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Le site de Michel Bouffioux

Guido Van Wymersch : "Je suis quelqu'un de droit" (12/02/2009)

Publié le 12 Février 2009 par Michel Bouffioux in Paris Match Belgique

- Entretien publié dans l'hebdomadaire Paris Match (Belgique), le 12 février 2009 -

 

Van WymercheCe dimanche 8 février 2009, sur le plateau de « L’Info confidentielle Paris Match », le chef de corps de la police de Bruxelles-Capitale-Ixelles a décidé de répondre à toutes les questions entourant sa nomination, critiquée par certains conseillers de police. Voici une interview par laquelle le nouveau boss de la plus grande zone de police du royaume veut « régler son compte à une certaine logique politicienne » et dire son intention « de pouvoir enfin se consacrer entièrement à sa mission ».

 

Paris Match Belgique. Comment vivez-vous ce début de mandat, entouré de tellement de polémiques ?

Guido Van Wymersch. Ce n’est pas vraiment comme cela que j’avais imaginé ma prise de fonction. Je crois avoir mené une carrière riche en expériences très diverses au sein des services de police, mais toujours de façon discrète. Je n’aime pas me mettre en avant. Etre ainsi exposé dans l’arène médiatique n’est pas du tout ma tasse de thé. Mon seul souhait est d’enfin pouvoir travailler dans la sérénité. De simplement faire mon boulot de chef de corps. A cet égard, je vous assure que je ne manque pas de pain sur la planche : j’ai désormais la responsabilité de diriger la zone de police la plus importante du royaume. Par exemple, cela veut dire 500 manifestations revendicatives par an. Si les marins japonais ne sont pas contents, c’est pour notre pomme, car c’est au rond-point Schuman qu’ils vont venir vociférer dans leurs mégaphones. Cela dit, j’ai des facultés d’adaptation. L’effervescence qui a entouré ma nomination ne m’a jamais atteint au point d’influencer la qualité de mon travail.

 

Les attaques ont pourtant été assez violentes.

Je trouve aussi. Dans ma carrière, que ce soit à la police, au Comité P, à l’Inspection générale ou dans d’autres fonctions encore, je n’ai jamais reçu que des félicitations pour mon investissement au service de l’Etat. Je veux revendiquer que je suis quelqu’un de droit. C’est donc assez surprenant d’être en une fois montré du doigt tel un intrigant… Et j’utilise ici un euphémisme ! Quoiqu’il en soit, je ne me prends pas trop la tête avec tout cela. Que des flèches soient faites de tout bois pour m’atteindre fait certainement partie des risques du métier de chef de corps dans la zone de police de Bruxelles-Capitale-Ixelles. Il suffit de regarder les attaques récurrentes et injustifiées dont mon prédécesseur faisait déjà l’objet. Je dirais qu’il y a une sorte de continuité. Une logique politicienne qui trouve ainsi à s’exprimer. Que puis-je vous dire de plus ? Je suis parfaitement « clean ». Je trouve aussi que les gens qui ont été derrière ce feu nourri d’accusations n’ont pas rendu service à la population.

 

A vous voir, ces accusations n’ont pas l’air de vous déstabiliser plus que cela. 

Mettez cela sur le fait que je suis un vrai Bruxellois, c'est-à-dire un résistant.

 

Mais vous êtes né à Geel !

Ah non ! Quand mes parents m’ont conçu, ils vivaient à Saint-Josse-ten-Noode. Simplement, ma mère est retournée dans la maison de ses parents pour accoucher, et j’ai vécu à Geel pendant sept jours en tout et pour tout. Ce petit détour explique peut-être les a priori de certains qui me collent l’étiquette de « Flamand ». En réalité, j’ai passé toute mon enfance à Saint-Josse, puis à Watermael-Boitsfort. J’ai fait mes humanités à Woluwe-Saint-Pierre et ensuite le droit à la VUB. Mon identité est donc étroitement liée à la capitale, où j’ai ensuite fait toute ma carrière de policier. J’aime cette ville et la pluralité de ses habitants. Pour moi, le Bruxellois est un homme fier et libre. Un Bruxellois, cela meurt debout ! Jamais je ne m’agenouillerai. Jamais je ne donnerai ma tête à couper sans me battre jusqu’au bout pour défendre mon bon droit. Non, mais !

 

Les « affaires » ne vous ont jamais empêché de dormir ?

Quand on travaille beaucoup, avec des collègues qui sont sympas, on rentre chez soi avec le sentiment du devoir accompli. Je dors du sommeil du juste.

