L’emprise peut s’immiscer partout : couple, famille, travail… Le psychiatre Jean Cottraux explique comment reconnaître les prédateurs – narcissiques, borderline, paranoïaques, voire caractérisés par la « tétrade noire » – et comment s’en protéger.
Un entretien publié par l’hebdomadaire Paris Match Belgique le 27 novembre 2025 et repris par le site Paris Match.be; le 30 novembre 2025.
Paris Match. Quelles sont les caractéristiques d’une relation d’emprise ? Parlerait-on d’une prise de pouvoir mentale ?
Jean Cottraux. L’emprise peut se définir comme un contrôle contraignant, répété et prolongé – physique ou psychologique – qu’exerce une personne prédatrice sur sa victime. Elle implique une perte de liberté : la victime n’est plus en mesure de faire ses propres choix. C’est d’ailleurs pour cette raison que le livre que je viens de publier sur ce thème est sous-titré « Se libérer des personnes toxiques ». Au fond, c’est un ouvrage sur la liberté.
Quelle est la prévalence de ce phénomène dans notre société ?
Il n’existe pas de statistiques directes sur le mécanisme psychologique de l’emprise. En revanche, on dispose de données sur les troubles de la personnalité : les individus potentiellement prédateurs représenteraient environ 6 % à 10 % de la population générale. Autrement dit, personne n’est à l’abri d’être confronté à des personnes toxiques, que ce soit dans la vie de couple, familiale ou professionnelle. Comme psychiatres, nous rencontrons très fréquemment ces situations, le plus souvent au travers de victimes qui viennent demander de l’aide.

Quel est leur profil ?
Ce sont, en réalité, de « bonnes personnes », confiantes, bienveillantes, peu affirmées, enclines à la culpabilité. Dans la majorité des cas, il s’agit de femmes. Cela s’explique en partie par le fait que l’anxiété et la dépression – qui prédisposent à devenir la cible de personnes toxiques – touchent environ deux tiers de femmes pour un tiers d’hommes. Bien entendu, les hommes peuvent eux aussi être victimes de femmes prédatrices ou de supérieurs manipulateurs. Mais, majoritairement, les cibles restent des femmes ayant été traumatisées dans l’enfance, confrontées à des carences affectives et/ou à différentes formes de violences. Leurs failles psychologiques les rendent plus susceptibles d’être manipulées par des prédateurs qui ont compris sur quels ressorts appuyer pour les placer sous leur emprise. Ces victimes ont tendance à rechercher une figure d’autorité qui les instrumentalise et, souvent, à se replacer dans des situations traumatiques.
La victime revit continuellement des états émotionnels qui la poussent à retomber dans le piège de l’emprise, et le prédateur le perçoit très bien.
Jean Cottraux
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