Une transition vers un régime alimentaire plus sain, la réduction du gaspillage et une optimisation de l’allocation des terres arables permettraient à la Wallonie de tendre vers l’autosuffisance, y compris en bio, assure Tom Desmarez, doctorant en agronomie à Gembloux Agro-Bio Tech : « La modélisation que j’ai créée le démontre ».
Paris Match. Avant de commenter vos recherches sur le potentiel de la Wallonie en matière de souveraineté alimentaire, posons quelques bases : le système actuel de production et de consommation ne nous conduit-il pas droit dans le mur ?
Tom Desmarez. C’est évident. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Europe a connu une explosion de la productivité agricole grâce à la mécanisation, à l’amélioration variétale et à l’usage massif d’intrants chimiques : herbicides, insecticides, fongicides, engrais de synthèse. Cette ‘deuxième révolution agricole’ a permis de sécuriser l’approvisionnement alimentaire d’un continent qui avait connu des pénuries et des famines. Ce fut un progrès indéniable. Mais nous en avons sous-estimé le coût. Les externalités négatives sont désormais bien documentées. À l’échelle mondiale, la production alimentaire représente environ 30 % des émissions de gaz à effet de serre et mobilise près de 70 % des prélèvements en eau douce. L’excès d’azote et de phosphore utilisés pour la fertilisation des terres provoque l’eutrophisation des lacs et des zones côtières. Enfin, la conversion d’écosystèmes naturels en terres agricoles reste une cause majeure de perte de biodiversité. Certes, la Wallonie ne concentre pas tous ces problèmes avec la même intensité. L’agriculture y représente environ 12 % des émissions régionales de gaz à effet de serre. Nous ne sommes pas confrontés à une pénurie structurelle d’eau ni à une expansion massive des terres agricoles. En revanche, la question des pesticides est préoccupante : ils affectent la biodiversité – on estime que près de 60 % des oiseaux des milieux agricoles ont disparu en quelques décennies –, contaminent certaines nappes phréatiques et soulèvent des inquiétudes en matière de santé publique.

Sommes-nous malades de ce que nous mangeons ?
« La formule est un peu ramassée, mais elle n’est pas fausse. Certains pesticides sont associés à des pathologies graves, notamment des cancers et des perturbations hormonales. Mais ce sont les agriculteurs eux-mêmes qui sont les plus exposés : on observe une explosion de la maladie de Parkinson directement liée à l’exposition professionnelle à certains produits phytosanitaires. Pour revenir à notre assiette, le régime alimentaire occidental est en effet trop riche en produits d’origine animale, auxquels est associée une forte teneur en acides gras saturés. En revanche, nous consommons trop peu d’aliments riches en fibres, de légumineuses et de légumes. Il n’y a jamais eu autant de personnes obèses dans le monde, autant de maladies cardiovasculaires. On observe une hausse inquiétante des diabètes de type 2, des AVC, des maladies métaboliques, mais encore de certains cancers liés à des régimes trop riches en produits ultra transformés, en sucres et en graisses. À l’échelle mondiale, l’impact de la mauvaise alimentation sur la mortalité et la morbidité dépasse désormais celui de l’alcool, du tabac, des drogues et des MST réunis. Dans le même temps, alors qu’on n’a jamais produit autant de calories, 820 millions de personnes souffrent encore de la faim. En somme, certains mangent trop et mal ; d’autres, trop peu et mal. »
C’est possible. À condition d’avancer sur plusieurs fronts en parallèle
Il faut donc changer de cap. Mais comment relever le défi de nourrir une population en croissance tout en minimisant simultanément les impacts environnementaux et sanitaires de nos modes de production et de consommation alimentaires ? N’est-ce pas la quadrature du cercle ?
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