Derrière les salaires vertigineux des stars et les milliards des droits TV, le football professionnel cache une économie beaucoup plus fragile qu’il n’y paraît. L’économiste Richard Duhautois, co-auteur avec Luc Arrondel du livre « Foot Business » (Odile Jacob) démonte quelques idées reçues sur le sport le plus populaire.
Un entretien publié par l’hebdomadaire Paris Match Belgique, le 18 juin 2026, repris par le site Paris Match.be, le 20 juin 2026.
L’argent du football est l’objet de beaucoup de spéculations, de commentaires et, écrivez-vous, d’idées reçues. L’une de celles-ci n’est-elle pas de croire que tous les joueurs professionnels sont des millionnaires ?
Richard Duhautois. Oui, c’est une grosse erreur. Nous sommes focalisés sur les pays du Big Five – l’Angleterre, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et la France – même si, à mon avis, le Big Five risque bientôt de devenir un Big Four, en raison du décrochage du championnat français. Dans ces ligues, les salaires moyens sont relativement élevés, mais les très gros revenus ne concernent qu’une toute petite minorité de joueurs : les hyperstars, comme Haaland ou Mbappé. À un échelon inférieur de la pyramide, il y a les superstars, soit quelque 300 joueurs qu’on retrouve dans les grandes équipes qui s’affrontent régulièrement en Ligue des champions. Et puis, vous avez tout le reste : l’immense majorité, des « invisibles » ou « peu visibles », qui sont moyennement payés, voire mal payés. Environ 48 % des footballeurs professionnels dans le monde gagnent moins de 1 000 dollars par mois. Certes, des joueurs moyens perçoivent parfois des rémunérations qui peuvent paraître plantureuses au regard d’autres professions, mais avant de crier au scandale, il faut tenir compte d’un paramètre essentiel.
La durée des carrières ?
Voilà. En moyenne, elles sont très courtes. Bien sûr, il y a des noms de stars qu’on connaît depuis longtemps, des increvables qui accomplissent des parcours longs. Mais, pour un Ronaldo, il y a une multitude de professionnels aux trajectoires éphémères : un tiers des footballeurs ne jouent qu’une seule année au plus haut niveau. La durée moyenne d’une carrière dans le football se situe entre quatre et six ans. C’est comparable à ce qu’on observe dans d’autres sports très concurrentiels, comme le football américain ou le basket.
Les carrières ne sont-elles pas aussi très aléatoires ?
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