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Martial Lekeu accuse le baron noir

Michel Bouffioux par Michel Bouffioux
5 juin 1990
dans Enquêtes, Le Drapeau Rouge
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Un article publié par le quotidien Le Drapeau Rouge, le 5 juin 1990.

Réfugié en Floride depuis juillet 1984, l’ancien gendarme Martial Lekeu jubile. Les déclarations qu’il tenait en mars 1989 -à notre confrère, Gilbert Dupont de la «Dernière Heure- sur l’existence d’un groupe de dangereux activistes d’extrême-droite à la gendarmerie -mais aussi infiltré dans d’autres rouages de la justice- ont tendance à se confirmer par des documents saisis chez les parents de Francis Dossogne à Zellick, dans le cadre de l’enquête sur les agissements de Benoit de Bonvoisin. Depuis sa retraite -active- américaine, Martial Lekeu accuse le baron noir d’avoir tirer les ficelles de ces groupes occultes dont le but était de déstabiliser l’Etat. L’ancien gendarme estime aussi que les découvertes récentes et l’arrestation de Bonvoisin sont de nature a faire progresser l’enquête sur les tueries du Brabant.

« J’ai été recruté dans « G » en 1977 par un membre du BCR de la Gendarmerie, le maréchal de logis Miévis » explique Martial Lekeu (ndlr: Miévis, participé pendant un an, à l’enquête sur les tueries du Brabant, à Nivelles et à Jumet. Son rôle était purement administratif et, selon nos informations, aucun reproche n’a pu lui être fait dans le cadre de cette activité. Il travaille aujourd’hui à la brigade de Beauvechain). « Ce Mièvis est un drôle de personnage», affirme Lekeu. Il se fait passer pour un second couteau, une sorte de sous-fifre, mais pourtant son rôle au sein de «G» était très important. Il se chargeait notamment de la manipulation des personnes recrutées sur le plan idéologique.»

« Pour ma part, raconte l’ancien gendarme, on m’a donné comme mission de recruter des jeunes désœuvrés et des petits truands, avec comme objectif de leur donner une formation – principalement physique – et de pouvoir les utiliser, le temps venu. J’ai accompli cette mission pendant un certain temps. C’était un travail délicat, mais je n’en éprouve aucun remords aujourd’hui. D’une part, je tenais la situation en main avec ces jeunes pour qu’il n’y ait pas de dérapage – il y en a bien un qui doit répondre aujourd’hui de trois meurtres, mais cela n’a rien à voir avec mes enseignements. D’autre part, si je voulais continuer à infiltrer ces groupes, je devais rester crédible à leurs yeux. Car, c’est bien de l’infiltration que je faisais dans « G ». Mon chef de section de l’époque, l’adjudant Vanden Walle et deux autres membres de la gendarmerie ont d’ailleurs eu connaissance de mes rapports.»

Il poursuit : « Mon enquête sur G a dû être arrêtée officiellement à la suite de l’intervention d’un colonel de la Gendarmerie. En conséquence, j’ai dû continuer à m’intéresser à ce groupe avec l’appui d’un service étranger. Je ne dis pas qu’il s’agit de la CIA comme l’ont écrit certains de vos confrères. On m’a fait aussi remarquer que j’aurais pu faire part de mes découvertes à un autre service de police que la gendarmerie. Mais cette histoire paraissait tellement incroyable et de plus je ne savais pas à qui pouvoir me confier. En effet, G a tenté d’étendre ses tentacules jusqu’à la Sûreté de l’État, la Police Judiciaire, les Forces Armées Belges. Dans tous ces organes, des gens ont été impliqués dans « G ». Il est sans doute imprudent de parler de Loge PII à la Belge, mais c’est vrai qu’il y a des similitudes. Même l’Université Libre de Bruxelles a été touchée. On y a recruté notamment des gens qui avaient un avenir dans la politique ou la magistrature.»

« Dans mon enquête », dit encore Lekeu, « j’ai pu constater que le leader du Front de la Jeunesse, Francis Dossogne, avait accès aux informations politiques recueillies par la gendarmerie et qu’il contribuait à la rédaction de ces fichiers grâce au travail d’une section du Front de la Jeunesse. Dossogne avait des gens au-dessus de lui. Dès 1977, j’ai pu établir que l’homme qui tirait les ficelles de tout cela était le baron de Bonvoisin. Et il ne faut pas oublier que de Bonvoisin a des contacts incroyables en Belgique et à l’étranger, principalement dans le monde de la finance. On a aussi parlé de ses relations avec VDB, mais, à mon sens, l’ancien Premier ministre a été manipulé par le baron noir. »

Tueries, CCC…

« Dans les projets de « G », il était question de déstabilisation de l’État, de renforcement du pouvoir », continue Lekeu. « Pour y arriver, on parlait d’attentats meurtriers, d’attaques sanglantes, de manipulation d’un groupe de gauche qui déposerait des explosifs – ce qui plus tard, lors des attentats des CCC, m’a fait réfléchir. Après les premières tueries en 1983, j’ai pensé que ces faits étaient probablement liés à ce qui avait été préparé par G. J’étais choqué. Je me suis rendu à la BSR de Wavre pour leur indiquer que ce qui se passait était prévu dans les plans de G. On m’a dit ceci : Ferme ta gueule. On est au courant. Deux semaines plus tard, j’ai reçu des menaces de mort pour ma femme et mes enfants. J’ai remis ma démission qui a été acceptée en avril 1984. Je croyais que les ennuis allaient s’arrêter là, mais les menaces ont continué. En conséquence, en juillet 1984, je suis parti m’installer en Floride.»

