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3 contre 1

Michel Bouffioux par Michel Bouffioux
4 mars 2004
dans A mon avis, Affaire Dutroux, La Dernière Heure
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3 contre 1 (04/03/2004)

Chronique « Si on me laisse dire » publiée par le quotidien belge « La Dernière Heure », en marge du procès de Marc Dutroux et consorts (4), le 4 mars 2004).

Les rôles de la tragique pièce qui se joue à Arlon sont désormais distribués. C’est Dutroux qui, bien entendu, occupe l’avant-scène. Mais le texte qu’il nous déclame est très éloigné du scénario qui avait été écrit, durant les sept ans d’instruction, par le juge d’instruction Langlois. Ce n’est d’ailleurs pas là une évolution mineure, car Dutroux avait fortement contribué à la reconstitution des faits effectuée par le magistrat instructeur. Il y a, par exemple, la problématique de la cache de Marcinelle. Dans le dossier d’instruction, Dutroux comme Martin déclaraient que Julie et Melissa y ont survécu pendant 106 jours, soit entre le 6 décembre 1995 et le 20 mars 1996. À cette époque, Dutroux était en prison et Martin aurait été chargé de « s’occuper » des enfants, ce qu’elle n’aurait pas fait. Cette version a toujours été contestée par les parents des deux petites filles de Grâce-Hollogne et les expertises faites dans le dossier – notamment par une architecte et un nutritionniste – ne parviennent pas à convaincre, loin de là, que Julie et Melissa aient pu survivre pendant si longtemps et surtout sans aide extérieure, dans ce sinistre réduit.

D’où cette question : les deux victimes sont-elles toujours restées dans la cache ? Y-a-t-il eu intervention de tiers ? La zone d’ombre n’a pas été levée par l’instruction qui a considéré que les témoignages concordants – à l’époque – de Dutroux et Martin suffisaient à asseoir la thèse que Julie et Melissa n’étaient jamais sorties de la cache pendant les 106 jours. Patatras : le témoin principal de cette version, soit Marc Dutroux, nous dit aujourd’hui que Julie et Melissa étaient déjà mortes à sa sortie de prison et exploitant la zone d’ombre laissée par l’instruction, il laisse entendre que les victimes sont sorties de la cache pendant qu’il était détenu… Dans le même temps, pourtant, Michelle Martin confirme la version qui se trouve dans le dossier : Julie et Melissa seraient mortes après la libération de Dutroux, fin mars 1996 et, à sa connaissance, aucun tiers n’est intervenu pendant la période des 106 jours.

Voici un bon exemple de ce que sera la stratégie de défense de Dutroux : piocher dans les parties du dossier peu ou mal étayées par l’instruction pour se dédouaner au maximum et pour charger ses coaccusés. Ici, il s’agit de nier toute responsabilité directe dans la mort de Julie et Melissa et d’en attribuer la charge à son ex-épouse, voire à un réseau dont il ne nous donne pas le premier élément d’information permettant de l’identifier. Dans les autres parties du dossier, Dutroux introduit Nihoul à toutes les étapes (enlèvements, séquestrations…). Sa nouvelle version se résume à ceci : outre le premier enlèvement qu’il continue à nier, il a bien participé aux autres faits qui lui sont reprochés. Mais il place à chaque fois l’escroc bruxellois dans le rôle du commanditaire et lui, dans celui d’une sorte de « protecteur » des enfants qui ne voulait pas livrer les victimes au réseau…

Si Dutroux se contente de cela, on peut d’ores et déjà dire que le procès est terminé. Il ne suffit pas de dire « untel est le commanditaire » – surtout après ne l’avoir pas dit pendant sept ans d’instruction – il faut aussi donner des éléments concrets. Et c’est plus que jamais l’intérêt de Dutroux, car, en parallèle, les autres accusés s’entendent pour renvoyer l’acteur principal dans les cordes et même, pour se soutenir mutuellement. Martin n’a pas pipé mot d’un rôle éventuel de Michel Nihoul dans cette affaire, ce qu’elle ne se privait pourtant pas de faire dans le dossier d’instruction. Nihoul lui a rendu la politesse en citant des propos que Dutroux lui aurait tenus lors d’une rencontre à Sars-la-Buissière : « Ma femme fait ce que je lui dis de faire. » Ce qui vient en appui de la défense de Martin, soit la femme sous influence, soumise. Lelièvre a affirmé haut et fort que « Nihoul n’a rien à voir dans les enlèvements ». Nihoul lui a donné acte que lors de sa première rencontre avec Dutroux, fin août-septembre 1995, « Lelièvre ne semblait connaître Dutroux que depuis très peu de temps ». Ce qui vient en appui de la défense de Lelièvre qui disait ne pas connaître Dutroux en juin 1995, époque de l’enlèvement de Julie et Melissa. Michelle Martin, dans le dossier d’instruction, déclarait que Dutroux et Lelièvre se connaissaient depuis 1994. Hier, elle a affirmé qu’elle s’était trompée : les deux hommes se seraient rencontrés… après l’enlèvement de Julie et Melissa. Lelièvre lui a renvoyé la pareille lorsque le président Goux lui a demandé ce qui lui avait fait déclarer dans le dossier que « Martin ravitaillait les victimes de Dutroux ». Lelièvre, désormais, n’a plus souvenance de ce qui lui avait permis de se forger une telle conviction.

Hier, Me Xavier Magnée, l’avocat de Dutroux disait qu’une partie de bridge avait commencé entre les accusés. Il est évident qu’à ce stade, on joue à trois contre un. Dutroux d’un côté de la table, les trois autres de l’autre. Soit Dutroux a d’autres cartes à abattre, soit il a déjà perdu la partie.

Lire aussi : En venir aux faits !

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Michel Bouffioux

Michel Bouffioux

Curieux de beaucoup de choses, je m'intéresse notamment à des dossiers sociétaux, historiques, scientifiques et judiciaires. Depuis 1987, comme le temps passe, j'ai travaillé dans les rédactions de plusieurs quotidiens et hebdomadaires belges. J'ai aussi fondé l'hebdomadaire "Le Journal du Mardi" en 1999. Depuis 2007, je fais partie de l’équipe rédactionnelle de Paris Match Belgique.

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