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Le site de Michel Bouffioux

Vols de voiture sans effraction (24/03/2011)

Publié le 30 Mars 2011 par Michel Bouffioux in Paris Match Belgique

LES NOUVELLES TECHNIQUES DES BANDES ORGANISEES

 

Enquête évoquée sur le plateau de "L'Info Confidentielle Paris-Match" le 20 mars 2011 et publiée dans l'hebdomadaire "Paris Match Belgique", le 24 mars 2011.

 

michel-gps.JPGCela nous est confirmé de source policière : les systèmes de protection des automobiles deviennent aisés à briser pour les criminels bien équipés. A tel point qu'il arrive déplus en plus souvent que des vols de voiture ou dans les véhicules soient commis sans qu'il soit même possible de détecter une trace d'effraction ! Dans de tels cas, les victimes sont doublement pénalisées, car elles ne sont pas couvertes parleur compagnie d'assurances. Sauf exception...

 

Légende de la photo : 3 500 euros

Olivier Gerrebos dans le véhicule qui a été visité par les voleurs. Préjudice estimé : 3 500 euros... mais aucune trace d'effraction à sa portière ou à ses vitres.


Sandra et Olivier Gerrebos habitent depuis peu à Strombeek, dans le Brabant flamand. Elle est employée dans une société d'habitation sociale, il travaille dans une compagnie de distribution d'eau. Un couple sans histoires qui a toujours payé ses factures en temps et en heure, dont celles de leur assureur. «Tous nos contrats sont regroupés dans la même compagnie et ce depuis très longtemps», explique Olivier. «Sur ces quinze dernières années, rien qu'en primes auto, nous avons versé une somme globale d'environ 20 000 euros. Avant le vol dont nous venons d'être victimes, nous n'avions demandé une intervention que pour un seul sinistre : des griffes occasionnées à notre voiture alors qu'elle se trouvait sur un parking. Cela s'était bien passé avec l'assureur. Mais aujourd'hui, il n'en va pas de même. On se sent trompés, grugés. On a le sentiment d'être pris pour des farfelus, des imprudents, voire des suspects, alors qu'on n'a absolument rien à nous reprocher !»

 

Ce coup de gueule doit évidemment être situé dans son contexte. Le 13 décembre 2010, vers 18 heures, les Gerrebos reviennent ensemble de leur boulot. Ils garent leur Skoda Superb sur la voie publique, à proximité de leur domicile. Le lendemain, vers 7 h 40, lorsque Sandra va reprendre le véhicule, elle ne remarque rien de particulier ; les portières s'ouvrent comme à l'habitude avec la télécommande. Ce n'est qu'en montant à bord qu'elle constate que le GPS intégré a disparu. Des câbles sont apparents, quatre vis traînent sur le siège passager. Quelques minutes plus tard, la jeune femme se rend au commissariat de police de Grimbergen, où elle est reçue par des verbalisants peu surpris par sa déposition.

 

«Les policiers ont fait un rapide tour du véhicule pour constater qu'il n'y avait pas de traces d'effraction», témoigne Olivier. «Sandra s'est tout de suite demandée comment il avait été possible pour des voleurs de s'introduire dans l'habitacle, vu que la voiture avait bien été verrouillée le soir... Les agents lui ont expliqué que ce type de vol était fréquent et que ces opérations étaient généralement réalisées par des bandes organisées venant des pays de l'Est, que les voleurs avaient dû utiliser une fausse clé pour rentrer dans le véhicule».

 

Confiant, Olivier Gerrebos déclare le sinistre à son assureur, en donnant copie du dépôt de plainte fait par son épouse. La réponse de la compagnie ne tarde pas : «(...) Nous relevons à la lecture du procès-verbal d'audition que votre radio-GPS a été dérobé sans effraction. Aux termes de nos conditions générales relatives à la garantie "vol", notre société couvre le vol commis par effraction ou bien après effraction (...). Lorsqu'aucune de ces conditions n'est remplie, nous ne pouvons intervenir. Nous le regrettons».

 

Pas d'effraction, pas d'indemnisation. «N'étant coupable de rien, nous avons contesté cette décision et demandé l'envoi d'un expert pour détecter d'éventuelles traces d'effraction», commente Olivier. «Cela a été accepté par la compagnie. Le 18 janvier, ce spécialiste a examiné le véhicule en notre présence. Pour ne rien trouver ! Toutefois, quelques jours plus tôt, le quotidien La DH-Les Sports avait révélé qu'une série de vols de GPS intégrés avait été constatés depuis quelque temps en Belgique et qu'une bande de Lituaniens impliquée dans ce type de délit venait d'être arrêtée dans le nord de la Région bruxelloise. Cet élément qui plaidait pour notre bonne foi n'a pas eu l'air d'intéresser notre interlocuteur».

 

VIRAGE À 180° DE LA COMPAGNIE DASSURANCES

 

La sanction de l'assureur arrive par courrier, le 3 février : «L'expert nous a fait parvenir ses conclusions (...) Aucune trace d'effraction n'était présente sur votre véhicule. Dès lors, nous sommes au regret de vous confirmer que nous ne prendrons pas en charge ce sinistre. Nous procédons au classement de ce dossier».

 

Après d'ultimes tentatives de négociation avec leur assureur, les Gerrebos s'adressent à nous. Olivier, courroucé, exprime alors son incompréhension : «Si nous avions cassé une vitre de notre véhicule, nous n'aurions jamais eu tout ces problèmes. On aurait pu aussi préparer la visite de l'expert en chipotant à la serrure... Mais ce n'est pas notre genre de tricher et voilà la récompense de notre honnêteté. Le remplacement du GPS intégré va nous coûter 3 500 euros !»

