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Le site de Michel Bouffioux

La dernière bombe de Bob Beijer : Révélations sur les années de plomb (18/02/2010)

Publié le 18 Février 2010 par Michel Bouffioux in Paris Match Belgique

RETOUR SUR UNE DECENNIE QUI A SENTI LE SOUFRE EN BELGIQUE


- Entretien évoqué sur le plateau de "L'info confidentielle Paris Match" sur RTL-TVI, le dimanche 14 février 2010 et publiée dans l'hebdomadaire "Paris Match" (Belgique), le 18 février 2010 -


Séquence diffusée sur RTL/TVI



michel-beijer.JPGmichel-beijer2.JPGEn avant-première dans "L'Info Confidentielle Paris Match", dimanche dernier sur RTL-TVI, Bob Beijer, l'ex-gendarme-bandit-détective-agent secret (barrer la mention inutile), a dévoulé une partie du contenu d'un livre autobiographique qui sort jeudi dans les librairies.  Un ouvrage explosif dans lequel il multiplie les révélations sur plusieurs affaires restées largement mystérieuses qui ont déstabilisé les services de police et l'opinion belge dans les années 80.


Retour sur une décennie qui a senti le soufre en Belgique. Les années '80. Avec divers attentats contre l'ex gendarmerie, dont celui qui visait à tuer le major Vernaillen qui dirigeait alors le district de Bruxelles. Avec l'incroyable vol des armes de l'Escadron spécial d'intervention dans le saint des saints de ce corps d'élite et avec divers trafic d'armes et de renseignements sensibles, des écoutes et autres coups tordus. Avec les meurtres de l'ingénieur de la FN Juan Mendez et du diamantaire anversois Suleiman. Mais aussi l'astucieux vol de 2 millions de francs belges au palais de Justice de Bruxelles. Et encore la disparition jamais élucidée d'un convoyeur de Zaventem, lequel véhiculait une mystérieuse valise diplomatique, des lingots d'or et des montres Cartier numérotées. Sans parler de diverses manipulations visant des hommes politiques belges à la demande, peut-être, de deux agents importants de la Sûreté de l'Etat.

 

Une atmosphère lourde qui aurait pu servir de décor à un SAS de Gérard de Villiers. Mais, en l'espèce, l'auteur du livre qui sort ce jeudi s'appelle Robert Beijer. 57 ans. Particularité : ce qu'il écrit n'est pas une fiction. En tout cas, c'est ce qu'affirmé cet ancien gendarme, recyclé en détective privé avant d'être arrêté et condamné à 14 ans de réclusion, d'être libéré, de s'installer en Asie et d'y refaire sa vie dans l'immobilier et l'informatique. L'homme au regard malicieux revient sur des affaires qu'on a parfois cru liées aux tueries du Brabant - à tort dit-il - et les « situe dans leur contexte réel ». Sous le titre « Le dernier mensonge », Bob Beijer affirme dire la vérité sur la nature de son implication dans plusieurs faits dont la justice l'avait parfois innocenté. En fait, tous ceux que nous avons mentionnés plus haut. Toute la vérité ? Non, car un autre livre est en préparation qui devrait encore éclairer d'autres affaires et plus encore ce que Beijer avance comme mobile.

 

L'ex-gendarme explique en effet qu'il a toujours été « en mission », tantôt pour un service secret étranger, tantôt pour la Sûreté de l'Etat belge. S'il apporte de nombreux éclairages inédits sur les affaires dans lesquelles il a été impliqué et partant sur cette sinistre période des années de plomb, il ne peut évidemment sortir un contrat de recrutement qui prouverait qu'il a fait tout cela dans le cadre d'une opération de déstabilisation commanditée par ceux qu'il appelle ses « maîtres ». L'autre point discutable de son récit est qu'il paraît à un moment où l'un des acteurs essentiels de ces années noires, Madani Bouhouche, n'est plus là pour le contredire. Bob se donne-t-il le beau rôle ? Cela dit, quand on voit toutes les imbécilités qui ont pu être imaginées par des journalistes et des enquêteurs sur ces affaires louches, la version de Beijer ne saurait être balayée, par ceux-là comme par nousmêmes, d'un revers de la manche.

