Chronique « Si on me laisse dire », publiée dans le quotidien belge « La Dernière Heure », en marge du procès de Marc Dutroux et consorts, le 25 mars 2004.

Ce qu’on a vu, hier, à Arlon fait peine à voir. Voilà donc que, vingt-quatre heures de « recherches », l’ex-chef d’enquête des volets « enlèvements » de la cellule de Neufchâteau vient de trouver la réponse à une question que lui posaient les avocats de Laetitia. Cette question ne semblait pourtant guère compliquée. Je dirais même qu’elle tombait sous le sens.
Avant de reproduire ici cette question, voyons dans quel contexte elle se situe : Michel Nihoul explique ses contacts de l’été 1996 avec le duo Dutroux-Lelièvre par la circonstance que sa voiture était en panne et qu’il avait confié celle-ci à ses amis carolos pour réparation. Voulant s’enquérir d’abord du moment où l’on viendrait chercher son véhicule à Bruxelles et, ensuite, du moment où il allait le récupérer, Nihoul aurait donc dû téléphoner à de nombreuses reprises à Dutroux et à Lelièvre. Le fait que ces échanges téléphoniques soient concomitants avec l’enlèvement de Laetitia Delhez et un trafic de drogue liant les trois accusés ne serait donc que pure coïncidence. C’est, on le sait, la défense de Nihoul. Cela est aussi l’avis du juge Langlois et de celui qui fut son enquêteur principal, Michel Demoulin.
La question était donc la suivante : A-t-on fait expertiser l’Audi 80 de Nihoul, au cours de ces huit dernières années, pour déterminer quelle pouvait être la panne du véhicule ? La réponse, si elle s’est fait attendre, n’a pas nécessité de longs développements. C’est « non » ! Je dois vous avouer que j’ai quelques scrupules à écrire ceci, tant je me demande si je ne vis pas ici un cauchemar… Peut-être que les avocats de Laetitia devraient réinterpeller le « chef d’enquête » ‘enlèvements’ pour être certain qu’il répondait bien à la bonne question !
Dans le même ordre d’idée, en quelques questions de bon sens, les jurés – apparemment très perspicaces – ont mis en lumière toute la faiblesse de la reconstitution de l’enlèvement de Julie Lejeune et de Melissa Russo telle qu’elle a été envisagée durant l’instruction. Ils ont constaté – comme les parents de ces enfants l’ont fait avant eux – que le juge Langlois et M. Demoulin avaient construit toute une théorie autour d’un seul et unique témoignage. Lequel est, en outre, sujet à caution.
Il s’agit du récit de Mme Henrotte : une vieille femme qui a vu monter deux enfants dans une voiture… Mais qui n’est pas certaine qu’il s’agissait de Julie et Melissa et qui est encore moins certaine d’avoir assisté à un enlèvement ! Madame Henrotte témoigne-t-elle d’autres faits qui permettraient de dater son témoignage ? Elle se trouvait en effet tous les jours à la même fenêtre. Réponse : non ! À quelle distance a-t-elle vu les enfants monter dans une voiture. Réponse : « 150 à 200 mètres », puis « 100 à 150 mètres », puis encore : « Je vais vérifier et je vous le dirai demain. » Julie et Melissa ont croisé deux autres personnes sur le chemin de Fexhe, le 24 juin 1995. Madame Henrotte aurait dû les voir ? Réponse : elle n’en parle pas. Mme Henrotte donne-t-elle une bonne description de l’habillement des victimes ? Pas vraiment… A-t-on envisagé d’autres hypothèses que le témoignage de Mme Henrotte ? C’était prévu, mais j’ai dû quitter l’enquête, dit en substance M. Demoulin. Renvoyant la balle dans le camp du juge d’instruction. Mais il y a quelques jours, M. Langlois avait renvoyé sur ce même point à M. Demoulin !
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