Un entretien publié par l’hebdomadaire Paris Match Belgique, le 24 juillet 2025 et par le site Paris Match.be, le 27 juillet 2025.
Pourquoi l’euphorie des débuts s’éteint-elle ? Comment entretenir la flamme ? La neurobiologiste Lucy Vincent donne des clés pour réussir le passage de « la passion aveugle » vers « l’amour conscient ». Elle vient de publier l’ouvrage « Le cerveau des amoureux », chez Odile Jacob.
Que se passe-t-il dans le cerveau quand on tombe amoureux ? Parleriez-vous d’une tempête neurochimique ?
Lucy Vincent. Oui, c’est une tempête, une explosion neurochimique. Ce sont nos sens qui enclenchent le processus : on trouve que le (futur) partenaire est beau, on aime le son de sa voix, l’odeur de sa peau, la manière dont il vous regarde, comment il vous embrasse… Ce qu’il dégage, en somme. L’hippocampe, situé dans une zone profonde du cerveau, compare ces perceptions, ces indices sensoriels à des souvenirs qu’il a emmagasinés dès notre enfance : ceux de moments passés avec des personnes qui nous ont fait du bien, au premier rang desquelles se trouvent nos parents ; ceux de situations ou de contextes qui nous ont procuré de grandes émotions. À partir de là, il attribue une valeur de désirabilité au partenaire potentiel.
On a donc tendance à reproduire quelque chose de notre passé émotionnel en tombant amoureux ?
On retrouve dans l’autre un écho d’un parent aimant qui nous a apporté un sentiment de bonheur, de bien-être, de sécurité. Ou parfois, c’est l’inverse.
Comment ça ?
Certaines personnes ont grandi dans des environnements difficiles. Lorsqu’un enfant est maltraité, négligé ou dévalorisé par ses parents ou d’autres figures d’attachement importantes, il n’en reste pas moins biologiquement programmé pour rechercher leur proximité, car ils sont ses seules sources de sécurité. Cela crée une confusion profonde dans le cerveau, notamment dans l’hippocampe, qui associe ces expériences contradictoires – l’affection mêlée à la peur ou à la souffrance – à une forme de normalité affective. À l’âge adulte, ces souvenirs émotionnels peuvent continuer de guider inconsciemment le choix amoureux de ces personnes, les poussant, tragiquement, vers des partenaires qui font resurgir leurs émotions passées. Elles rejouent alors une scène douloureuse mais familière, et reproduisent ces schémas non par faiblesse, mais bien parce que leur mémoire affective les y ramène.
Lorsque nous tombons amoureux, notre cerveau ne produit-il pas des quantités phénoménales de dopamine ?
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