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Le site de Michel Bouffioux

Souvenirs, souvenirs (05/03/2004)

Publié le 5 Mars 2004 par Michel Bouffioux in La Dernière Heure

Souvenirs, souvenirs (05/03/2004)

Chronique "Si on me laisse dire", publiée dans le quotidien belge "La Dernière Heure", en marge du procès de Marc Dutroux et consorts 5 - Le 5 mars 2004)

  

 

A-t-on bien pesé la portée de l’audition du juge d’instruction Jean-Marc Connerotte, ce 4 mars 2004, devant les jurés de la Cour d’assises d’Arlon ? Ce magistrat a souligné que lorsque les premières informations sur Marc Dutroux sont arrivées dans l’enquête de Neufchâteau, le 12 août 1996, il a décidé de réagir «sans désemparer». «Il fallait intervenir, au plus tard, dans les 48 heures», raconte le juge. «J’avais appris que le parquet général de Mons, en 1992, ne s’était pas montré favorable à la libération de Marc Dutroux, déjà condamné lourdement pour des faits d’enlèvements, de séquestrations et de viols. Ce suspect était dangereux. J’avais le sentiment que la vie de Laetitia pouvait être menacée.»

 

Dès le 13 août 1996, Marc Dutroux, Michelle Martin et Michel Lelièvre étaient arrêtés. Deux jours plus tard, sur les indications de Dutroux, Sabine et Laetitia étaient libérées. En quelques heures d’enquête, Neufchâteau avait donc fait ce que les unités de gendarmerie de Charleroi et de Seraing, appuyées par l’état-major à Bruxelles…, n’avaient pas fait pendant les quatorze mois qui avaient suivis la disparition de Julie et Melissa.

 

Rappelons-le, quelques jours après l’enlèvement des deux fillettes de Grâce-Hollogne durant l’été 1995, des informateurs avaient fait part de suspicions importantes et concordantes sur l’implication de Marc Dutroux dans ce fait criminel. Mais plutôt que d’être communiqués à la juge d’instruction Doutrèwe, ces renseignements ont été ‘exploités’ dans le cadre d’une enquête parallèle des gendarmes. Invité à commenter ce dysfonctionnement, Jean-Marc Connerotte a été, on ne peut plus clair : «Si ma collègue avait reçu ces informations en 1995, elle aurait abouti, comme je l’ai fait un an plus tard.»

 

Cette considération nous rappelle pourquoi le dossier Dutroux est une affaire d’Etat. Jean-Marc Connerotte, pour la première fois publiquement, a pu confirmer que Julie et Melissa, mais aussi An et Eefje, auraient pu être sauvées si «l’action du juge d’instruction n’avait pas été entravée».

 

Inefficace pour sauver des enfants, l’ex-gendarmerie semblait beaucoup plus prompte à mener des opérations spéciales. M. Connerotte, outre diverses pressions dont il a pu être l’objet, a aussi expliqué qu’il a été mis «sous cloche» par les uniformes bleus quand il investiguait dans le dossier Dutroux: «On nous a fait croire à Bourlet et à moi qu’un contrat pesait sur notre tête. On était censés être ‘protégés’, mais ils nous suivaient partout dans notre vie professionnelle et dans notre vie privée. Cela a cessé, du jour au lendemain, après mon dessaisissement… Deux personnes m’ont informé que les mesures prises étaient une manipulation de l’ex-gendarmerie destinée à nous contrôler…».

 

Après ces étonnants propos du magistrat, le procès a repris son cours normal. Un ex-gendarme de la cellule d’enquête de Neufchâteau, Marcel Guissard, est venu expliquer aux jurés que les renseignements collectés sur Dutroux en 1995 avaient été très utiles dans l’enquête de 1996. Il a même précisé que l’opération Othello avait été réalisée dans le «cadre d’une enquête sur la traite des êtres humains». Fin 1996, la commission d’enquête parlementaire d’enquête avait passé plusieurs semaines à faire revenir les gendarmes sur cet énorme mensonge. Ils prétendaient, en effet, que l’opération Othello avait été menée «dans le cadre de la traite des êtres humains» alors que tout démontrait qu’ils avaient illégalement mené une enquête parallèle sur l’enlèvement de Julie et Melissa, en rapport avec un suspect de Charleroi. Le nommé Marc Dutroux… Apparemment, M. Guissard n’a pas ‘souvenance’ des travaux de la commission!

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