Un entretien publié par l’hebdomadaire Paris Match Belgique le 9 mai 2024 et par Paris Match.be, le 12 mai 2024.
« Il y a deux moyens d’oublier les tracas de la vie : la musique et les chats », estimait Albert Schweitzer. Mais nos petits félins, eux aussi, se font des « poils blancs ». Parfois même, ils tombent en dépression. Claude Béata, auteur d’un livre sur « La folie des chats », nous explique ce qui se passe dans la tête de ces compagnons subtils et énigmatiques.
En société, quand vous dites que vous êtes psychiatre pour chats, arrive-t-il qu’on vous prenne pour un fou ?
Claude Béata : Effectivement, il arrive que la psychiatrie vétérinaire suscite de l’étonnement ou même des sourires entendus chez les personnes peu familiarisées avec ce domaine. Quand je fais face à cette incrédulité, j’aime citer le philosophe John Stuart Mill : « Une idée révolutionnaire traverse toujours trois étapes : le ridicule, la discussion et enfin l’adoption. » Dans notre société, et même chez des propriétaires d’animaux aimants, beaucoup de chemin reste à faire pour qu’une prise de conscience ait lieu concernant la prévalence des troubles mentaux et comportementaux dont souffrent certains de nos amis félins, pour apprendre à repérer les signaux d’alerte et, enfin, pour recourir aux moyens thérapeutiques que les vétérinaires formés peuvent aujourd’hui proposer. Ceux qui trouvent cette démarche « ridicule » ou « folle » ignorent que, dans la profession vétérinaire, on en est largement arrivé à la troisième étape du processus évoqué par Stuart Mill, celle de l’adoption. Certes, ce n’était pas gagné d’avance car il y a quarante ans à peine, lorsqu’avec d’autres précurseurs je parlais de l’importance de développer la psychiatrie vétérinaire en France, certains professeurs d’université ne pouvaient s’empêcher de me regarder avec condescendance. À l’époque, il est vrai, on était exclusivement comportementaliste.

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