Alors que les troubles psychiques explosent et que les traitements classiques montrent leurs limites, les psychédéliques deviennent une piste thérapeutique majeure. Pour la psychiatre Caroline Depuydt, l’utilisation encadrée de ces substances psychotropes devrait être légalisée : « C’est un enjeu de santé publique. »
Un entretien publié par l’hebdomadaire Paris Match Belgique, le mercredi 13 mai 2026, repris par le site Paris Match.be, le 16 mai 2026.
Vous accompagnez des personnes en souffrance psychique depuis plus de vingt ans. Quel regard portez-vous sur la psychiatrie contemporaine : ses réussites, mais aussi ses limites ?
Caroline Depuydt. Dans la pratique clinique comme dans les données de santé publique, on observe une explosion des troubles de la santé mentale. Alors même que cette détresse psychologique croît inexorablement, nous sommes confrontés à une pénurie de psychiatres et de pédopsychiatres. Les médecins ont le sentiment d’être submergés. Ils sont désemparés de ne pas pouvoir répondre à ce tsunami de souffrance. Près d’un quart de la population est confronté à l’un ou l’autre trouble mental : dépression, addiction, trouble alimentaire, trouble obsessionnel compulsif, anxiété, syndrome de stress post-traumatique (SSPT)… En sus, nous sommes bien forcés de poser le constat que les approches thérapeutiques conventionnelles montrent leurs limites : 30 % à 40 % des patients dépressifs répondent insuffisamment aux traitements, les SSPT demeurent souvent chroniques et les addictions continuent de défier nos interventions.
S’agit-il de nier l’intérêt des antidépresseurs ou d’autres médicaments pour soigner les troubles psychiques ?
Certainement pas. Les antidépresseurs sont efficaces pour de très nombreux patients. Les neuroleptiques, dans la psychose, permettent de reprendre contact avec des personnes, ils sauvent des vies. Les benzodiazépines peuvent être très utiles face à l’angoisse aiguë. Mais il faut regarder les choses telles qu’elles sont : le succès thérapeutique n’est pas toujours au rendez-vous. Dans les dépressions profondes, la prise en charge médicamenteuse est souvent longue, trop rarement accompagnée d’une psychothérapie, et son efficacité est incertaine. Les antidépresseurs peuvent entraîner une prise de poids, des troubles sexuels, un émoussement émotionnel. Des molécules, prises tous les jours pendant des mois, voire des années, peuvent aussi être difficiles à arrêter. Et c’est encore plus vrai avec les benzodiazépines : ces « pansements chimiques » sont censés être prescrits pour de courtes périodes, mais, bien souvent, ils s’installent durablement dans la vie des patients, avec un risque de dépendance physique et psychique.

Sont-ce ces constats qui vous ont conduite sur la piste des psychédéliques ?
Oui, l’augmentation massive des troubles psychiques et les limites de nos outils actuels impliquent que nous explorions de nouvelles voies thérapeutiques. Ces dernières années, je me suis donc intéressée à des approches alternatives, comme la stimulation magnétique transcrânienne ou l’électroconvulsivothérapie, une technique qui consiste à provoquer, sous anesthésie générale brève, une stimulation électrique contrôlée du cerveau. Ces méthodes peuvent être utiles, notamment dans certaines dépressions sévères ou résistantes, mais elles sont lourdes et contraignantes pour les patients. J’ai aussi exploré…
Lire la suite de cet entretien sur le site Paris Match.be
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