Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Articles et vidéos. Retrouvez aussi des liens vers mes enquêtes sur ma page facebook : https://www.facebook.com/michelbouffiouxjournaliste

Vincent Callebaut, l'architecte qui invente demain

Vincent Callebaut, l'architecte qui invente demain

Désormais libre accès sur ce site, ce dossier publié dans Paris Match Belgique, le 19 octobre 2017.

Cliquer sur le lien pour ouvrir l'article en format PDF.

Visionnaire, cet architecte belge veut transformer les villes en écosystèmes, les quartiers en forêts, les terrasses citadines en terres agricoles, les tours en arbres. Il dessine ce que pourrait être notre futur urbain, des immeubles végétalisés composés de matériaux biosourcés, des constructions dépolluantes aux formes inédites et inspirées par l’observation de la nature, des bâtiments produisant plus d’énergie qu’ils n’en consomment, annonçant le temps de la solidarité énergétique dans des méga-cités toujours plus peuplées… Paris lui a confié la tâche d’imaginer ce que pourrait être sa métamorphose verte en 2050. A Taïwan, il finit de construire une étonnante tour « spiralée », une avaleuse de CO2 dont les terrasses porteront 23 000 plantes et arbustes. Ses plans ont déjà séduit au Luxembourg, en Inde, en Egypte et en Chine. Mais nul n’est prophète en son pays : Bruxelles, où il a fait ses études, ne l’a pas encore accueilli.

Vincent Callebaut, l'architecte qui invente demain
Vincent Callebaut, l'architecte qui invente demain
Vincent Callebaut, l'architecte qui invente demain

Bienvenue à Paris... En 2050

D’ici à 2050, la Ville Lumière ambitionne de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 75 %, tout en répondant à la question de plus en plus cruciale de l’accès au logement, alors que son nombre d’habitants ne cessera d’augmenter. « Vivre ensemble toujours plus nombreux, de manière harmonieuse, sans impact négatif sur l’environnement, ce n’est pas une utopie. L’objectif est tout à fait réalisable, il suffit de vouloir l’atteindre », avance Vincent Callebaut.

Estimant qu’« il n’y a pas de problème, il n’y a que des solutions », il explique : « On peut en finir avec la pollution, le dioxyde de carbone, la crise du logement et les transports saturés. On doit sortir de la logique énergivore des quartiers monofonctionnels, des banlieues-ghettos et des cités-dortoirs qui, tout en augmentant les besoins en termes de déplacements, restreignent la mixité sociale. Il est aussi possible de rapatrier l’agriculture au sein de la ville, sur un mode collaboratif et bio. J’ai notamment imaginé des fermes verticales pour restaurer la campagne aux portes de Paris, tout en cicatrisant la balafre du périphérique dont le trafic serait progressivement recouvert d’une forêt urbaine dédiée aux énergies renouvelables. Les technologies qui permettent d’envisager le futur avec sérénité sont à notre disposition. Il nous reste à en faire bon usage en rompant avec une vision urbanistique du passé, laquelle a été trop influencée par le “tout à l’automobile”, une trop grande dispersion de l’habitat et le recours déraisonnable aux énergies fossiles. » 

A la demande de la Mairie de Paris, l’architecte belge, entouré d’une équipe d’experts, a planché pendant des mois sur ce que pourrait être la capitale française dans trente ans. Des images étonnantes donnent un aperçu de sa vision révolutionnaire. Une « smart city » connectée mais surtout revégétalisée et même, écrirait-on, « réhumanisée », car suscitant plus de rencontres et d’échanges entre ses 
habitants. Une ville nouvelle qui ne renoncerait pas pour autant à son patrimoine. « Il s’agit de garder le meilleur de chaque époque, d’améliorer ce qui existe, de mettre à niveau », dit Callebaut. « Ainsi, les immeubles haussmanniens sont de véritables passoires thermiques. On les isole et on les végétalise, ce qui transforme ces îlots de chaleur urbains, facteurs de pollution, en bâtiments dépolluants, capteurs naturels de CO2. On accroît leur offre de logement et de bureaux en les coiffant de nouvelles structures productrices d’énergie renouvelable. On crée par ailleurs des tours à énergie positive, des immeubles “zéro déchet” qui produisent bien plus d’énergie qu’ils n’en consomment. Il s’agit de densifier la ville en hauteur, ce qui permet à plus de personnes d’y vivre, plutôt que de poursuivre une extension horizontale sur le mode de la pâte à crêpe. Paris ne doit pas être une ville-musée seulement accessible aux très riches et aux touristes, mais un endroit vivant, partagé, dépollué, économiquement et socialement durable. » 

La « cité fertile » imaginée par l’éco-architecte implique de très nombreux projets qu’il détaille dans un livre fort documenté et illustré. On ne saurait tous les évoquer ici, mais celui relatif à la tour Montparnasse est assez exemplatif de sa philosophie générale. Selon lui, cet édifice mal aimé pourrait être revalorisé en devenant une « photosynthesis tower », étageant des vergers municipaux qui s’enrouleraient en spirale autour de la structure existante.

« Je voudrais en faire un véritable “Central Park” nourricier à la verticale, ouvert au public », nous dit-il. « Les vergers suspendus seraient revêtus d’une robe de bioréacteurs d’algues vertes, de manière à créer un écosystème autosuffisant, carboneutre et exempt de combustibles fossiles. Les pas des marcheurs qui fréquenteraient ces nouveaux espaces pourraient être valorisés par un système de dalles au sol piézo-électriques qui convertiraient en énergie la pression exercée par les corps en mouvement. Le bâtiment conserverait son activité tertiaire, avec des ascenseurs publics à récupération d’énergie. On lui grefferait deux autres “photosynthesis towers” plus petites, exclusivement consacrées à l’habitation, toujours dans le but de résoudre la crise du logement mais aussi de ne pas gaspiller l’énergie calorifique produite par les bureaux le jour, en la transférant en début de soirée dans les logements via une ventilation double flux. C’est le principe de la solidarité énergétique qui s’inscrit très bien dans une vision circulaire : tout ce qui est produit et consommé est recyclé et les déchets deviennent des ressources qui sont valorisées, notamment via la biométhanisation. La ville devient un véritable écosystème. On rapproche les lieux, ceux de la vie, ceux du travail, ceux des commerces et ceux de la production alimentaire – laquelle vise l’autosuffisance –, ce qui rapproche les gens. Dans ce modèle, le nec plus ultra n’est plus le pavillon individuel très énergivore en banlieue, mais la possibilité d’avoir tous accès aux opportunités offertes par une vie en ville plus communautaire, plus collaborative et solidaire. L’opportunité de s’épanouir dans une ville verte, une ville qui respire, limitant les nécessités de long déplacement, offrant un  mode de vie transgénérationnel et multiculturel. »

 

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
Michel Bouffioux


Voir le profil de Michel Bouffioux sur le portail Overblog

Commenter cet article