscience générale de la dangerosité de l’amiante, qui balayait son bénéfice notamment en termes de protection contre les incendies, est venue plus tard… A cette époque où l’on mettait encore de l’amiante partout, on ne disait pas aux occupants des constructions concernées qu’il fallait être très prudent quand des éléments étaient détériorés. Manifestement, avant 1998, il y a eu une lacune dans la diffusion de l’information et un déficit de prise de conscience de la nature réelle du problème.

 

Vos prédécesseurs qui ont encore autorisé la construction de R.T.G. dans les années 1970 n’étaient pas très éclairés !

 

Je ne désire pas émettre de jugement. Et en termes de responsabilité, le cas échéant, ce serait à la justice de faire la part des choses.

 

A-t-on connaissance de plaintes qui auraient été déposées par des membres du personnel enseignant ou d’anciens élèves qui auraient été contaminés par une exposition à de l’amiante dans des bâtiments scolaires de la CF ?

 

Il y a un dossier pendant devant la justice. Il concerne une fonctionnaire qui faisait autrefois partie du personnel d’entretien d’un établissement scolaire.

 

Pourquoi occupe-t-on encore les R.T.G., qui avaient été conçus dans les années 1960 pour une durée de vie de vingt ans tout au plus ?

 

Voyez les difficultés budgétaires des années Martens-Gol, quand l’enseignement était encore une matière fédérale, et ensuite le sous-financement de la Communauté française jusqu’en 2001. Mais la préoccupation d’en finir progressivement avec ces constructions est là. Dans la prochaine phase de travaux, sur les treize implantations dans lesquelles on interviendra pour des projets de rénovation, il y aura neuf cas où cela concernera des R.T.G. et du désamiantage. Depuis 2007, environ 15 % du budget investis dans les bâtiments scolaires est consacré à des travaux impliquant du désamiantage.

 

Avant 2007, l’effort était-il aussi considérable ?

 

Impossible de répondre. On ne disposait pas des outils informatiques qui permettaient de faire de telles évaluations avant 2007.

 

L’éphémère ministre-présidente Arena avait naguère annoncé que les R.T.G. allaient être tous reconstruits grâce un partenariat public-privé (PPP) qui allait permettre un budget d’investissement d’un milliard d’euros...

 

On a dû remplacer ce PPP. L’enseignement libre a déclaré que ce projet ne l’intéressait pas et qu’il préférait une formule de refinancement des fonds classiques des bâtiments scolaires. Cela ramenait l’objectif d’un milliard à environ 515 millions d’euros pour le seul enseignement officiel. Lorsque nous nous sommes saisis du dossier, force fut de constater que le dispositif ne permettait pas de financer pour 515 millions de bâtiments scolaires, mais beaucoup moins, à savoir environ 260 millions. En cause, la nécessité dans ce type de marché de créer un cadre attractif pour l’investisseur privé et la prise en compte de coûts de maintenance sans commune mesure avec ce qui est pratiqué habituellement dans le cadre des bâtiments scolaires. Le PPP s’avérait presque deux fois plus cher que cela n’avait été envisagé… Pour 1 euro de bâtiment construit, il en aurait coûté environ 3,25 euros aux pouvoirs publics.

 

Même si ce prix incluait la maintenance, c’était impayable?

 

Voilà. En plus, la gestion de la maintenance par le privé aurait créé des doubles emplois – et donc des doubles coûts ou des licenciements –, puisque dans les bâtiments de l’enseignement officiel, une partie de la maintenance est assurée par les services techniques communaux, provinciaux ou communautaires… Enfin, les investissements prévus par le fameux PPP n’étaient pas très bien répartis. Ils concernaient 49 implantations. Or, l’enseignement officiel, c’est 2 714 implantations sur l’ensemble de la Communauté française. On risquait de créer un système à deux vitesses pendant vingt-sept ans: 49 implantations de très haute qualité (en principe), c’est-à-dire moins de 2 %, monopolisant 35 % des budgets, tandis que les 2665 autres auraient dû se débrouiller avec 65 % du budget. Cette disproportion ne pouvait aboutir à terme qu’à une dégradation globale du parc d’infrastructures scolaires de l’enseignement officiel.

 

Les finances publiques étant ce qu’elles sont, doit-on envisager que les élèves doivent encore longtemps fréquenter des R.T.G. en CF ?

 

Avant les ravages de la crise financière, cette majorité a entériné un plan de 640 millions d’euros à investir dans les bâtiments scolaires d’ici 2017. On ne reviendra pas dessus parce qu’il est impératif de créer plus de places, notamment à Bruxelles. Du reste, le plan est déjà en route : on va régulièrement poser les premières pierres de nouvelles écoles. Avant ce plan, la marge de manoeuvre en termes de rénovation et de construction n’était que d’environ 10 millions d’euros par an. On a donc fait une importante avancée sous ce gouvernement.

 

Vous avez dit en mai 2010 au Parlement de la CF que « la problématique de l’amiante était un objectif majeur en matière de bâtiments scolaires ». Cela reste donc d’actualité ?

 

Oui, bien entendu. Dans l’idéal, il n’aurait pas fallu recourir à certains modes de construction dans le passé. Aujourd’hui, notre responsabilité est de contrôler, gérer et, petit à petit, au rythme des rénovations et des reconstructions, faire disparaître les R.T.G.

     
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