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Le site de Michel Bouffioux

Mutualité socialiste du Luxembourg (18/10/2007)

Publié le 18 Octobre 2007 par Michel Bouffioux in Paris Match Belgique

DES EMPLOYES DENONCENT UN MANAGEMENT DE LA TERREUR


- Enquête publiée dans l'hebdomadaire Paris Match (Belgique), le 18 octobre 2007 -


michel-mutsoc.jpgLa Fédération luxembourgeoise de la Mutualité socialiste est dirigée depuis de très nombreuses années par Gérard Magnette, un homme influent qui, par ailleurs, collectionne une série de mandats divers et variés. De nombreux témoins mettent en cause son «management de la terreur» qui se traduit par des «menaces», différentes formes de «harcèlement» et des «licenciements injustifiés». Des condamnations prononcées par le tribunal du travail, de nombreux témoignages, des documents syndicaux, le renvoi devant le tribunal correctionnel de l’adjointe à la direction de M. Magnette, à savoir sa compagne Claudine Laurent, sont autant d’éléments qui confirment l’existence d’un climat social qui n’a vraiment rien d’un paradis… socialiste. Aurions-nous débusqué le «Lucien Cariat» du Luxembourg belge ?

 

Le 14 février 2006, en milieu d’après-midi, un homme en colère débarque dans les locaux de la police de Saint-Hubert et se met à crier sur les fonctionnaires de service qui se sentent menacés.

 

A tel point qu’ils consignent cet épisode peu banal dans un procès-verbal : «Magnette Gérard se présente en furie (…). Il hurle qu’il veut voir de suite sa compagne, que nous n’avions pas à la mettre en garde à vue, que la Police ainsi que le Juge d’instruction ont abusé de leurs pouvoirs, surtout pour une bêtise de harcèlement téléphonique. Surpris de cette attitude exagérée, l’I.n.p. Jean-Marc demande poliment et calmement à Magnette Gérard de patienter quelques instants dans le sas d’entrée, qu’il va prévenir le chef d’enquête de son arrivée. Il l’invite à s’asseoir à cet endroit et referme la porte donnant dans le couloir. A cet instant, Magnette Gérard s’énerve de plus belle, réitérant ses propos, se couchant sur le sol en disant qu’il est cardiaque, qu’il est pris d’un malaise et qu’il exige que soit fait appel à un médecin. (…)».

 

«Pas le temps de réagir», poursuit le verbalisant. «Magnette Gérard se relève et sort du sas d’entrée en hurlant qu’il est pris d’un malaise et qu’il se rend à la clinique de Libramont. Nous nous rendons dès lors près de l’intéressé qui se trouve dans son véhicule stationné devant la Police et tentons de le calmer mais en vain, l’intéressé se trouvant toujours dans un état d’énervement extrême. Sa compagne Laurent Claudine vient également près de nous pour tenter de le calmer. Dès lors et à la demande de Magnette Gérard lui-même, il est fait appel au docteur (…). En attendant son arrivée, nous parvenons à convaincre Magnette de venir s’asseoir dans la salle d’audition et nous lui donnons un verre d’eau».

 

Dans ce procès-verbal, le policier relate encore qu’«entrant dans le bâtiment, Magnette Gérard continue à être nerveux, s’en prenant à l’I.n.p. Jean-Marc (…) en lui disant qu’il va déposer plainte contre lui et en nous disant qu’il va organiser une conférence de presse pour dénoncer les abus de pouvoir dont sa compagne et lui-même sont victimes de la part de la Police et du Juge d’instruction. Il ajoute également qu’il a contacté durant la journée de grands avocats et que nous n’avions pas à agir de la sorte envers eux pour une bêtise de harcèlement téléphonique. Après avoir été soigné (…), Magnette revient en salle d’audition tout en étant relativement nerveux. Nous lui expliquons que nous devons procéder à son audition, il se calme quelque peu tout en tentant de faire pression sur nous en réitérant les propos tenus précédemment. (…) Durant toute la durée de cet incident, tous les policiers intervenants sont restés calmes, corrects et à aucun moment n’ont eu d’attitude provocatrice. L’incident a uniquement été provoqué par Magnette Gérard ».