 

Bien au contraire. « Le dernier mensonge », que Paris Match a pu lire en avant-première, est un livre qui interpelle. Qui élucide d'évidence certains faits mais qui dérange aussi parfois par le cynisme froid avec lequel l'auteur décrit certaines « opérations ». En même temps, c'est un bouquin qui témoigne d'un réel panache doublé d'un goût de la provoc' dont Beijer ne se départira sans doute jamais. Et qui, cela sauve éthiquement le reste, se conclut sur une morale acceptable. Le récit époustouflant que cet ex-fugitif nous fait de sa cavale en Amérique du Sud et en Asie, de son emprisonnement dans les prisons thaïlandaises aussi, se termine en effet par une transformation de ce personnage intriguant. Le rendant sans doute plus sage, plus zen, mais non moins mystérieux. Voici l'interview qu'il nous a accordée alors qu'il se trouvait encore là où il a refait sa vie, quelque part en Asie.

 

IL RESTE UN CORPS A DETERRER (un entretien avec Michel Bouffioux)

Paris Match Belgique. Le début de votre récit autobiographique ressemble à un roman de John Le Carré. Fin des années '60, à une époque où le Mur de Berlin semblait encore indestructible, deux hommes venus de l'Est débarquent dans votre vie à l'improviste et vous font d'étranges révélations..

michel-beijer3Bob Beijer. C'est bien comme cela que tout a commencé. Je venais d'entamer mes études universitaires et j'adorais le jeu d'échecs. Pour assouvir cette passion, je me rendais souvent au « Greenwich ». J'y rencontrais des adversaires de bon niveau mais, en définitive, c'est surtout mon destin que j'ai croisé dans cet établissement du centre de Bruxelles. Un jour, deux hommes se sont assis en face de moi. Dans le cadre d'un monologue qui m'a bouleversé, ils m'ont révélé que mon père, ce poissonnier traiteur affable que je connaissais depuis toujours et auquel je ne ressemblais pas, n'était pas mon vrai père. Plus tard, ces deux hommes m'expliqueront que mon père biologique, sous la couverture d'une activité journalistique, avait travaillé pour eux...


Pour eux ?

Les services des renseignements militaires soviétiques.


On vous proposait de prendre la relève ? 

En quelque sorte. C'est assez fascinant de constater à quel point ils m'avaient bien ciblé. J'étais encore très jeune et sans doute manipulable par des gens qui semblaient mieux connaître ma vie que moi-même ! Sortant de nombreuses années d'internat, j'étais un peu perdu dans ma nouvelle vie d'étudiant à Bruxelles. Fragilisé, j'avais besoin de repères. En touchant la corde sensible du père, ils me les donnaient : je pouvais, je me devais, de marcher sur les traces de cet homme que je n'avais pas connu. En une fois, on m'offrait une perspective, une importance aussi. J'avais été choisi. J'étais en quelque sorte un élu. J'allais avoir une mission. De plus, le côté secret de tout cela me conférait un sentiment de pouvoir qui était très excitant. Bien sûr, quarante ans plus tard, mon regard sur ce moment de mon existence est plus mitigé. J'ai parfois le sentiment que ceux qui m'ont recruté m'ont volé une partie de ma jeunesse. Mais, dans le même temps, je dois reconnaître que, sans être un communiste fanatique, j'ai marché à fond dans cette histoire. Je courais derrière l'image de ce père mort que je ne connaîtrais jamais... Et l'aboutissement de tout cela, c'est ce livre dont l'idée première est d'expliquer ma démarche à mes enfants. Je veux qu'ils comprennent dans quel contexte j'ai oeuvré. Secundo, je veux rétablir certaines vérités, en finir aussi avec des amalgames.


Votre engagement à la gendarmerie était-il lié à votre « mission » ?

Tout à fait. Je menais des études universitaires satisfaisantes et, au grand étonnement de mon entourage immédiat, je les ai interrompues pour signer chez les gendarmes. Mon dessein, déterminé par ceux qui m'ont recruté, était de miner le système de l'intérieur. J'entamais là une opération de déstabilisation de ce qui n'était pas seulement le premier corps de police belge. A cette époque, les gendarmes avaient le statut de militaires. On avait coutume à l'époque de parler d'un Etat dans l'Etat, les brigades de la gendarmerie maillaient tout le territoire. C'était une institution disposant encore d'une réputation de solidité et de rigueur. La gendarmerie était cependant fragile, ses pieds étaient d'argile et il y avait moyen de la faire vaciller. Et je considère que je n'ai pas échoué dans ma mission !