Il ajoute : « Le prétendu suicide de Paul Latinus n’a pas été étranger à ma décision. Je connaissais bien Latinus depuis ’77-’78, au Front de la Jeunesse. Ce n’était pas à proprement parler un ami, mais il se confiait parfois à moi. Il m’a plusieurs fois exprimé son dégoût pour ce qui se passait dans le Brabant et pour ce qu’on tentait de faire de son mouvement, le Westland New Post. À ce sujet, je signale que WNP et G-, c’était la même organisation. J’ai d’ailleurs pu voir les telex OTAN volés à Evere par le WNP. Latinus s’apprêtait à faire des révélations avant sa mort. Pour ce faire, il comptait s’adresser à la Sûreté de l’État, affirme encore l’ancien gendarme » (ndlr : une déclaration surprenante dans la mesure où Latinus n’était pas dans les meilleurs termes avec le square de Meeûs et que Lekeu accuse le commissaire Smets d’avoir été le relais de G- au sein de la Sûreté).

Lire aussi : Les savants mélanges du baron(S’ouvre dans un nouvel onglet)

« Mais d’autres personnes, en Belgique comme à l’étranger, savent des choses sur ces années noires » prétend Lekeu. « Pour ma part, ajoute-t-il, je connais une partie du secret des tueries du Brabant. J’ai donné des informations à la commission rogatoire qui est venue me voir en Floride l’année dernière. J’en sais plus encore. Mais ces affaires forment un tout. J’ai besoin que d’autres parlent pour que j’ose enfin tout dévoiler ». Pour rappel, le DR publiait, il y a quelques jours, les déclarations de deux députés souhaitant, l’un que l’on crée une cellule spéciale d’enquêteurs coupée de leur hiérarchie sur les faits du Brabant, l’autre d’instaurer en Belgique un système permettant le repentis, comme ce fut le cas en Italie du temps des Brigades rouges. Martial Lekeu, interrogé sur ces propositions, estime qu’il s’agit là des seuls moyens d’y voir clair dans ces dossiers.

Par ailleurs, on peut aussi signaler que la commission d’enquête parlementaire sur le banditisme et le terrorisme s’est penchée sur la question du groupe G. Après plusieurs démarches, elle a reçu communication d’un dossier sur cette affaire. Mais force est de constater qu’il ne contenait que très peu d’éléments. Cela a d’ailleurs étonné l’adjudant Guy Goffinon, l’un des limiers les plus avertis de la BSR de Bruxelles, lorsqu’il a dû témoigner devant la commission. Pour leur part, certains commissaires parlementaires, dont le PSC Philippe Laurent, étaient d’avis d’auditionner des ex-membres du groupe G et divers témoins pouvant parler de cette organisation. Malheureusement, ce vœu n’a pas été exaucé.

Signalons aussi cette note confidentielle rédigée par un membre de la BSR de Wavre, en août 1985, qui évoque également l’existence d’un groupe d’action politique au sein de la gendarmerie. La note avance comme hypothèse que plusieurs des faits commis en Brabant wallon l’ont été en relation avec des intérêts financiers et politiques divers. En mars 1989, à l’occasion des premières déclarations de Lekeu, l’état-major de la gendarmerie avait réagi sèchement. Dans un communiqué, il indiquait qu’il n’a jamais été question dans aucun rouage de la gendarmerie d’une mystérieuse cellule ou organisation, ajoutant : « Nous continuerons toujours à rejeter avec vigueur de semblables idées ». Dont acte.

Lire aussi : Groupe « G » : une note d’intention(S’ouvre dans un nouvel onglet)Martial Lekeu accuse le baron noir

Tueries du Brabant : des barbouzes américains en sauraient long(S’ouvre dans un nouvel onglet)

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Michel Bouffioux

Michel Bouffioux

Curieux de beaucoup de choses, je m'intéresse notamment à des dossiers sociétaux, historiques, scientifiques et judiciaires. Depuis 1987, comme le temps passe, j'ai travaillé dans les rédactions de plusieurs quotidiens et hebdomadaires belges. J'ai aussi fondé l'hebdomadaire "Le Journal du Mardi" en 1999. Depuis 2007, je fais partie de l’équipe rédactionnelle de Paris Match Belgique.

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