 

« Le licenciement est motivé par les conséquences pénales de la plainte en harcèlement »

Gérard Magnette, cet homme qui hurle, se couche par terre et menace n’est pas un psychotique échappé d’un asile. C’est une personnalité en vue dans la province du Luxembourg, le patron de la Mutualité socialiste (M.s.l.). Et pas seulement. Magnette a aussi marqué de son empreinte plusieurs organisations (Fédération nationale des centres de soins à domicile, Fédération laïque des soins palliatifs, Centre d’action laïque-Luxembourg…) Comme l’écrivait récemment nos confrères de «L’Avenir du Luxembourg», Gérard Magnette «est un peu le grand manitou dans la sphère sociale socialiste luxembourgeoise».

 

Claudine Laurent, sa compagne, qui en cette après-midi de février se trouve en garde à vue, occupe aussi des fonctions dirigeantes au sein de la M.s.l. et dans divers satellites associatifs socialistes. Elle a notamment présidé de la «Fédération des centres de planning familial des Femmes prévoyantes socialistes». Assez surréaliste, on va le voir, en constatant les faits qui sont reprochés à cette dame. Faits à propos desquels, précisons-le, elle a formulé des aveux écrits dans une lettre au magistrat instructeur de Neufchâteau, le 22 mars 2006…

 

De quoi parle-t-on dans ce dossier. D’«une bêtise de harcèlement téléphonique», comme le hurlait le patron de la Mutualité socialiste aux policiers de Saint Hubert médusés ? Ce point de vue minimaliste n’est certainement pas celui de la justice. Comme le révèle Paris Match, la chambre du conseil de Neufchâteau a renvoyé Claudine Laurent devant le tribunal correctionnel et le procès aura lieu le 23 octobre prochain. En cause, des infractions à l’article 442 bis du code pénal et à l’article 114 & 2 de la loi du 21 mars 1991, soit des faits de harcèlement commis par l’entremise de l’infrastructure publique des télécommunications. Plus concrètement, il est reproché à la numéro 2 de la M.s.l. d’avoir envoyé plus de 300 S.m.s. à caractère pornographique à une employée de cette même mutualité entre le 11 juillet 2005 et le 18 février 2006.

Quelques exemples de cette «littérature» nauséabonde : «Bravo pour la suggestion… Ta chatte est-elle chaude, Biz.», «Viens me butiner, goutter mon miel, sucer mon dard… Qu’en penses-tu ma petite abeille ?», «Coucou, ma p’tit poule, la pluie a bien mouillé ta chatte ou bien est-ce ta brouette ?», «On peut se voir où tu sais ds mon eros center ms prends tes gomiché et tes dessous provocant ma poule», «Frisson garanti, si tu me laisse te prendre ma poule ? Contente du contact, ma poule venue de l’Est ? »… On en passe et des plus vulgaires.

 

La victime ? Adriana Raïcu, une dame d’une quarantaine d’années que Paris Match a retrouvé à Poix-Saint-Hubert. Elle nous explique avoir fait la connaissance du couple Magnette-Laurent vers la fin 2003. «Mon mari et moi-même, nous nous entendions bien avec eux. Ils venaient régulièrement manger à la maison. En juin 2004, après avoir passé un test d’embauche sur le conseil de Claudine, j’ai été engagée par la Mutualité en tant que guichetière. Sur le plan professionnel, tout se passait très bien et parallèlement nous continuions à fréquenter Claudine et Gérard. Vers le mois de mars 2005, nos amis nous ont dit qu’ils se séparaient. Mon mari et moi, nous n’avons plus vu Claudine pendant plusieurs semaines. Par contre, nous fréquentions encore Gérard», raconte-t-elle.

 

En juillet 2005, tout bascule. «A la demande de Gérard, je m’étais rendue chez lui. Il voulait me parler de sa ferme intention de revivre avec Claudine. Alors que nous discutions sur la terrasse, cette dernière a déboulé telle une furie ! C’était très impressionnant. Elle m’a traitée de toutes sortes de noms. Complètement déchaînée, elle m’accusait de coucher avec son homme ! Ces accusations étaient totalement fausses mais Gérard ne disait rien. Je me suis enfuie. Dès le lendemain, des S.m.s. à caractère pornographique ont commencé à arriver sur mon portable. J’ai changé de numéro de G.s.m. mais, après une semaine de répit, le harcèlement a recommencé. Cela a duré des mois. C’était insupportable. Entre juillet et novembre 2005, j’ai déposé trois plaintes à la police de Saint-Hubert. Les messages continuaient à m’être envoyés. Qu’un tel harcèlement puisse être exercé aussi longtemps, en toute impunité, me rendait malade. A l’époque, Claudine est même venue me menacer de mort sur mon lieu de travail (N.d.l.r. : Une déposition a également été faite à la police de Saint-Hubert relatant cet incident). Début février 2006, l’enquête a enfin connu une accélération et les policiers ont pu prouver que Claudine Laurent était l’auteur des messages pornographiques. Confondue après avoir nié, elle a finalement avoué». 

