Derrière l’image du milliardaire flamboyant devenu par deux fois président des États-Unis se cache un homme façonné par une enfance compliquée et animé par des fantasmes de puissance hérités de son père. L’écrivain québécois Alain Roy dévoile, dans un portrait révélateur (« Le cas Trump », un livre publié par les éditions Écosociété ), les fragilités psychiques et les impostures de Donald Trump.
Paris Match. Freud affirmait que « l’homme n’est pas maître dans sa propre maison « . Quand on observe Donald Trump, on peut se demander quels fantômes de son enfance gouvernent ses réactions d’adulte. Que nous apprend son histoire familiale – et en particulier son rapport au père – sur ses pulsions de domination, son rapport à la vérité et sa mise en scène permanente ?
Alain Roy. Il y a un fantasme dynastique et une dynamique narcissique très puissante dans la famille Trump : de père en fils aîné, les « Fred », se succèdent. Donald est le frère cadet de Fred, surnommé Freddy, et le fils de Fred Sr. Ce dernier était un self-made man milliardaire entièrement orienté vers le travail, peu empathique, avec des traits de sociopathe, animé par une soif inextinguible de réussite financière dans le domaine de l’immobilier. Le message principal qu’il a délivré à ses enfants a été que tous les coups sont permis pour atteindre des objectifs, y compris en étant transgressif, en ne respectant pas les lois et règlements. Fred Trump voulait que ses fils soient des « killers ». Dans ce clan où il y avait beaucoup d’argent et peu d’amour, Freddy, l’aîné, a reçu une injonction narcissique extrêmement violente de son père : « Sois mon double, sinon tu périras. » Il a tenté d’y résister, refusant la carrière familiale dans l’immobilier qui lui était destinée et devenant pilote d’avion. Cette fronde lui a valu d’être dénigré par son père et rejeté. Finalement, le grand frère de Donald s’est autodétruit dans l’alcool.
Donald a été un dauphin par défaut ?
Parfaitement. Il rêvait de produire des films, mais il appréciait aussi le pouvoir et le confort qu’offre une grande aisance financière. Il a donc veillé à ne pas compromettre ses intérêts matériels en acceptant le rôle écrit par son père. C’est là l’origine du mal, de cette difficulté fondamentale et existentielle de Donald Trump : comment être lui-même tout en incarnant le double de son père ? Ce questionnement est transversal dans sa vie. Il a été d’autant plus prégnant qu’il n’a jamais eu la carrure d’un bâtisseur d’empire financier. Contrairement à l’image qu’il a cherché à imposer au monde, il n’a jamais su conduire de réelles stratégies d’entreprise. Plusieurs des sociétés qu’il a créées ont connu des déficits importants et des faillites. On estime qu’il aurait fait perdre environ cinq milliards de dollars à divers investisseurs dans le cadre de ses business. Toutefois, le « successeur » a souvent été sauvé par l’argent de son père. Et quand la fortune familiale n’a plus suffi à éponger ses dettes, il a eu recours à des montages financiers douteux qui l’ont amené devant les tribunaux. Ses échecs répétitifs en affaires ne l’ont pas empêché de se prendre au jeu, de croire – et plus encore, de faire croire – qu’il était bien le « dealmaker » voulu par son père. En définitive, l’histoire de Donald Trump est celle d’une doublure de cinéma qui a fini par se prendre pour l’acteur principal.
Est-ce pour cette raison que votre livre sur le parcours du président des États-Unis est sous-titré « Portrait d’un imposteur » ?
Oui. Donald Trump n’a jamais véritablement été lui-même : il a toujours incarné un personnage, ce qui explique que plusieurs témoins parlent de lui comme d’une personne sans intériorité. Dès la fin de la vingtaine, cet usurpateur se promenait dans les rues de Manhattan en limousine avec chauffeur. Goguenard, il donnait des interviews sur « ses » grands projets immobiliers à des journalistes trop peu curieux, tant son image de « golden boy » doublée de celle de playboy plaisait dans les années 1980, les « années fric ». Il prétendait valoir des millions de dollars sans préciser que sa fortune était celle amassée par son père, que la limousine et son chauffeur étaient payés par son père, qu’il bénéficiait des relations de son père dans toutes ses entreprises. En quelque sorte, il s’est approprié l’identité paternelle.
Un contre-emploi, un rôle de composition. Pour reprendre le dispositif de langage de Trump, parlerions-nous d’une « fake life » ?
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