Et si, demain, les États-Unis de Donald Trump suspendaient les services numériques qu’ils fournissent à l’Europe, paralysant notre économie, nos banques, nos hôpitaux, nos administrations, nos industries ? Notre dépendance technologique est telle que le scénario est plausible. Il est urgent de construire une souveraineté numérique européenne, alerte Gilles Babinet qui, en France, copréside le Conseil national du numérique.
Un entretien publié par l’hebdomadaire Paris Match Belgique, le 14 mai 2025 et par le site Paris Match.be, le 18 mai 2025.
Paris Match. Quelle est l’ampleur de la dépendance numérique européenne ?
Gilles Babinet. Elle est énorme ! Il s’agit d’une dépendance critique. L’Europe est très vulnérable. Des fonctions vitales de nos économies, de nos administrations, de notre défense dépendent de solutions numériques, principalement américaines, dont nous ne contrôlons ni le code, ni l’hébergement, ni la gouvernance. Cela concerne les logiciels, les infrastructures cloud, la cybersécurité ou encore les technologies liées à l’intelligence artificielle. À vrai dire, tous les segments du numérique sont concernés par cette colonisation indolore mais dangereuse, que nombre de citoyens et de décideurs politiques acceptent avec fatalisme. Cette situation nous fragilise incroyablement : j’imagine là un scénario extrême, mais un jour, au gré de tensions internationales ou de désaccords commerciaux, nous pourrions être confrontés à un black-out numérique qui paralyserait les pays du Vieux Continent.
En 2019, « l’affaire Huawei » n’a-t-elle pas bien illustré ce que peuvent être les conséquences d’une dépendance numérique ?
Tout à fait. À cette époque, l’administration Trump a inscrit le géant chinois des télécoms sur une liste noire commerciale. En conséquence, les entreprises américaines ne pouvaient plus collaborer avec Huawei, dont les smartphones étaient équipés du système d’exploitation Android, développé et contrôlé par Google. Certes, le système Android « open source » restait utilisable techniquement, mais le fabricant chinois n’avait plus accès à des services Google essentiels pour la majorité de ses clients occidentaux, tels que Gmail, Google Play, YouTube, Google Maps, etc. Par une simple décision politique, les smartphones Huawei étaient devenus quasiment inutilisables en Europe ou aux États-Unis. Dans l’urgence, les Chinois ont été contraints de développer leur propre système d’exploitation, Harmony OS, mais celui-ci est longtemps demeuré moins performant qu’Android en termes d’écosystème, d’applications et d’adoption internationale. On voit donc bien qu’en quelques heures, une entreprise parmi les plus puissantes du monde peut se retrouver amputée d’un accès vital au marché mondial, parce qu’un gouvernement étranger lui a coupé le cordon numérique.

Imaginons qu’à la suite d’un désaccord politique entre les États-Unis et l’UE, le gouvernement américain impose à Microsoft de suspendre ses services sur notre continent. Que se passerait-il ?
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