 

Ce qui aurait pu être une simple histoire de jalousie mal placée prend une autre dimension lorsqu’il s’avère que Mme Raïcu a été licenciée par la Mutualité pour avoir osé porter son cas à la connaissance de la justice ! «A la suite de ma troisième plainte, la police a perquisitionné dans les locaux de la M.s.l. à Saint-Hubert et à diverses adresses liées au couple Magnette-Laurent», raconte Adriana. «Cela s’est passé le 14 février 2006, le jour où Gérard a tenté de faire pression sur les policiers de Saint-Hubert (N.d.l.r. : voir début de cet article). Trois jours plus tard, il m’envoyait une lettre m’annonçant mon licenciement ! Un homme aussi fier de sa « toute puissance » ne pouvait tolérer d’être ainsi gêné par une enquête policière… ».

 

Après ce renvoi expéditif, Mme Raïcu a déposé plainte devant le tribunal du travail de Neufchâteau, lequel dans un jugement du 4 juin 2007 lui a donné raison sur toute la ligne. Pour les magistrats de première instance, Adriana a été victime d’un licenciement abusif. Et ce qu’ils en écrivent dans leur dispositif est très éclairant : «La lettre de congé du 17 février 2006 ne fait état d’aucun motif de rupture. (…) Dans ses conclusions, la direction explique que le comportement inacceptable (de Mme Raïcu) est d’avoir provoqué, le 14 février 2006 par sa plainte pénale en harcèlement, une perquisition dans les locaux de l’employeur. La (direction) reconnaît dès lors explicitement que le licenciement est motivé par les conséquences pénales de la plainte en harcèlement».

 

Traduction ? Pour le tribunal, le duo Magnette-Laurent a utilisé sa position dominante à la M.s.l. pour éliminer une employée dérangeante et ainsi, régler un problème privé avec l’argent des affiliés, puisqu’il était aussi proposé trois mois d’indemnités. Finalement, Mme Raïcu devrait en obtenir six. «Wait and see» : l’avocat de Gérard Magnette ayant fait appel de la première décision.

 

Il est probable que cette affaire serait passée comme une lettre à la poste si Adriana s’était contentée, en février 2006, de prendre l’argent que lui offrait son employeur harceleur en décidant de penser à autre chose… Comme l’avait déjà fait une autre femme en 2002. A l’époque, B. L. travaillait aussi au sein de la Mutualité socialiste. Fragilisée par une rupture compliquée avec un mari qui venait de découvrir son homosexualité, cette dame avait trouvé plus qu’une épaule consolatrice auprès de son patron… Gérard Magnette. Une grosse prise de risque pour son emploi !

 

«Quand sa femme a découvert cette relation, Gérard m’a laissée tomber comme une moins que rien et sa femme a eu le champ libre pour me harceler. Ensuite, j’ai été licenciée sans motif, avec une grosse indemnité. En quelque sorte, les affiliés ont payé le prix de la réconciliation de ce couple diabolique. J’ai pris l’argent et je suis partie sans intenter la moindre action judiciaire. En fait, j’étais soulagée de ne plus avoir à me rendre dans ce lieu de travail », nous raconte cette dame.

 

«Soulagé de ne plus travailler là», voilà une phrase qui revient comme un leitmotiv dans les propos de la dizaine de témoins avec lesquels nous nous sommes entretenus dans le cadre de cette enquête (1). Des ex-employés de la M.s.l. ou de la Centrale des Soins à Domicile (C.s.d.) qui ont quitté cette organisation avec le sentiment d’avoir été «humiliés» par une direction autocratique faisant régner la loi de l’arbitraire.

 

Tous dénoncent un management basé sur l’intimidation, un chantage à l’emploi permanent, un hyper contrôle des dirigeants confinant à la paranoïa et dans certains cas au harcèlement. Beaucoup d’entre eux, et ce n’est pas un détail, nous confient avoir «pleuré dans les locaux de la Mutu», avoir connu des «sentiments de déprime» et d’«épuisement moral» alors qu’ils étaient confrontés à «des gens tout puissants n’acceptant aucun dialogue». Un assistant social licencié, dont le dossier est actuellement en cours d’analyse à l’auditorat du travail pour licenciement abusif et harcèlement moral, a cette phrase : «A la M.s.l., il n’y a pas « des cas de harcèlements », le harcèlement est une méthode de gestion».

