Des nanotransistors à la médecine personnalisée, des objets connectés aux promesses – et risques – de la génétique, la science des nanotechnologies redéfinit les frontières du possible. Plongée dans ce nouveau monde méconnu avec Jean-Michel Sallese, maître d’enseignement et de recherche en modélisation et physique des composants électroniques à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL).
Un entretien publié par l’hebdomadaire Paris Match Belgique le 3 juillet 2025 et par le site Paris Match.be, le 5 juillet 2025.
La nanotechnologie se définit comme la science qui maîtrise et exploite les propriétés de la matière à l’échelle du nanomètre. On entre ici dans un monde imperceptible à l’œil nu, difficile à se représenter. Pouvez-vous, par analogie, nous aider à percevoir ce que cela signifie concrètement ?
Jean-Michel Sallese. Le nanomètre représente un milliardième de mètre. Il est donc question d’objets de taille atomique qui échappent totalement à nos sens. Il est impossible de les observer sans l’usage de microscopes ultraperformants, dont les particuliers ne disposent pas. Par exemple, un cheveu humain mesure environ 70 à 100 micromètres (le micromètre équivaut à un millionième de mètre, NDLR) de diamètre : si on le découpait en cent mille tranches, chacune ferait environ un nanomètre d’épaisseur. Prenons encore un globule rouge : ce n’est pas très grand, bien évidemment, mais avec ses 10 micromètres, on est encore loin du monde de l’infiniment petit dont nous parlons, car il est dix mille fois plus grand en diamètre qu’une particule mesurant un nanomètre.
Une bactérie, un virus, peut-être ?
C’est plus petit, certes. Mais nous ne sommes pas encore à l’échelle nano : typiquement, ces microbes mesurent environ un micromètre, soit mille fois plus qu’un nanomètre. Pour vous figurer les choses autrement, dites-vous que si la largeur d’un nanomètre était agrandie à celle d’une pièce d’un euro, à la même échelle, un cheveu humain serait épais d’environ un kilomètre. Et que si un nanomètre était grossi jusqu’à l’épaisseur d’un petit livre de poche comme le « Que sais-je ? » que j’ai écrit sur les nanotechnologies, alors deux pages de ce livre seraient aussi longues que la distance de la Terre à la Lune. Il faut donc retenir que la nanotechnologie travaille la matière à une échelle tellement minuscule qu’on change carrément de monde !
N’est-ce pas d’autant plus vrai qu’à ce niveau atomique, certains matériaux que l’humain croyait bien connaître révèlent des propriétés inédites ?
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