 

La question qui est au centre du débat est de savoir si vous êtes intervenu de manière non déontologique dans le processus qui a conduit à votre sélection.

Au centre du débat ? Je ne crois pas. Pour être plus précis, je ne crois plus… Cette polémique est derrière moi. Il y a désormais deux rapports d’autorités indépendantes qui se sont penchées dessus. Les faits ont été analysés par le Comité P (NDLR : l’organe de contrôle des services de police) et dans le cadre de la procédure disciplinaire.

 

Laquelle s’est conclue pour vous par un « blâme » !

Certes, mais pas au motif que j’aurais influencé mes juges dans le cadre de ma nomination. Ni même d’ailleurs que j’aurais tenté d’influencer la commission de sélection. Ce qui m’est reproché et me vaut un « blâme » est bien plus nuancé que cela. Oserais-je dire que c’est même assez subtil ? Il est dénoncé que j’ai pu « donner l’impression d’avoir exercé une influence ». Mon avocat introduira un recours au Conseil d’Etat pour contester cette sanction disciplinaire, dans la mesure où mon mémoire en défense n’a pas été pris en compte dans le cadre de la procédure. Voilà, t’is alles ! Pour moi, l’incident est clos. Le type de sanction choisie, pratiquement la plus basse, situe bien l’enjeu très limité de ce très petit débat.

 

Il reste tout de même des questions. Comment faut-il interpréter cet e-mail du 23 mai 2008 que vous avez envoyé à un collègue et dans lequel vous suggériez une correction qui semble s’être retrouvée dans la version finale du rapport d’évaluation ? Vous écriviez : « Puis-je insister pour mettre un chiffre 1 devant mon nom et un 2 devant celui de Yansenne (…) ? » (Voir aussi Paris Match du 5 février 2009)

J’ai répondu à un e-mail. Je ne l’ai jamais contesté. Dans ce message, je ne faisais que répéter des choses que j’avais déjà dites devant le comité de sélection. En concluant que je n’ai pas eu l’intention d’influencer la procédure et que je ne l’ai pas fait, l’autorité a implicitement répondu à la question que vous me posez : cet e-mail n’a eu aucune influence sur le rapport d’évaluation.

 

On trouve tout de même la formulation que vous y suggérez dans le rapport final.

Discuter de cela ou du sexe des anges revient au même ! Après les conclusions des rapports précités, ce débat n’a plus de raison d’être. Le ministre a clairement acté le fait que je n’ai pas influencé ma nomination, que tout se trouvait déjà dans le premier rapport du comité. Point final.

 

Marion Lemesre et les conseiller MR qui continuent à vous chercher des poux dans cette affaire vous feraient-ils un mauvais procès ?

Je le répète : certains font flèche de tout bois. Allons, soyons un peu sérieux ! Vous savez qui sont les membres du comité de sélection : il y a le procureur du Roi, le gouverneur, des hauts gradés de la police… Et vous croyez que toutes ces personnalités ne réagiraient pas s’il apparaissait que leur signature se trouvait en-dessous d’un texte ne reflétant pas la réalité de leurs avis ? D’ailleurs, ces personnes ont été interrogées et elles ont déclaré que le document daté du 9 mai 2008 remis aux conseillers de police était conforme à ce qu’ils avaient décidés. Ce n’est pas un faux.

 

Des éléments laissent tout de même supposer qu’entre le 22 mai 2008 et le 17 juin 2008, le rapport d’évaluation a subi quelques menues corrections. Il y a donc eu deux documents datés du 9 mai, et le second aurait été complété après cette dernière date. Alors, rapport « antidaté » ?

Ecoutez, franchement, je crois qu’on fait tout un plat d’une procédure somme toute ordinaire. Le rapport d’un comité de sélection est toujours daté du jour où les auditions ont eu lieu. Même si certains aménagements formels qui ne changent rien sur le fond de la décision sont faits par la suite. Ce débat est donc largement gonflé, et ceux qui le portent ont assez d’expérience pour le savoir. On cherche vraiment la petite bête. Moi, je retiendrai uniquement ce qu’on a dit à mon sujet : je n’ai pas influencé et je n’ai pas voulu le faire. Ce qui est clair, c’est qu’il y a des gens qui ne sont peut-être pas très heureux de ma nomination et des conclusions du rapport disciplinaire. C’est une affaire politique.

 

Le fait que des personnes extérieures au comité de sélection se soient investies dans la procédure n’est-il pas contestable ?