 

« Par management de la terreur, il faut comprendre les menaces, le harcèlement ou, plus fréquemment encore, les licenciements sans motifs »

Une ancienne du service du personnel qui est, elle aussi, «bien contente de ne plus travailler là» explique qu’à la M.s.l. «les employés vivent avec un sentiment d’insécurité permanent. La foudre peut tomber sur vous à n’importe quel moment. Sans que vous sachiez pourquoi. C’est parfois arrivé à des gens qui croyaient avoir assez fait la « carpette » pour plaire à Gérard Magnette… Des gens qui avaient accepté de marcher dans le système d’intimidation en croyant que cela les préserverait… D’une minute à l’autre, sans avertissement, tout peut s’arrêter. Et si vous êtes sur un siège éjectable, tous les moyens sont bons, ils se fichent des procès éventuels. Sur deux ans, j’ai vu partir au moins 50 personnes, soit parce qu’elles avaient été licenciées, soit parce qu’elle étaient dégoûtées de ce qu’elle vivaient. Ils utilisent des procédés comme des évaluations bidons… Du jour au lendemain, alors qu’on ne leur a jamais fait le moindre reproche, tout est bon pour accuser des employés d’incompétence, d’erreurs inacceptables… ».

 

Un ancien cadre récemment remercié confirme : « Magnette et ses sbires sont capables de vous rendre plus mauvais que vous ne l’êtes. Vous marchez dans le système d’intimidation. Vous devenez vous-même un contrôleur des autres pour plaire au grand chef. Et puis, après avoir eu le sentiment d’être l’un des saints de Dieu Tout-Puissant, vous êtes vous-même conduit sur le bûcher. Pourquoi ? Parce qu’il l’a décidé. C’est une raison suffisante ». 

 

On pourrait noircir encore plusieurs pages avec les nombreux témoignages que nous avons pris le soin d’enregistrer. Faut-il préciser que ceux-ci sont aussi confirmés par des personnes qui travaillent encore actuellement au sein de la M.s.l. ? Des employés dont la peur nous rappelle celle des ouvriers de l’I.c.d.i. qui, naguère, avaient osé braver la loi du silence imposée par Lucien Cariat… Avant de se rendre compte que l’homme qui les impressionnait tellement n’était qu’un tigre de papier.

 

Au S.e.t.c.a., le syndicat socialiste, on a reçu aussi beaucoup d’informations qui sont de nature à confirmer les propos recueillis par Paris Match auprès de membres et ex-membres du personnel de la Mutualité socialiste. En témoigne notamment ce courrier qu’un vent favorable a déposé sur le bureau de notre rédaction bruxelloise : une lettre signée par Christian Masai, Secrétaire fédéral du S.e.t.c.a., en date du 19 février 2007 et qui est adressée à Gérard Magnette : «Monsieur le Secrétaire, il ne se passe plus une semaine sans que je sois interpelé à propos de la relation sociale au sein de la Fédération du Luxembourg, que ce soit sur le plan collectif ou individuel. La gravité des situations et des faits qui m’ont été rapportés m’ont amené à m’informer de façon plus précise. Ces vérifications n’ont malheureusement fait que confirmer les informations qui m’étaient transmises. Les dossiers individuels portés à ma connaissance relatifs à des situations particulièrement affligeantes, justifieraient à eux seuls une réaction non équivoque. Tenant compte des procédures en cours, je m’en abstiendrai à ce stade. (…).»

 

Sur le même ton, le boss de la Mutualité lui répond dès le lendemain : «Vous intervenez sans citer en aucune façon les dossiers auxquels vous faites allusion et sans citer les moyens par lesquels vous êtes informé. Ce procédé me paraît pour le moins « affligeant » (…) Je désire connaître tous les détails sur les accusations que vous m’adressez. C’est pour moi une condition nécessaire, si on veut construire un dialogue franc et ne reposant pas sur les seules déclarations de quelques-uns en mal de revanche et sur des procédés d’intimidation ».