A vous lire, vous commencez cette « mission » par la mise en place de l'infrastructure qui vous permettra de réaliser un certain nombre de « coups » ?

C'est exact.

 

Locations de box sous de fausses identités, vols de voiture, casses de banque, un vol audacieux de 2 millions d'anciens francs belges au palais de justice de Bruxelles, locations d'appartement devant servir de «sas de décompression» ou de planques lors d'«opérations». N'est-il pas surprenant de constater que l'agent travaillant pour le compte d'une puissance étrangère que vous alléguez avoir été fut contraint de financer ses actions par diverses activités criminelles ?

A mon sens, il n'y a rien de surprenant. J'ai été formé pour travailler de manière totalement autonome. Ceux que j'appelle mes « maîtres » m'ont fixé un cadre général dans lequel je devais déterminer moi-même des objectifs précis à atteindre, avec toutefois leur assentiment final. A moi de trouver les moyens. De sorte que le cloisonnement était total. Dans un tel système, on avance en connaissant les règles du jeu dès le départ : si vous tombez, il n'est pas possible de remonter jusqu'à vos commanditaires. Bien sûr, vous pouvez parler, mais qui vous croira ?

 

De fait, tout cela semble un peu romanesque !  

Chacun est libre de penser ce qu'il veut. Mais dans un second livre en préparation, j'évoque en détail ma formation et d'autres opérations que j'ai réalisées dans le cadre de ma mission. Pour l'heure, je voulais éclaircir un certain nombre d'affaires dont on a beaucoup parlé ces dernières années et les situer dans leur contexte réel. Ceux qui ont traité ces dossiers au niveau judiciaire pourront facilement constater que je donne les vraies pièces manquantes de certains puzzles. Je rappelle que, quand il m'est arrivé de donner des informations à la justice, par exemple sur certaines caches d'armes, elles se sont toujours révélées exactes.


Dans votre livre, vous évoquez des affaires où était également impliqué Madani Bouhouche... Un homme que vous refusé de qualifier d'«ami» alors que vous sembliez être d'inséparables complices ?

Bouhouche était plutôt une relation de travail. C'était un bon soldat qui avait une science des armes incroyable, mais il était aussi très impulsif. C'était un fonceur habité par un sentiment d'impunité, à tel point qu'il prenait des risques inconsidérés en conservant des trophées et des articles de presse sur des coups auxquels il avait participé. En plus, il fricotait avec des gens de l'extrême-droite, une idéologie que je ne partageais évidemment pas. Lui-même, il ne connaissait rien du contexte réel dans lequel je fonctionnais et, en ce sens, je l'ai donc manipulé. Mais il n'est pas exclu que Bouhouche aussi me manipulait ! C'est tout de même lui qui nous a mis en rapport avec des gens importants de la Sûreté de l'Etat après que nous ayons quitté la gendarmerie. A dire vrai, je n'ai pas connu tout un pan des relations et des activités de Bouhouche. Il cloisonnait. Normal, ne le faisais-je pas aussi ? Je regrette de n'avoir pas pris le risque d'en parler avec son ami Juan Mendez, cet autre passionné des armes qui a été assassiné à Rosières en janvier 1986. Je suis certain que Mendez savait des choses mais j'ai hésité à lui faire part de mon trouble parc que Bouhouche était son pote le crois qu'il a dû également avoir la même démarche à mon égard parce que, p de temps avant sa mort, Mendez avait été l'objet d'un vol d'armes qui l'avait traumatisé... Il suspectait Bouhouche mais il n'a peut-être pas osé me poser des questions parc qu'il me percevait comme l'associé et ami de Bouhouche


Bouhouche a été acquitté par la Cour d'assises pour le meurtre de Mendez mais, à vous lire, c'était peut-être une erreur...

Je n'accuse pas. Je ne fais que relever des faits. Il a fallu que je lui donne un alibi pour qu'il puisse démontrer qu'il était dans l'impossibilité matérielle de tuer Mendez. En outre, je l'ai vu anormalement perturbé dans les heure de la découverte de son ami. Il vomissait et tenait des propos étranges sur «des choses qu'il ne pourrait plus jamais faire». Nous nous connaissions depuis des années mais je ne l'avais jamais vu dans un pareil état.


Vous ne semblez pas exclure non plus que Bouhouc ait eu quelque chose à voir dans les tueries du Brabant...

