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Le site de Michel Bouffioux

L'appel d'une mère : le drame de Buizingen, un an après....(03/02/2011)

Publié le 10 Février 2011 par Michel Bouffioux in Paris Match Belgique

LA DOULEUR DES FAMILLES DES VICTIMES EST TOUJOURS INTENSE S'Y AJOUTE UNE ÉNORME COLÈRE

 

- Enquête évoquée sur le plateau de "L'info confidentielle Paris Match" (RTL-TVI), le dimanche  30 janvier 2011 et publiée dans l'hebdomadaire "Paris Match Belgique" du 3 février 2011 -


michel-buizingen.JPGmichel-buizingen2.JPG15 février 2010. Buizingen, à quelques kilomètres de la capitale de l'Europe.vit l'enfer. Sous les  flocons, la plaine, un champ de désolation. La collision tragique entre deux trains a tué des navetteurs et des employés de la SNCB. Bilan : dix-neuf morts et des dizaines de blessés. Du sang sur la neige, des wagons déchiquetés et des familles à jamais brisées pour un feu rouge ignoré. En cause, un système de freinage obsolète. La question d'une erreur humaine liée à la visibilité a également été évoquée. Un an après, les familles des victimes décédées se préparent à se recueillir. Ont-elles été entendues au fil de ces mois de douleur? Pas vraiment, pas suffisamment, si l'on écoute notamment 'une d'entre elles, Geneviève Isaac. Assistante sociale de formation, cette maman aux accents poignants a été conseillère adjointe du Service d'aide à la jeunesse de Mons. Elle est maintenant directrice adjointe du service de protection judiciaire de l'arrondissement. Femme au tempérament fort, elle se retrouve, suite au drame, seule à la tête d'une famille de deux enfants. Elle en  avait quatre. Elle en a perdu un en bas âge il y a longtemps, et puis, des années plus tard, Yohan, son aîné, dans la catastrophe de Buizingen.

 

 

UN INCROYABLE DEFICIT DE COMMUNICATION (par Michel Bouffioux)


C'est une femme en colère que nous avons rencontrée. Geneviève Isaac ne comprend pas, et à vrai dire, nous non plus, que près d'un an ait été nécessaire pour que les familles endeuillées par la plus grosse catastrophe ferroviaire de l'histoire de la SNCB rencontrent enfin les patrons du rail belge. «Nous leur avions pourtant demandé cet échange depuis le mois de mars 2010. Finalement, ils nous ont reçus mercredi dernier, à quelques semaines de la date anniversaire du drame», déplore-t-elle. Une réunion au cours de laquelle Geneviève a fait état de tout son ressentiment. Avec des mots aussi tranchants qu'un scalpel. Des paroles au vitriol adressées à Luc Lallemand et Marc Descheemaecker, respectivement administrateurs d'Infrabel et de la SNCB. Des phrases dures, violentes, comme celles-ci : «Le 15 février 2010, à 8 h 18, les vies de mon compagnon de route pendant vingt-cinq ans, père de mes quatre enfants, et celle de mon fils aîné ont été violemment fauchées. Face à ce drame d'une cruauté sans nom, face à notre souffrance, vous nous avez offert arrogance, silence, indifférence, dédain.» Certes, Geneviève a eu du baume au cœur, il y a quelques jours, en discutant enfin avec les boss de l'entreprise publique, mais son ressentiment est toujours là. «C'est bien, mais c'est fort tard. Trop tard. Cela me dépasse que la SNCB n'ait pas eu un tel geste plus tôt. Ce manque d'humanité à notre égard me reste d'autant plus en travers de la gorge que mon fils et mon mari travaillaient pour les chemins de fer.» Geneviève nous montre aussi ce bristol déposé par les administrateurs d'Infrabel et de la SNCB le jour des funérailles de ses chers disparus. Un papier pré-imprimé, sans un mot manuscrit, même pas une signature. «Trop impersonnel, froid... Ils ne sont même pas restés pour écouter tous les discours. Plus tard, lors de la cérémonie d'hommage, ils ont eu une attitude purement protocolaire. Pas d'échanges, ils sont passés à côté de familles endeuillées sans rien leur dire. Heureusement, nous avons pu parler avec certains hommes politiques et le prince Philippe. » Bien sûr, nous avons interpellé la SNCB sur cet incroyable déficit de communication. Avec un sentiment de gêne perceptible, une porte-parole de cette société nous a dit «regretter» que la rencontre avec les familles endeuillées par la catastrophe ferroviaire de Buizingen n'ait pas eu lieu plus tôt. Avant de plaider: «C'est dommage. Il y a eu des malentendus, des courriers qui, semble-t-il, ne sont pas arrivés. Des gestes réels qui n'ont pas été perçus par toutes les familles, comme la présence de psychologues qui étaient à leur disposition dans les jours qui ont suivi l'accident. Mais il y a eu aussi des hésitations, la peur de commettre des maladresses. De la pudeur également qui, peut-être, n'a pas été comprise comme telle. Cela a provoqué des silences qui ont pu être mal ressentis par les familles. Nous le regrettons. Cette affaire d'une ampleur exceptionnelle n'était pas du tout facile à gérer, mais on a appris de ce qui s'est passé. »