 

Cet échange épistolaire d’amabilités entre camarades socialistes se poursuit le 2 mars 2007 par une lettre au vitriol du patron du S.e.t.c.a. : «Monsieur le Secrétaire, La conclusion de votre non réponse du 20 février 2007 se limite à un appel à la délation ; ce que je ne ferai pas. Ce qui est « affligeant », c’est que vous feignez l’ignorance par rapport à une problématique explicitement évoquée depuis de nombreux mois. (…) Ce qui vous est clairement reproché, c’est d’organiser sciemment un management de la terreur au sein de votre fédération, rendant impossible toute forme de relation et de concertation sociales normales. Par management de la terreur, il faut comprendre les menaces, le harcèlement ou plus fréquemment encore les licenciements « sans motif » des travailleurs qui vous contrarient ou ne se plient pas à votre dictat. Non seulement les faits et divers témoignages internes confirment ces pratiques mais aussi des interpellations de plus en plus nombreuses des délégations des autres fédérations et même des permanents de la C.n.e. En fait, je crois que vous êtes sans doute le dernier à dire qu’il n’y a pas de problème ».

 

L’Union nationale des Mutualités socialistes reste de marbre

Le 14 mars 2007, le licenciement d’un assistant social par la Mutualité socialiste met de l’huile sur le feu. Dès le lendemain à 9 heures 53, le secrétariat fédéral du S.e.t.c.a. rédige un mail destiné, notamment, aux responsables de l’Union nationale des Mutualités socialistes (U.n.m.s.) : «(Cet assistant social) était en arrêt de maladie depuis un an à cause de la détérioration des relations avec sa Direction, Monsieur Magnette. Une procédure pour harcèlement est engagée depuis plusieurs mois à ce propos. Ce nouveau licenciement est inacceptable.».

 

Le 20 mars 2007, une réunion de concertation se tient à l’Union des Mutualités socialistes, place Saint-Jean à Bruxelles. Trois heures de discussions entre camarades qui, selon un compte-rendu en possession de Paris Match «n’auront pas permis de dégager une solution satisfaisante». Ce rapport rend aussi compte d’une «évidence» : «le licenciement de Monsieur P.M. est révélateur du type de management pratiqué dans la Fédération luxembourgeoise depuis plusieurs années. Ce contexte particulièrement détestable, basé sur le harcèlement de tout type, les pressions diverses, le chantage à l’emploi, confirmé régulièrement par des licenciements, a été exposé longuement aux responsables de l’U.n.m.s. et aux Secrétaires de Fédérations présents.»

 

La note interne se poursuit en ces termes : «La délégation S.e.t.c.a. attendait de ces derniers un geste fort et une attitude courageuse. Il n’en fut rien. (…) Les responsables U.n.m.s proposent toutefois que Bernard De Backer et Michel Jadot (Président) se rendent à la Fédération du Luxembourg pour favoriser la mise en place d’une délégation syndicale. Le S.e.t.c.a. prend acte de cette proposition mais l’estime à ce stade de dégradation des relations sociales, tardive (depuis de nombreux mois le S.e.t.c.a. a informé l’U.n.m.s de la situation) et insuffisante (il faudra bien plus que cela pour redonner confiance au personnel). »

 

Constatant «l’échec de cette concertation», une manifestation du S.e.t.c.a. était programmée devant le siège de la M.s.l. pour le 26 mars 2007. Annoncée dans «L’avenir du Luxembourg» dès le 24 mars, elle y faisait d’emblée l’objet d’une opération de déminage par la publication d’un communiqué écrit par «le personnel de la mutualité socialiste » qui après « un vote à bulletin secret à une majorité de 70% (…) ne s’associe pas à cette action qui va nuire à l’image et à la notoriété de son institution». Et le secrétaire fédéral M. Magnette de commenter dans la même parution : «C’est la meilleure réponse aux dires des syndicats. S’il y avait un sentiment de terreur, le personnel trouverait là l’occasion de s’en débarrasser (…) Le personnel est choqué qu’on veuille salir les mutualités socialistes ». Un membre du personnel a quant à lui ce commentaire désabusé : «En Birmanie aussi, il y a des gens dans la rue pour des contre-manifestations… Pour ce vote express, certains ont dû répondre par téléphone, ce n’est pas sérieux ! ».

