La communauté humaine ne réduit pas suffisamment ses émissions de CO₂ et le réchauffement de la planète s’aggrave année après année. La géo-ingénierie climatique, qui vise notamment à refroidir artificiellement la Terre, est-elle une planche de salut ou un pari dangereux ? Les réponses du climatologue et océanographe Laurent Bopp.
Un entretien publié par l’hebdomadaire Paris Match Belgique le 6 novembre 2025 et repris par le site Paris Match.be, le 9 novembre 2025.
En 2024, le Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE) soulignait l’insuffisance des politiques publiques mises en place pour limiter les rejets de gaz à effet de serre. Son rapport prévoyait que le réchauffement devrait rapidement dépasser le seuil de 1,5 °C et atteindre +2 °C vers 2050, pour arriver à +3 °C à l’horizon 2100. C’est un scénario très éloigné des ambitions affichées lors des Accords de Paris. Quel est votre regard sur cet échec collectif ?
Laurent Bopp. On ne peut que s’en alarmer, bien évidemment. La prévision selon laquelle nous allons manquer l’objectif de limitation du réchauffement à +1,5 °C par rapport aux températures préindustrielles et que, à politique d’atténuation inchangée, le climat continuera à se réchauffer au-delà, fait consensus dans la communauté scientifique. Nous ne sommes pas bien engagés pour atteindre même l’objectif le moins ambitieux des Accords de Paris, celui des +2 °C. Une étude récente montre que nous sommes déjà à +1,25 °C. Cet échec tient à l’inertie de nos sociétés : nous ne réduisons pas nos émissions de CO₂ à la vitesse nécessaire. Et le temps joue contre nous : si les émissions restent au niveau actuel, le seuil de +1,5 °C sera franchi d’ici six ans à peine.
Peut-on encore changer de trajectoire ?
Il faudrait alors baisser très vite et de façon drastique les émissions de gaz à effet de serre. Les scientifiques ne cessent de le répéter, mais en vain : les émissions continuent d’augmenter. Pour ne pas désespérer, on peut le dire autrement : en ce début de XXIᵉ siècle, des politiques climatiques ont été mises en place qui ont produit quelques effets. Dans les années 2000 à 2010, les émissions de CO₂ augmentaient en moyenne de 3 % par an. Ensuite, cette croissance a été ramenée à moins de 1 % par an. Les alertes répétées de la communauté scientifique ont donc conduit à une certaine prise de conscience et à des avancées réelles, mais encore très insuffisantes.

Ne doit-on pas craindre, au vu de l’évolution du débat public et de la présence de plus en plus marquée des climatosceptiques dans la sphère politique, que ces avancées, déjà trop peu ambitieuses, soient fragilisées ?
L’atmosphère politique n’est en effet pas très porteuse pour ces sujets, avec des prises de position réactionnaires aux États-Unis en particulier, mais aussi en Europe. Un certain nombre de politiques climatiques sont aujourd’hui en recul, y compris dans l’UE, alors que nous étions jusque-là considérés comme de bons élèves. En France (NDLR : comme en Belgique), on observe une déflation des financements alloués à des actions clés, comme la rénovation énergétique des bâtiments. Aussi, les politiques de transformation des modes de transport ne sont pas suffisamment soutenues par les pouvoirs publics.
Inondations, vagues de chaleur, mégafeux, sécheresse : le changement climatique n’a jamais été aussi perceptible, mais, paradoxalement, nos yeux semblent se détourner…
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Selon Laurent Bopp, quel est le principal facteur expliquant l’échec collectif à limiter le réchauffement ?
La réponse se trouve dans l’article. Bien cordialement.