Mon point de vue est nuancé. A l'époque, c'est vrai que, comme d'autres, je me suis parfois posé des questio à son sujet. Et, aujourd'hui encore, je me dis qu'il est tout fait possible qu'il soit intervenu là-dedans d'une façon in< recte, par exemple en fournissant des armes. Toutefois, je rappelle dans le même temps que la justice n'a jamais pu trouver matière à l'impliquer dans les tueries et que ce n' pas faute d'avoir essayé. Ainsi, il a passé avec succès le te du détecteur de mensonge et je peux témoigner du fait qu'au moment de certains des faits dont on parle, il était opération avec moi. Je précise, on ne sait jamais, que je parle ici d' «opérations » qui n'ont rien à voir avec les tue ries du Brabant.


Parlons de ces opérations. Chronologiquement, il y d'abord eu le placement d'une bombe en 1981 dans un véhicule de service de la BSR de Bruxelles ?

Oui, c'était une idée simple, inédite et perturbatrice.Plus encore d'ailleurs que je ne l'aurais imaginé. Après cet attentat que j'ai pensé et organisé dans ses moindres détails, j'ai constaté qu'il n'était même pas nécessaire de le revendiquer. Des théories ont commencé à naître toute seules dans les rangs des enquêteurs. Et cela s'est confirmé lors de toutes les opérations suivantes : on y voyait la main d'un groupe surentraîné, la marque d'un complot, de règlements de compte. Les médias et les enuêteurs imaginaient aussi des « supermanipulations », comme après l'attentat contre le major Vernaillen... Certains en arrivant à le suspecter d'avoir organisé l'attentat lui-même alors que je suis bien placé pour savoir qu'il n'en était qu'une victime. D'autres voyaient la main d''un officier concurrent, etc. Les enquêtes n'aboutissant pas cela ne contribuait qu'à gonfler les théories les plus fumeuses. Et c'est bien de cette manière que les objectif; de déstabilisation et de désinformation étaient atteints. C'est à cette époque, avant même les premières tuerie: du Brabant et les attentats des CCC, que l'on a commencé à parler des « années de plomb ». L'image de la gendarmerie allait être écornée par son incapacité à résoudre des affaires la touchant elle-même.

 

Vous avez évoqué l'attentat contre le major Vernaîllen. Un fait pour lequel Bouhouche et vous avez été acquittés par la cour d'assises...

C'était bien nous. Plus précisément, Bouhouche, deux autres personnes jamais identifiées par la justice, et moi. Pendant qu'un homme attendait dans une voiture, nous étions trois, dont Bouhouche et moi, devant la porte de l'officier qui dirigeait le district de gendarmerie de Bruxelles dans le but de l'abattre. C'est moi qui avais choisi la cible. Je m'en explique dans mon livre. Suite à ma démarche, j'ai pu rencontrer Mr Vermaillen. Celui-ci ne souhaîte pas que je m'épanche sur le contenu de cet entretien qui, de mon point de vue, a été humainement positif.


Vous ne craignez pas de nouveau ennuis judiciaires ?

J'ai toujours vécu en accord avec un principe de Friedrich Nietzsche qui estimait qu'il fallait vivre dangereusement. Par ailleurs, j'ai le sentiment que, d'une certaine façon, avec ce livre, j'apporte des éléments de nature à aider à l'établissement de la vérité.


Quand on vous lit, on est parfois dérangé par une sorte de cynisme froid : « L'idée consistait à se rendre au domicile du major, se faire ouvrir la porte, l'abattre et repartir. Ni plus, ni moins. Et sans mobile apparent. Sans mobile du tout, à dire vrai. De toute façon, je faisais confiance aux enquêteurs, ils étaient suffisamment experts dans l'art de forger tout seuls des mobiles ». Pas de quartiers ! A propos d'autres affaires encore, vous laissez clairement entendre qu'il n'était pas question de laisser un éventuel témoin vivant.

J'étais très déterminé à mener à bien mes missions. Sans doute trop convaincu, tel que peut l'être un soldat en opération. Plus assez humain. Trop sûr de moi et je dirais même imbu de ma personne parce que je maîtrisais trop bien les données de toutes ces opérations. Bouhouche et moi, on avait l'impression de travailler dans notre jardin, tout semblait possible et facile. Je ne comprendrai mon égarement que bien plus tard lorsque je vivrai la galère d'une très longue cavale et plus encore lorsque je séjournerai quelque temps dans les prisons thaïlandaises. Aujourd'hui, je ne suis plus le même homme... Je cultive plutôt des vertus au centre desquelles se trouvent la patience et le détachement des choses matérielles. Bien que je me dise aussi que, replacé dans les mêmes circonstances, je réagirais certainement de la même manière. Comme les Asiatiques, je crois que nous sommes déterminés par quelque chose comme le destin.


