« Certains ont mis en place une tactique systématique pour détourner vers la Sûreté de l’État l’attention portée par la justice sur des gens qui se livraient à des activités délictueuses. », affirme le substitut du Procureur du roi de Bruxelles, Jean-François Godbille.
Un article publié le 14 février 1991 par le quotidien « Libertés ».
« Il est possible que, sans le savoir, en travaillant sur l’extrême-droite, nous ayons touché des intérêts occultes dont nous ignorions l’importance. Le travail de la Sûreté de l’État ne pouvant déborder sur les affaires de droit commun, nous devions nous limiter aux mouvements déclarés subversifs par la loi. En conséquence, nous n’avions pas conscience de certaines réalités. Aujourd’hui, je comprends que nous avons sans doute dérangé les gens dont parle le substitut Godbille. »
Déclarations importantes de Christian Smets, l’homme à qui l’on a attribué – une peu de manière exagérée, dit-il – les révélations de la Sûreté de l’État sur l’affaire de Bonvoisin. Elles arrivent aussi au moment où l’affaire de fraude fiscale concernant PDG, une société dirigée en coulisse par le baron, prend une nouvelle tournure devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. Pour rappel, le substitut Jean-François Godbille a commenté lors de la troisième audience de ce procès, la semaine dernière, un schéma complexe représentant les sociétés commerciales douteuses regroupées autour de PDG.
Le substitut Godbille a utilisé, à propos de ce magma de sociétés, l’expression de « mouvance« . Mais dans son long réquisitoire, il a aussi été question de « trafic d’armes« , de « trafic de drogue« , de « blanchiment d’argent sale » et du « milieu« .
Dans cette « mouvance » apparaissent également des noms très connus de la justice. Des personnes qui étaient déjà citées dans le dossier de fraude fiscale qui a valu à l’ancien Premier ministre Paul Vanden Boeynants – dont de Bonvoisin fut l’un des conseillers – une condamnation en 1986. Des personnes impliquées dans le « crash » du Crédit Commercial et Financier, de Richard Van Wijck, l’ancien président d’un mystérieux « Ordre du Rouvre ».
Des personnes citées aussi dans la non moins mystérieuse affaire des « avions renifleurs », dont un limier hors pair nous disait, il y a déjà de nombreux mois : « Si vous cherchez les mobiles des tueries du Brabant, commencez par comprendre ceux de cette gigantesque escroquerie.«
À propos des tueries, justement, quelle surprise de voir apparaître dans la « mouvance » l’ex-membre du Service Général de Renseignements, Claude Dery. L’homme, reconverti en expert en balistique dans les années 1980, a été requis à plusieurs reprises dans le cadre des enquêtes sur les tueries du Brabant. Ainsi, en 1983, c’est Claude Dery qui, expertisant un Ruger ayant appartenu à Michel Cocu, confortera les thèses du parquet de Nivelles sur la culpabilité des membres de la « filière borraine » en ce qui concerne les sanglantes attaques du Colruyt de Hal et du Delhaize de Genval. Plus tard, un autre rapport, cette fois du Bundeskriminalamt de Wiesbaden – qui restera neuf mois dans le tiroir d’un juge d’instruction – détruira complètement les conclusions de Dery… Tandis que les membres de la « filière borraine » seront acquittés par la cour d’assises de Mons.
C’est cependant encore l’expert en balistique Claude Dery qui sera appelé, en janvier 1986, à la suite du meurtre de Juan Mendez, l’ingénieur de la FN, ex-ami de l’ancien gendarme de la BSR de Bruxelles, Madani Bouhouche. Deux ans plus tard, les enquêteurs trouvent chez Mme Bouhouche un GP 9 mm caché dans la sauce bolognaise. L’épouse de l’ancien gendarme prétend que l’arme lui a été remise par son ex-collègue Robert Beijer, pour faire évader Bouhouche. C’est toujours Claude Dery qui est appelé à la rescousse pour l’expertise. Ses conclusions seront beaucoup plus radicales que celles de deux autres experts qui effectueront le même travail : la culasse a servi à tirer les deux séries de projectiles découvertes après des agressions liées aux tueries du Brabant (attaque de l’armurerie Dekaize en septembre 1982 et tueries d’Overijse et de Braine-l’Alleud en septembre 1985). Ce rapport entraînera un ajournement du procès de la « filière boraine », avant d’être lui aussi mis en cause…
Claude Dery, le major Bougerol et son officine de renseignements PIO, Karel de Lombaerde, mentor du WNP, le garagiste Dehaut, impliqué dans l’attentat contre le major Vernaillen qui, en 1981, enquêtait sur une affaire de drogue encombrante pour la gendarmerie et peut-être certaines personnalités de la « mouvance », la liste est longue des noms cités par le substitut Godbille. Et il en sera peut-être encore question aujourd’hui, devant la 49ᵉ chambre du tribunal correctionnel.
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