 

Le 26 mars 2007, lorsque le S.e.t.c.a. déployait ses drapeaux rouges devant le siège de Saint-Hubert, une banderole les attendait sur le fronton du bâtiment de la Mutuelle : « Le personnel de la M.s.l. n’est pas solidaire de votre action ». Un membre du secrétariat fédéral du S.e.t.c.a. présent sur les lieux avait beau tenter de décoder («Les gens ont peur. Ils n’osent pas revendiquer»), cela ne suffisait pas à convaincre la presse locale qui titrait, dès le lendemain : «Pas de climat de terreur à la M.s.l.», «Le personnel était contre la manif»…

 

A l’époque de cette tentative de mobilisation avortée, M. Magnette s’était fait menaçant à l’égard de ses camarades syndicalistes trop remuants en déclarant au Soir : «Dans la mutualité socialiste, le S.e.t.c.a. a un monopole absolu. Chaque personne doit s’affilier au syndicat et une retenue à la source est opérée, reversée au syndicat. Où est la démocratie syndicale ? Ça va changer : plus de retenue à la source et liberté de s’affilier à un autre syndicat ».

 

Et, quelques semaines plus tard, pas mal d’eau semble avoir coulé sous les ponts… Lorsque nous prenons contact avec M. Masai, l’auteur des courriers bien sentis du mois de février, sa première réaction est de nous dire qu’il est «surpris de cet appel» car, en fin de compte, tout serait rentré dans l’ordre.

 

Est-ce à dire que le S.e.t.c.a. se serait trompé quelques mois plus tôt en dénonçant un «management de la terreur» ? Bien qu’il nous parle depuis son bureau bruxellois, la réponse de M. Masai est en vrai bois des Ardennes : «Pas du tout ! Il y avait visiblement dans l’institution un déficit de concertation sociale qui avait pour conséquence de rendre les relations individuelles et collectives tendues. Avec un certain nombre de pratiques qui n’étaient pas acceptables. Donc l’objectif de l’action syndicale a été de rétablir les conditions d’une concertation plus respectueuse du droit des travailleurs. Ce qui a été fait par la remise en place d’une délégation syndicale qui n’existait plus depuis un certain nombre d’années. Depuis lors, ces délégués sont installés. Ils rencontrent la direction chaque fois qu’il y a nécessité, accompagnés par le permanent du S.e.t.c.a. au Luxembourg, Christian Gentgen, afin que, dans une période transitoire, les choses se passent correctement».(2) En bref, faisons table rase du passé et regardons, optimistes et confiants vers l’avenir radieux qui est désormais promis aux camarades travailleurs de Saint-Hubert. Vraiment ?

 

« Soyez prudent ! »

Quelques heures à peine après cet entretien, un membre du personnel de la C.s.d. nous appelle en réel état de panique. Une nouvelle charrette de licenciements se prépare. Trois personnes au moins sont visées qui n’ont commis aucune faute grave, nous dit-elle. Rendez-vous est fixé un lundi à Saint-Hubert dans un café. Le hasard fait que le délégué du S.e.t.c.a., Monsieur Gentgen est aussi présent dans l’établissement où nous nous rencontrons. Il est assis à une autre table, en compagnie d’un frais émoulu délégué syndical socialiste de la M.s.l. Vu les rumeurs de nouveaux licenciements abusifs, nous nous attendons à rencontrer un permanent syndical remonté. C’est exactement l’inverse. L’homme au regard fuyant, la bouche dissimulée derrière sa moustache se contente de prononcer deux mots. Nous ne savons pas s’ils nous sont adressés ou s’ils visent notre témoin : «Soyez prudents !».

 

Quelques instants plus tard, comme un voleur, il s’en va sans dire au revoir et nous l’interpellons…

 

« – M. Gentgen, je vous appelle bientôt ?

 

– Pourquoi ? Tout va bien ! »

 

Trois jours plus tard, non pas trois mais quatre membres du personnel de la C.s.d. sont bel et bien licenciés. Motif inscrit sur leur C4 : «Comportement irrespectueux». D’après nos informations, il a été reproché à l’une des personnes d’avoir un contact avec la presse et à une autre d’avoir osé se plaindre du climat social… au ministre wallon Philippe Courard. Ce dernier, qui vient d’être élu président de la Fédération luxembourgeoise du Parti Socialiste (N.d.l.r. : Magnette fait partie du Comité élargi du cette fédération) connaît bien la situation de la Mutu : sa maman, Annie, y a été administratrice pendant plusieurs années. L’un de nos informateurs nous montre  d’ailleurs un échange de courrier avec M. Courard, relatif au harcèlement dont il affirme avoir été l’objet quand il travaillait à la M.s.l. Que dit M. Courard à Paris Match ? Par grand-chose pour l’instant, si ce n’est qu’«il est très sensible en temps que socialiste à la douleur exprimée par certaines personnes, même si ce dossier se situe en dehors de ses compétences ». Une rencontre entre M. Courard et  le camarade Magnette était prévue cette semaine. Le boss local du PS veut s’informer… Peut-être, ensuite, prendra-t-il position.