 

LA GROSSE MACHINE KAFKAÏENNE BROIE LES ÉMOTIONS SUR SON PASSAGE (par Emmanuelle Jowa)

 

Yohan (22 ans) voyageait avec son père, Didier (44 ans). Il a également perdu la vie dans la collision. Séparés depuis un an environ, Geneviève Isaac et son ex-époux se partageaient harmonieusement la garde des enfants. Geneviève a donc perdu son fils et le père de celui-ci, et s'est retrouvée seule à assumer les besoins et l'avenir de ses deux autres enfants, Quentin et Yannick. Elle aimerait leur donner la chance de poursuivre une vie aussi normale que possible, sereine et studieuse. Car outre les moments d'angoisse et de désespoir vécus durant des jours d'attente interminable, cette femme de caractère s'est vue contrainte de gérer l'innommable : le suivi des remboursements, chaotiques et laborieux dit-elle, des compagnies d'assurances, et surtout cette ignorance dans laquelle on l'a laissée, insiste-t-elle, comme d'autres familles de disparus. Résultat : une sensation d'abandon, intolérable. Elle nous a confié ce calvaire psychologique qui, ajouté aux aspects forcément technico-juridiques d'un drame de cette ampleur, lui ronge les sangs.

 

La journée noire du 15 février 2010 reste imprimée dans sa mémoire. De même que les jours, semaines et mois qui ont suivi. Comme un enfer qui n'en finit pas de s'aggraver. Elle doit garder la tête hors de l'eau, éviter la noyade et la dispersion des troupes, la distension des liens dans la tourmente. Elle s'est préoccupée de la fiancée de son fils défunt, de la compagne de son ex-époux, des collègues et amis de ses deux disparus, des loyers de ceux-ci, des études des deux autres garçons, de son métier, de sa vocation d'assistance sociale. Ne pas courber l'échiné ni baisser les bras. On se demande, en entendant sa voix encore forte, quelle mystérieuse alchimie du destin a fait de cette femme, qui en avait heureusement les capacités, un pilier ad vitam pour une famille brisée.

 

Geneviève savait que Didier et Yohan étaient dans le train. Elle apprendra plus tard que le père et le fils, qui s'étaient rapprochés récemment, ont fait cet ultime trajet sur la même banquette. Ils se rendaient ensemble à Bruxelles, à la gare du Midi. Didier était employé de la filiale Syntigo Holding, qui gère la sécurité pour la SNCB ; son fils, étudiant à Tournai, effectuait un stage de journalisme au sein de la cellule de communication de la même SNCB. Ce matin-là, Yohan, «toujours très câlin» comme elle le décrit, quitte sa mère en l'embrassant «particulièrement tendrement». Il lui souhaite une excellente journée. Elle ne le reverra jamais vivant. L'état des dépouilles mortelles était indescriptible. Ils étaient en première classe, le wagon qui a le plus souffert dans le crash. Une identification pénible qui durera quatre jours. Des nouvelles qui arriveront au compte-gouttes.

 

Ce lundi-là, Geneviève Isaac avait gardé les enfants quelques jours de plus pour dépanner son ex-époux dont la compagne, Valérie, venait d'être opérée et était en convalescence. Ce matin-là toujours, Geneviève avait reçu plusieurs appels de proches, le frère de son ex-époux et un copain, délégué syndical, cherchant à joindre Didier. Elle s'était étonnée de cette série d'appels.