Je ne vais pas m’aventurer là-dedans. Je veux bien parler de moi, de la façon dont je vis cela, mais cela s’arrête là.

 

L’AFFAIRE DITE DES « RIPOUX »


Paris Match Belgique. On vous a critiqué quant aux décisions successives que vous avez prises dans ce qu’on a appelé « l’affaire des ripoux ». Premier reproche : n’avoir pas tout de suite suspendu les policiers concernés par le vol filmé par les caméras de surveillance dans la librairie de l’avenue de la Couronne.

Guido Van Wymersch. Je n’ai absolument rien à me reprocher dans ce dossier. Et j’agirais exactement de la même manière si c’était à refaire. C’est une affaire désolante. Il est évident que je n’accepterai jamais qu’un policier se rende coupable de vol ! Mais ma conduite a été inspirée par deux critères très précis : le respect strict des procédures et l’humanité qui sied à un chef de corps conscient que derrière les dossiers, il y a des hommes dont l’emploi est en jeu, et derrière encore, des familles qui encaissent les rumeurs et autres accusations trop vite formulées. Cela dit, je suis également conscient du traumatisme vécu par la libraire, raison pour laquelle j’ai tenu à la rencontrer.

 

Vous avez déclaré que vous n’aviez pas « suspendu » les policiers tout de suite parce que ce n’était pas une vraie sanction.

Il y a deux policiers dans ce dossier. Quand, j’ai été mis au courant des faits, j’ai pris contact avec le Parquet de Bruxelles pour savoir qui avait fait quoi. Il m’a alors été répondu que rien n’était encore très clair.

 

A ce moment, il n’est pas encore question des images qui apparaîtront par la suite ?

Non. Et même avec les images, tout n’aurait pas été tranché comme cela en quelques secondes. Je ne voulais pas prendre de décision, tout de même lourde pour la vie des gens, sans avoir tous les éléments. C’est vrai qu’une certaine presse a rapidement lancé la chasse aux sorcières et voulait qu’on suspende tout de suite les deux policiers. Maintenant peut-être comprendra-t-elle son erreur, car le dossier de l’un des deux nous a été renvoyé par le Parquet et il est établi qu’il n’est pas du tout impliqué ! Pourtant, vu la pression à laquelle on a été soumis, ce sont bien les deux hommes qui ont finalement été suspendus. Pour l’un des deux, c’est donc une injustice. Pour celui qui est en ce moment devant le Tribunal correctionnel, on n’a pas encore son dossier en retour du Parquet, et donc le simple fait de se prononcer à son égard sur le plan de son avenir dans la police serait une atteinte à ses droits à la défense. On ne peut rien décider sur le fond tant que l’on n’a pas reçu le dossier du Parquet. Tout cela pour vous dire que les médias ont parfois tendance à simplifier un peu trop. En plus, vous l’avez rappelé, j’ai aussi estimé que la suspension par mesure d’ordre est une sanction peu pénalisante, parce que le policier concerné touche l’entièreté de son traitement sans rien faire. Par contre, c’est le contribuable qui est sanctionné parce qu’il paie un fonctionnaire à ne rien faire. Voilà pourquoi j’ai d’abord privilégié le déplacement de service. De cette manière, ces hommes devaient continuer à travailler pendant qu’on faisait la clarté sur les faits. Le résultat de cette médiatisation maladroite aura été de traîner les deux garçons dans la même boue alors que l’un des deux n’avait rien à se reprocher. Il faut faire attention quand on joue avec la vie et l’honneur des gens. Le policier qui n’a pas volé a eu sa photo dans les journaux alors qu’il était innocent. Il faudra lui trouver une réparation équitable.

 

Second reproche : vous avez écarté provisoirement l’officier du service de contrôle qui suggérait la suspension des policiers impliqués dès le lendemain des faits. Pour, quelques jours plus tard, après l’éclatement médiatique de l’affaire, le réintégrer dans ses fonctions.

Il s’agit de deux dossiers séparés qui ont fait l’objet d’un amalgame. L’officier est juste allé se ressourcer sur le terrain pour voir comment les choses se passaient et il a été ensuite réintégré dans ses fonctions à la Discipline. Un poste dans lequel il n’avait jamais été remplacé parce qu’on savait qu’il allait revenir. Tout cela s’est fait de commun accord. J’ai toujours gardé une totale confiance dans cet officier. C’est encore une fausse polémique créée par ceux qui font flèche de tout bois !

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