 

Dans «L’Avenir du Luxembourg», ce 13 octobre, des travailleurs de Saint-Hubert, moins prudents qu’à l’accoutumée, déclaraient à notre confrère Philippe Colling, (toutefois en restant anonymes) : «(Il y a de) grosses pressions de la direction, du harcèlement. Depuis des mois, la direction s’adresse à nous sur un ton irrespectueux (…) Jusqu’ici, on n’avait qu’une chose à faire : la fermer. Nous nous en sommes ouverts au syndicat, à la médecine du travail, aux politiques (…) Cette fois, nous avons décidé de nous exprimer. A la suite de ces licenciements, nous envisageons de déposer un préavis grève…».

 

Une grève ? Diantre, quel vilain mot ! Si tout reprend place normalement à la M.s.l., quelque chose nous dit que, dans les prochains jours, on devrait plutôt assister à une marche de soutien du personnel en faveur de son vénérable secrétaire-trésorier. La banderole est-elle déjà prête ? Gérard Magnette pourra ainsi s’associer à l’indignation de «son» personnel «outragé» et souligner une fois encore «le travail de qualité mené dans son institution : la M.s.l. est certifiée ISO 9001 depuis 1999 (1ère mutualité de Belgique, un taux de progression important du nombre de ses affiliés). Une enquête récente de l’Union nationale des Mutualités socialistes montre que le service rendu par la M.s.l. et son personnel est de qualité supérieure à la moyenne francophone». (3) Allons reprenons, tout en cœur : « C’est la lutte finale…». En plus de nous avoir fait visiter cette belle région de Saint-Hubert, cette enquête fut aussi, d’une certaine manière, un voyage dans le temps…

 

(1) La liste de numéros de téléphone et d’adresses de personnes ayant à se plaindre de ce qu’ils ont vécu au siège de la Mutualité socialiste du Luxembourg ou du côté de sa « filiale », la Centrale des Services à Domicile (C.s.d.) est tellement longue que nous n’avons pas eu le temps matériel de complètement l’épuiser avant la parution de cet article. Si l’anonymat des témoins devait être mis en cause, ce qui est désormais une technique de diversion connue, précisons que les personnes que nous avons interrogées sont prêtes à rencontrer les dirigeants de l’Union des Mutualités socialistes.

 

(2) Cette position est exactement celle que le S.e.t.c.a. trouvait «tardive» et «insuffisante à ce stade de dégradation des relations sociales», lors de la réunion du 20 mars 2007.

 

(3) Déclaration de Gérard Magnette dans «L’Avenir du Luxembourg», le 24 mars 2007.

 

 « J’ai été confrontée à un fou furieux »

Permanente de la C.n.e. à Namur, Isabelle Laloy évoque «l’incroyable climat social» qui règne au sein de la M.s.l., et plus particulièrement au sein de la Centrale des Soins à Domicile (C.s.d.), une branche de la Mutualité qui occupe quelques 200 personnes : «Les travailleurs ont une telle appréhension qu’il est impossible de mettre en place une réaction collective. Parfois, même après avoir été virés, les gens continuent à avoir peur et ils ne cherchent pas à obtenir réparation ». Nous avons en effet rencontré des témoins qui sont dans ce cas, et d’autres qui expliquent n’avoir pas eu la force d’attendre d’être renvoyés avec des indemnités et qui sont partis d’eux-mêmes, en donnant leur démission, pour « échapper à l’enfer».

 

Et la syndicaliste de la C.n.e. d’évoquer quelques souvenirs : «J’ai assisté au licenciement en quelques secondes de tout un service de la C.s.d., soit 6 ou 7 personnes qui avaient osé revendiquer une amélioration de leurs conditions de travail. Surtout, elles avaient eu l’outrecuidance aux yeux de Gérard Magnette de se faire assister par une permanente du syndicat chrétien. Quand je me suis rendue dans les locaux de la M.s.l., j’ai été confrontée à un fou furieux qui m’a jetée dehors en m’insultant. Nous avons déjà défendu une vingtaine de travailleurs qui ont été virés par M. Magnette. Deux de ces personnes viennent d’ailleurs de gagner un procès en première instance pour licenciement abusif devant le tribunal du travail. Bien sûr, les avocats de la C.s.d. font appel. Comme chaque fois. A la M.s.l., on préfère toujours la voie judiciaire à celle du dialogue social. Des personnes qui travaillent toujours là-bas viennent souvent se confier, mais elles demandent le secret absolu parce qu’elles sont terrorisées. Aujourd’hui, il y a officiellement une délégation syndicale socialiste au sein de la Mutualité, mais je crains que même ces personnes n’osent bouger. Personne n’ose rien dire vu le risque de licenciement sur le champ. Il y a eu un mouvement de grogne au début de l’année suite au énième renvoi d’un travailleur social mais, de toute évidence, le couvercle a été remis sur la marmite ».