 

Ce n'est que le soir du 15 février vers 22 h 30, qu'un coup de fil du service d'urgence de la Croix Rouge la prévient que son fils et son ex-époux font partie des personnes disparues. Avec ses proches, elle se rend alors à l'hôpital militaire de Neder-Over-Heembeek pour répondre à un questionnaire d'identification censé aider à met des noms sur des corps, en exclure certains, en confirmer d'autres. Dans le grand mess, les familles se regroupées autour de plusieurs tables et l'attente se poursuit, suffocante. Le tunnel qu'il faut impérativement traverser. On prépare les photos, les cartes d'identité pour répondre aux questions des responsables du SIS (Service d'intervention psychologique urgente). Une première famille sort de la pièce où les interviews ont lieu. En larmes. L'épreuve est rude mais la prise en charge «adéquate», dit Geneviève. «Dès le moment où nous avons eu affaire aux gens de la DVI et du SISU, nous avons été respectés. Mais pas auparavant. » Elle devra répondre aux questions une heure et demie durant. Les physionomies de son fils et de son ex-époux sont passées au crible. «Les questions étaient d'ordre purement physique: slips, bijoux, pilosité... Ensuite, on nous a dit : "Rentrez chez vous et on vous appellera." Dès ce moment, on a attendu ce fameux coup de fil pendant des heures, qui deviendront des jours. »

 

Quatre jours d'attente insoutenable, de peur instinctive, insidieuse, qui ronge le corps et l'âme. «L'accident s'est produit le lundi 15 au matin et nous avons appris leur mort le jeudi. Avec l'amie de mon fils, le frère de mon mari, mes fils et tous nos proches, nous avons passé ces journées dans le même fauteuil. Dans un premier temps, la télévision a diffusé des numéros de téléphone dont deux étaient erronés. Nous avons eu affaire à la cellule d'urgence du Brabant flamand. Nous avons eu en ligne une Néerlandophone qui proposait de nous passer ensuite un "collega". Au bout de quarante-cinq minutes d'attente, la personne qui nous a écoutés n'a pas voulu noter mes coordonnées. » « Parmi les dix-sept familles concernées, certaines ont été prises en charge immédiatement, mais la majorité d'entre est restée dans la situation d'abandon que j'ai décrite», poursuit Geneviève qui, grâce peut-être à son passé de mandataire politique, semble avoir l'aura nécessaire pour fédérer les troupes, même si elle refuse le rôle de porte-parole des familles des victimes disparues dans la collision. «Je parle en mon nom, seulement en mon nom. »

 

Le jeudi 18 janvier 2010, l'irréparable se confirme. «Ce jour-là, on nous a dit que Yohan et Didier ne figuraient pas parmi les personnes identifiées dans les hôpitaux mais étaient parmi les morts. Nous attendions toujours le coup de fil redouté. Tant que la reconnaissance formelle des dépouilles n'a pas eu lieu, on s'accroche à tout et à n'importe quoi. On est véritablement en mode de survie. Il était environ 22 heures quand l'annonce des deux décès nous a été faite. J'ai prévenu la compagne de mon ex-mari et j'ai eu le réflexe d'entourer chacun. Candice, la fiancée de Yohan, était en très grande détresse. Elle a été accompagnée par le service d'aide aux victimes de Mons. » «Didier devait fêter ses 45 ans le dimanche du Doudou », souligne encore son ex-épouse. Un leitmotiv qui la renvoie aux beaux jours. Ses copains de Ducasse, ses collègues, ses fils, lui avaient programmé des surprises à la pelle. Il se préparait à vivre avec sa compagne, Valérie. Yohan, de son côté, allait s'installer avec Candice. Il avait, semble-t-il, de bonnes perspectives d'emploi au sein de cette cellule presse où il faisait ses armes. Lors de la cérémonie des funérailles à Bruxelles, Geneviève Isaac a vu les représentants, dont un administrateur de la SNCB. Ils ont distribué des saluts guindés, raconte-t-elle, un peu « déshumanisés ». Comme les autres familles, elle n'aura pas d'entretien personnalisé mais de simples salutations. Et une carte dactylographiée avec des mots convenus. Une caricature de courrier administratif. Pudeur, retenue, maladresse. Le silence de plomb sera long.