Dans l'affaire retentissante du vol des armes de l'Escadron spécial d'intervention de la gendarmerie, Bouhouche et vous n'avez été condamné que pour recel et, là encore...

C'était Bouhouche, deux autres complices et moi qui étions sur place, oui. Certes, l'opération avait été minutieusement préparée parce que je ne laissais jamais rien au hasard mais tout de même, ce que je retiens le plus, c'est la déconcertante facilité avec laquelle on est entré dans le saint de saints de la gendarmerie pour s'emparer de ce stock d'armes. Le but était de ridiculiser ce géant aux pieds d'argile, l'Etat dans l'Etat dont je parlais tout à l'heure... Objectif atteint. Ils étaient tellement mal qu'ils ont été amenés à gonfler l'événement. Ils ont fait croire aux journalistes qu'il fallait forcément que nous soyons un commando de choc pour avoir réussi un coup pareil. Une idée fausse qui devait sauver l'image de la gendarmerie mais qui alimentera un peu plus encore les théories du complot... Et bien sûr, les conséquences en termes de déstabilisation. Dans le fond, il suffisait de mettre des petits détonateurs à droite et à gauche. Et par la suite, cela provoquait des explosions en chaîne sans que je doive encore intervenir. La réussite de ce type de mission doit beaucoup à l'esprit fertile de certains enquêteurs qui vont chercher midi à quatorze heures.


Votre autobiographie s'étale sur plus de 350 pages... Impossible de parler de tout. Revenons tout de même sur « l'affaire Zwarts », ce convoyeur de l'aéroport de Zaventem qui a disparu à la suite du vol de sa cargaison d'or en 1982. Il y a trois ans, vous aviez confié à Paris Match que vous croyiez savoir où le corps avait été enterré après qu'il fut tué... Mais dans votre livre, si vous donnez tous les détails sur le déroulement de cette affaire que vous avez montée et si vous révélez que c'est Bouhouche qui a tiré sur le convoyeur alors qu'il était prisonnier dans le coffre d'une voiture, en ce qui concerne l'endroit où se trouve le corps, vous vous contentez de mentionner une zone près du canal de Willebroek. mais pas l'endroit exact...

Je tiens a préciser que si j'ai étudié et préparé cette opération, je n'étais pas sur place quand elle s'est déroulée. Je précise aussi que je n'étais pas motivé par l'appât du gain : ma mission consistait à intercepter une valise diplomatique en provenance de l'ambassade belge à Moscou. Les montres Cartier numérotées, les lingots d'or et les diamants qui faisaient partie du même convoi ont servi a payer les exécutants dont Bouhouche. Comme je le démontre avec beaucoup de détails dans mon livre, cela devait se passer sans verser la moindre goutte de sang. C'est Bouhouche qui a décidé sur place qu'il en irait autrement. J'estime ne pas avoir de responsabilité directe dans la mort de Francis Zwarts, tout en admettant bien sûr une responsabilité indirecte en tant que concepteur de l'opération. Il est possible que je sois amené à rencontrer l'un ou l'autre membre de la famille Zwarts. Le cas échéant, je leur expliquerai pourquoi, dans le cadre d'une négociation avec le ministre de la Justice et ce depuis 1996, nous ne sommes jamais arrivés à un accord pour désigner l'endroit supposé où pourrait se trouver la dépouille du malheureux convoyeur.


Cette négociation portait sur un changement de nom ?

Oui, comme je vous le confiais déjà il y a trois ans, je voulais récupérer le nom de ma mère, celui que j'ai porté jusqu'à l'âge de 6 ans, moment où j'ai été adopté. Confronté à l'obstination négative du ministre de la Justice, j'ai décidé de renoncer à toute transaction. Je révélerai aux enquêteurs, et donc à la famille de Zwarts, l'endroit où le corps a été enterré selon ce que m'en avait dit Madani Bouhouche.

 

Bob Beijer, « Le dernier mensonge », éditions Luc Pire, 2010.

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