 

 « Attendez, je vous entends vraiment mal. Allo ? »

Gérard Magnette nous a accordé un entretien relativement bref. Compte-rendu intégral :

 

« – Nous vous appelons pour vous proposer un entretien.

– A propos de quoi, dites ?

– La mise en cause de vos méthodes de management à la Mutualité socialiste par différentes personnes.

– Attendez, je vous entends vraiment mal. Allo ?

– Vous entendez mieux maintenant ?

– Oui, c’est mieux. C’est quel journal ?

– Paris Match Belgique.

– Paris Match… La mise en cause de mes méthodes, tiens… Qui vous informe que mes méthodes de management posent problème ? Je tombe de haut ! Expliquez-moi un peu.

– Nous avons une dizaine de témoignages de personnes qui s’en plaignent, qui parlent de harcèlement…

– Des personnes de quelle entreprise ?

– Autant de la Mutualité que de la C.s.d. On nous parle de harcèlement, de licenciements sans motifs, donc nous voulions avoir votre point de vue.

– Effectivement, il faudrait tout de même que je donne mon point de vue. Parce que bon, le témoignage de Monsieur M., etc., je veux bien mais… Vous voulez me rencontrez quand ?

– Quand cela vous arrange, si possible aujourd’hui ou demain. A Bruxelles ou à Saint-Hubert, comme vous le voulez.

– Laissez-moi vos coordonnées (…) Je vous recontacte.

– Aujourd’hui pour que l’on fixe un rendez-vous ?

– Aujourd’hui, oui !

– Nous avons appris qu’il y avait eu quatre licenciements aujourd’hui, c’est vrai ?

– Pardon ?

– Il y a encore eu quatre licenciements aujourd’hui, c’est exact ?

– Oui, tout à fait, c’est vrai. C’est une décision qui a été prise par le Conseil d’administration, et après rencontre avec les organisations syndicales.

– Les syndicats n’ont rien à redire après ces licenciements ?

– Ecoutez Monsieur, il faudrait peut-être d’abord savoir ce qui se passe dans l’entreprise pour dire s’ils sont d’accord ou pas. Quand on licencie, ce n’est jamais sans raison. Cela ne se fait pas de manière arbitraire.

– Ce gens qui ont été licenciés, que leur reproche-t-on ?

– Ecoutez, non. Comme cela, en deux coups de cuillers, je ne vais pas commencer… Ou alors on se rencontre, je ne vais pas vous donner des bribes…

– Alors, promettez-nous de nous rappeler afin que nous ayons votre point de vue…

– Oui, je vais regarder à tout cela. J’ai vos coordonnées. Au revoir. »

 

Adieu ? Gérard Magnette ne nous a pas rappelés. Que pensent les syndicats des derniers licenciements ? A la C.n.e., Mme Laloy n’est pas surprise du tout : «Certaines des personnes concernées ont déjà pris contact avec nous afin d’assurer leur défense. Mais franchement, les gens qui travaillent là devraient sortir de ce climat de terreur. C’est bien de nous appeler quand ils sont licenciés mais ils devraient aussi se mobiliser avant et collectivement pour sortir du piège dans lequel ils se trouvent ».

 

L’une des personnes licenciées nous confie, qu’en effet, elle a décidé de se faire défendre par le syndicat chrétien : «Le permanent du S.e.t.c.a., Christian Gentgen était présent lors de la réunion annonçant le renvoi des quatre travailleurs de la C.s.d. Il a dit qu’on ne s’était  pas comporté comme il le fallait pour éviter la casse».

 

Au S.e.t.c.a., M. Masai n’est pas au courant ces développements lorsque nous l’appelons une nouvelle fois. Il nous renvoie vers Christian Gentgen. Nous laissons un message sur son répondeur. «Prudent», ce dernier n’a pas donné suite à notre appel.

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