 

1er encadré : UNE MARCHE SILENCIEUSE, COMME L’A ÉTÉ LA SNCB

 

A l'approche du premier anniversaire du drame, hommage: et actions s'organisent. Le lundi 31 janvier, des tracts ont été distribués dans les gares de Saint-Ghislain, Mons, Jurbise Soignies et Braine-le-Comte, à 7 h 20, heure de départ di train d'enfer. Le 12 février, le gouverneur du Brabant flamand a prévu une commémoration à Hal. «Au départ, nous n'avions pas été sollicités. Mais maintenant, nous y somme: associés grâce au soutien du gouverneur du Hainaut via la cellule d'aide psychologique de la Province. Il y aura des prises de parole en français et en néerlandais et un autre hommage sera rendu par le Philharmonique de Quaregnon », précise encore Geneviève Isaac. Le 13 février, enfin, la marche sera lancée sur la Grand-Place de Mons. «Silencieuse, comme l'a été la SNCB» commente-t-elle. «Une marche sans représentation officielle ou politique. Ça n'a rien à voir avec le crainte d'une quelconque récupération. Mes convictions restent intactes mais quand on traverse ce genre de drame, or hiérarchise ses priorités différemment. Lorsque des personnes ont été blessées dans leur vie et leur chair, les choses se situent à un autre niveau. » Geneviève n'est pas libérée de la peur, qui vrille le corps sans lâcher son étreinte. « Elle me taraude au quotidien car mon fils Yannick doit prendre le train pour se rendre au Conservatoire royal de Bruxelles, où il est scolarisé. Il doit donc emprunter le même train sur le même parcours que celui où son père et son frère aîné ont trouvé la mort. Je suis rivée à mon téléphone portable matin et soir dans l'attente de recevoir le texto qui me rassure sur son arrivée ou son retour à bon port. »

 

DE L’ASSURANCE DE L'EMPLOYEUR DE LEUR PÈRE, SES DEUX FILS ATTENDENT TOUJOURS UN PREMIER VERSEMENT QUI DEVAIT ÊTRE EFFECTUÉ DANS LE MOIS QUI A SUIVI LE DRAME

 

Ce n'est que onze mois plus tard, ce mercredi 26 janvier, qu'elle a pu enfin rencontrer, avec les autres familles de victimes décédées, les hommes derrière l'institution. Luc Lallemand et Marc Descheemaecker, respectivement administrateursd'Infrabel et de la SNCB, ont passé trois heures auprès des familles. « Là, je dois reconnaître qu'ils ont été à l'écoute, longuement. J'ai dit à M. Lallemand que je le remerciais personnellement, même si cela n'enlève rien à mon chagrin et ma fureur. » Une colère qui aide à tenir le coup ? «Dans un sens oui, mais j'aurais préféré l'éviter. Chez nous, la colère, on préfère la remplacer par des actions constructives. Pour les funérailles de mon ex-mari et de mon fils, nous avions demandé des dons. Ils ont été envoyés en Afrique, à Mbour au Sénégal, en faveur d'une institution pour personneshandicapées. »

 

Comment explique-t-elle ces lacunes dans la communication a été, sans doute, involontairement, maladroitement bâclé. Malentendus, crainte d'êtreindélicat, peur de l'impudeur, hantise de déranger les familles. «Je sais qu'"ils" ont été mobiliséspar la remise en marche des trains, des voies, etc. Je sais en effet qu'ils ont aussi redouté nos réactions. Certaines familles leur auraient fait savoir qu'elles ne souhaitaient pas de contact. J'ignore si c'est exact mais quelques mots, une écoute, un peu d'attention auraient été bienvenus. Je leur reproche surtout d'avoir accepté de nous voir lorsqu'ils ont, probablement, appris que nous allions mettre sur pied une grande marche silencieuse. » 

 

Sans doute ces quelques mots, cette écoute, cette reconnaissance attendue depuis près d'un an aurait-elle évité nombre de tracasseries et calmé des ardeurs parfois impulsives. Geneviève Isaac a rédigé un courrier qu'elle a lu aux administrateurs présents le 26 janvier. Avec des termes assez durs, qu'elle n'aurait peut-être pas couchés sur le papier si elle avait senti une écoute plus tôt.

