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Le site de Michel Bouffioux

Derrière les apparences (10/03/2004)

Publié le 10 Mars 2004 par Michel Bouffioux in La Dernière Heure

Chronique "Si on me laisse dire" publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure", en marge du procès de Marc Dutroux et consorts
 
 
 
 (8 - Derrière les apparence -Le 10 mars 2004)    
«L’assurance du juge Langlois», «un exposé clair et précis»… Il est pratiquement certain que le magistrat qui témoigne en ce moment à la Cour d’assises d’Arlon va, ces jours-ci, recevoir beaucoup de bonnes notes dans les médias. Comme prévu, Monsieur le juge est un excellent orateur. Personnellement, je ne suis pas plus convaincu aujourd’hui qu’hier qu’il fût, dans ce dossier, un bon directeur d’enquête. Evidemment, pour s’en rendre compte, il faut aller au-delà des apparences. Ainsi lorsque M. Langlois évoque l’enlèvement de Julie et Melissa, le 24 juin 1995, il nous indique que «tous les témoignages ont été utilisés». La suite du procès devrait démentir cette affirmation péremptoire. Ainsi, l’exposé du magistrat n’évoque pas une tentative d’enlèvement, cinq heures plus tôt, à Ougrée. Le conducteur était à bord d’une Ford Fiesta Rouge. La victime est citée à comparaître au procès d’Arlon car le ministère public estime qu’il peut y avoir un lien entre cette tentative et l’enlèvement de Julie et Melissa. Une voiture de même type et de même couleur a aussi été vue dans le cadre de plusieurs agissements suspects en divers endroits de Wallonie à cette époque. Lelièvre a notamment roulé en Fiesta rouge…
 
Le juge nous présente aussi Mme Henrotte, comme un témoin oculaire capital. Cette vieille dame était à sa fenêtre : elle a vu deux petites filles monter dans une voiture à l’invitation de son conducteur. Il n’y a eu aucune violence. La voiture est repartie à vitesse normale. A tel point que Mme Henrotte n’a jamais eu le sentiment d’avoir assisté à un enlèvement. L’autre témoin est Michelle Martin. Elle rapporte les propos que Marc Dutroux lui aurait confiés, par bribes, sur son implication dans l’enlèvement avec Weinstein. Problème : cela ne colle pas avec le témoignage de Mme Henrotte. Ainsi M. Langlois a soigneusement omis de souligner une contradiction : Martin affirme que Dutroux était passager et qu’il est donc sorti du côté droit du véhicule… Et non pas du côté gauche, comme le dit Mme Henrotte. En outre, Martin dit que, selon Dutroux, le lieu de l’enlèvement se situait à endroit où il ne pouvait pas être vu… parce qu’il n’y avait aucune maison. Mais Mme Henrotte était bien à la fenêtre de sa maison!
 
Tout cela ne veut pas dire qu’il faut croire le manipulateur Dutroux lorsqu’il prétend n’avoir pas perpétré le rapt des deux fillettes. Simplement, M. Langlois -qui ne voulait pas de reconstitution de ce fait – a été forcé d’exécuter ce devoir sur ordre de la chambre des mises en accusation de Liège. Vite fait, mal fait : seulement quatre témoins, seulement un scénario, seulement un horaire. Le procureur du Roi Bourlet aurait souhaité que l’on examine d’autres possibilités. En tenant compte d’autres horaires et en partant d’autres témoignages. Le ministère public exposera certainement ses arguments dans les jours prochains.
 
Il est vrai que M. Langlois n’a, pour l’heure, aucune contradiction. Les questions viendront après son exposé. A cet égard, le vide de l’absence des Russo et des Lejeune est énorme. Qui fera remarquer à M. Langlois qu’il n’utilise que ce qui lui convient dans certains rapports d’experts –comme ceux du nutritionniste et de l’expert architecte- sur la problématique de la cache de Marcinelle? Qui lui rappellera que les déclarations de Martin sur la séquestration de Julie et Melissa n’ont pas toujours été «constantes» ? Qui va, point par point, démontrer le caractère pour le moins aléatoire de la thèse magistrat – qui repose désormais sur le seul témoignage de Martin- selon laquelle Julie et Melissa aurait survécu, 106 jours dans la cache de Marcinelle entre décembre 1995 et mars 1996… sans voir personne et sans jamais en sortir? Qui va poser les dizaines de questions que recèle encore l’enquête qui a été faite sur l’enlèvement des deux fillettes? En l’absence des parents Lejeune et Russo, en l’absence de leurs avocats, toute la responsabilité de ce devoir de mémoire pour Julie et Melissa repose sur l’avocat général Andries et le procureur du Roi Bourlet. C’est à eux aussi de permettre que ce procès soit le lieu de toutes les questions, sinon celui de réponses que certains n’espèrent plus. 
 
 
 
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