 

Au moment de cette première rencontre avec M. Gerrebos, dans les pièces du dossier qu'il nous communique, notre attention est attirée par un PV de synthèse transmis au parquet de Bruxelles par la police de Grimbergen. «Ayant déjà donné le procès-verbal de la déclaration initiale de ma femme, nous n'avons pas transmis ce document à la compagnie d'assurances», nous explique-t-il alors. Ce document comporte pourtant deux informations capitales qui viennent donner crédit aux victimes de ce vol sans effraction. D'une part, les verbalisants écrivent noir sur blanc «les auteurs ont probablement utilisé des fausses clés» et, plus important encore, ils relèvent qu'un vol similaire a eu lieu dans le même quartier et dans la même tranche horaire !

 

Dans le cadre de «L'Info confidentielle Paris Match», nous avons fait valoir auprès de la compagnie d'assurances ces éléments qui tendent à indiquer qu'une bande de voleurs était active le soir des faits dans le quartier habité par la famille Gerrebos. C'est ainsi que, dimanche dernier, sur le plateau de RTL-TVI, nous avons pu annoncer qu'ils ont été pris en compte. «Nous avons décidé de revoir notre position et nous indemniserons cet assuré», nous a déclaré un porte-parole de l'assureur. Commentant ainsi ce virage à 180° : «Le principe général, celui qui est appliqué par toute la profession, est de ne pas indemniser s'il n'y a pas de traces d'effraction. Néanmoins, il y a la lettre et l'esprit. Dans un cas comme celui-ci, des éléments plaident clairement pour la bonne foi de l'assuré. Notre première décision avait été prise de manière un peu trop automatique». Dont acte.

 

L'incident est clos ? Pour la famille Gerrebos, certes. Mais celle-ci ne doit son indemnisation qu'à la seule circonstance qu'un fait criminel comparable commis dans le même quartier avait été objectivé par la police. Sinon, comme on nous le confirme chez Assuralia, l'union professionnelle des assureurs, c'est la règle «pas d'effraction, pas d'indemnisation» qui aurait été d'application, et ce pour toute compagnie en activité dans ce pays. On peut comprendre aisément la logique des assureurs... tout en plaignant les victimes de tels vols sans effraction qui ne toucheront jamais un euro d'indemnités.

 

Nul doute que ce débat pose aussi la question de la sécurité des automobiles actuelles. Peut-on y pénétrer si facilement, sans même laisser de trace ? «Oui, bien sûr que oui», nous dit un spécialiste des vols de voiture à la Police fédérale, le commissaire Dirk Coppieters. «II est tout à fait exact que des bandes organisées, principalement originaires des pays de l'Est, disposent de tout le matériel nécessaire pour rentrer dans l'habitacle des voitures, quelle que soit leur marque, sans aucune difficulté et sans provoquer la moindre effraction apparente. Elles utilisent de fausses clés, en l'espèce des outils qui s'adaptent à la forme des serrures sans provoquer un déclenchement de l'alarme. Ces outils sont si précis que la portière s'ouvre comme si on avait utilisé la deuxième clé du véhicule».

 

Selon ce policier, ce matériel d'abord destiné aux sociétés de dépannage et aux serruriers est désormais disponible à l'achat sur Internet : «De plus en plus de bandes s'en équipent et cela leur permet de voler facilement ce qui se trouve à l'intérieur des véhicules, notamment des GPS intégrés ou tout autre objet de valeur qui y traînerait. Mais entrer dans un véhicule n'est pas encore suffisant pour le mettre en route. Dès lors, certaines bandes se contentent de subtiliser les documents de bord, quitte parfois à les remplacer par des faux papiers qui y ressemblent. Le propriétaire ne se rend compte de rien. Ensuite, ces pièces officielles (document de conformité, certificat d'immatriculation) suffisent, grâce à la complicité de garagistes à l'étranger, à obtenir de vraies-fausses clés. Il reste ensuite à revenir chercher le véhicule».

 

Mais il y a plus simple encore : «Les bandes les mieux organisées disposent désormais de boîtiers électroniques fabriqués dans les pays de l'Est par les mêmes bandes qui sont actives dans le skimming (fausse cartes bancaires). Ce matériel, que l'on peut se procurer pour environ 10 000 euros sur le Net, est connecté sur l'ordinateur de bord du véhicule et permet de le faire démarrer en contournant toutes les sécurités et alarmes».

 

La parade à cette évolution de la criminalité consisteraitelle, simplement, à accroître les performances des systèmes électroniques de sécurité intégrés dans les véhicules ? La réponse ne peut être que nuancée, selon le commissaire Coppieters : «Dans les années 90, l'arrivée des systèmes d'alarme électroniques a fait fortement chuter le nombre de vols de voitures. Mais cela a causé le développement d'une criminalité plus violente : "home-jacking" par des bandes prêtes à tout pour se procurer les clés des véhicules convoités, ou "carjacking" pour s'emparer avec violence de voitures en train de circuler sur la voie publique. En rattrapant la technologie, les voleurs sont plus efficaces, mais aussi moins violents. C'est un élément à prendre en compte dans toute réflexion alors que, dans le même temps, on constate que le nombre de vols reste largement inférieur à ce qu'il était il y a vingt ans... »

 

Morale de l'histoire ? Elle est classique : le malheur des uns fait le bonheur des autres. Car il semble évident que de plus en plus de vols sans effraction apparente auront lieu à l'avenir. Dès lors, les victimes n'auront plus qu'à souhaiter que d'autres propriétaires de véhicule, dans le voisinage, aient subi le même sort, condition sine qua non d'une éventuelle intervention de leur compagnie d'assurances.

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