 

Que dire encore de la grosse machine, forcément kafkaïenne, qui broie et digère les émotions sur son passage, en dépit de bonnes volontés isolées ? Une administration comme une autre ? «Je ne peux pas faire de comparaison, mais j'ai cru comprendre que depuis que la SNCB a été scindée en trois entités différentes et en plusieurs antennes, il semble que l'institution se soit déshumanisée. Elle est peut-être plus fonctionnelle, mais aussi plus impersonnelle. Elle répond à certaines normes mais n'a plus la même dimension humaine. C'est ainsi, en tout cas, que certains ont ressenti les choses. »

 

En attendant, Geneviève Isaac, qui a perçu, comme les autres familles de victimes décédées, une somme forfaitaire de 21500 euros en guise d'avance pour la couverture des dommages infligés par l'accident de train, regrette le caractère tardif de ce geste. « Certes, ils ont respecté la législation en termes de montants, mais ce versement, ils ne l'ont fait qu'après le bruit que j'ai fait à ce sujet... J'ai appris par ailleurs que les parents retraités d'une victime se sont vus proposer 5 000 euros chacun à titre de dédommagement définitif. Peut-être est-ce légal, mais permettez-moi de trouver cela un peu dérisoire... » De l'assurance de l'employeur de leur père - pour accident du travail-, les deux fils de Geneviève Isaac attendent toujours, dit-elle, un premier versement, qui devait être effectué dans le mois qui a suivi le drame, selon les termes d'un accord conclu avec l'avocat de la famille. Les victimes ont-elles pu se souder dans cette démarche contre la pesanteur administrative, difficilement acceptable dans les cas de force majeure ? «II est impossible de faire front commun. La force des compagnies, c'est que chaque cas est différent. Dix-neuf morts, c'est dix-neuf dossiers différents. Mes fils et moi nous sommes constitués partie civile au tribunal de première instance de Bruxelles et nous allons intenter une action devant le tribunal de police de Mons contre Ethias et la SNCB pour absence de soutien financier. Nous comptons réclamer une intervention jusqu'à la prise d'autonomie des enfants à 25 ans. Nous attendons que le tribunal fixe l'audience. La machine est en route. J'espère obtenir gain de cause pour mes fils. J'espère aussi, dans la foulée, que notre action pourra faire jurisprudence, qui sait? Je me bats pour que mon ex-mari et mon fils ne soient pas qu'un code-barres sur une pile de dossiers, pour que nos morts ne soient pas oubliés. Nous attendons aussi, dans le calme et la sérénité, que soit rendu un hommage profond aux victimes, pour ces dix-sept familles endeuillées qui ont fait preuve d'une dignité hors pair et n'ont jamais manifesté la moindre agressivité vis-à-vis d'une quelconque autorité.»

 

2ème encadré : LA SECURITE DES VOYAGEURS PLUS QUE JAMAIS AU COEUR DU DEBAT


La commission d'enquête « Buizingen », chargée d'évaluer la politique de sécurité du rail en Belgique, finalise ses recommandations. Plusieurs mois de travail pour des conclusions très attendues. Le rapport final doit être présenté en séance plénière le 10 février. Parmi les volets clés, le renforcement accru de l'autorité belge de sécurité ferroviaire, qui doit jouer un rôle faîtier et indépendant; la demande aux grandes gares belges de prendre des mesures précises sur les dépassements de signaux ; l'affinement des critères de recrutement du personnel et l'adaptation des charges de travail aux rythmes biologiques ; le rôle crucial d'une culture de la sécurité, qui doit apparaître dans les contrats de gestion ; le suivi de l'équipement du rail belge, et l'élaboration, pour l'automne 2011, d'un projet de masterplan. Un cas de signalisation «grillée» a été relevé non loin de là, le mardi 25 janvier 2011. Entre Hal et Buizingen, un chauffeur de train a brûlé un feu sur la ligne Bruxelles-Mouscron. Les navetteurs ont passé des heures à attendre le remplacement du conducteur, prévu dans un tel cas de figure. Le vendredi 28 janvier dernier, enfin, une nouvelle collision de trains (entre un omnibus Verviers-Liège et un train IC Ostende-Cologne) avait lieu à Pepinster, près de Verviers. Même si, en l'occurrence, seuls quelques blessés légers étaient à déplorer, le débat sur la sécurité à la SNCB continue de faire rage (Emmanuelle Jowa)

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