On l’écoute pour se détendre, se consoler, se donner de l’élan. Mais la musique peut-elle aussi soigner ? En s’appuyant sur quarante années de recherche sur les liens entre cerveau et musique, Isabelle Peretz, professeure de neuropsychologie à l’Université de Montréal dresse l’état des connaissances sur ce « couteau suisse thérapeutique » qui agit sur le corps, l’esprit et notre relation aux autres.
Un entretien publié le 16 avril 2026 par l’hebdomadaire Paris Match Belgique et repris par le site Paris Match.be, le 19 avril 2026.
Un très vieux proverbe dit que « la musique adoucit les mœurs ». Vous le rappelez dans votre dernier livre : les chants de guérison sont universels et ancestraux. On peut aussi souligner que, depuis toujours et dans toutes les langues, des parents chantent des berceuses pour apaiser leurs tout-petits. La croyance séculaire selon laquelle la musique fait du bien au corps et à l’esprit est-elle aujourd’hui objectivée par la science ?
Isabelle Peretz. Oui, la science confirme que la musique n’est pas qu’un art : c’est aussi un instrument de santé et de bien-être essentiel à notre équilibre. Si j’ai écrit un livre sur le sujet, c’est bien pour transmettre ces connaissances au grand public, lui faire comprendre qu’il s’agit d’un enjeu auquel il faut accorder davantage d’importance. La musique peut apporter énormément aux individus, mais aussi à la collectivité. Elle nous soigne et elle nous rassemble. Vous vous en souvenez peut-être : pendant la pandémie de covid, pour combattre l’isolement du confinement, les Italiens se sont postés à leurs fenêtres, sur leurs terrasses et à leurs balcons, et se sont mis à chanter à l’unisson. Cette « médecine collective », qui répondait à l’angoisse du moment, s’est ensuite propagée dans le monde. En somme, on peut considérer la musique comme un médicament universel, un traitement naturel auquel on peut recourir l’esprit léger, sans redouter d’effets secondaires. Cette pilule à action immédiate agit sur notre mental : elle apaise, recentre, mobilise… Mais elle agit aussi sur le corps, notamment grâce à son pouvoir analgésique.
Une sorte de « couteau suisse thérapeutique », diriez-vous ?
Quelle jolie expression ! C’est bien de cela qu’il s’agit. La musique prend soin du corps, de l’esprit et du lien social. Elle peut aussi bien calmer qu’animer, donner une envie irrépressible de bouger ou inviter à la méditation. Il n’existe pas d’autre forme de médecine naturelle qui produise des effets aussi multiples.
Dans une société de la performance, où le stress, le harcèlement et les burn-out pèsent lourd, la musique n’apparaît-elle pas comme un refuge pour les personnes en souffrance ?
Oui, certainement. L’impact salutaire de la musique sur le stress est fort bien documenté, même si le grand public n’en mesure pas toujours toute la portée. Ce n’est pas un hasard si la première raison invoquée par 80 % des adultes pour écouter de la musique est le besoin de se détendre. De multiples recherches et méta-analyses démontrent que l’écoute musicale et le chant produisent de véritables effets physiologiques de relaxation. Le rythme cardiaque ralentit, la pression artérielle et le taux de cortisol, l’hormone du stress, baissent. Autrement dit, la musique aide le corps à retrouver un état d’équilibre. La musique peut aussi accélérer la récupération après un événement stressant. Elle ne supprime évidemment pas les causes profondes d’une souffrance morale, mais elle constitue un soutien précieux, aux effets immédiats, accessible sans ordonnance, qui permet de relâcher la pression, de se recentrer et de retrouver un peu de calme intérieur.

« Le chant calme : il ralentit la respiration, fait vibrer les organes internes, augmente l’apport d’oxygène au cerveau et éloigne les pensées parasites. Il exerce une forme de « lavage mental » aux bienfaits bien documentés », écrivez-vous. Le chant est-il plus efficace que les antidépresseurs ?
Je n’irais pas jusqu’à conseiller à des personnes qui prennent ce type de traitement de l’arrêter, séance tenante, et d’y substituer une inscription dans une chorale. Mais, tout de même, chanter fait beaucoup de bien au cœur et à l’esprit. Cela peut être un puissant adjuvant aux médicaments pharmacologiques. J’ai la conviction que (…)
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