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Gladio : 445 hommes de l’ombre

Michel Bouffioux par Michel Bouffioux
3 avril 1991
dans Enquêtes, Libertés
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Gladio : 445 hommes de l'ombre

Selon les informations récoltées par la commission « Gladio » au cours de ces dernières semaines, l’officine de renseignement privée « Public Information Office » a compté jusqu’à 445 correspondants et était arrosée par le baron de Bonvoisin, dès 1976.

Une enquête publié par le quotidien « Libertés », le 3 avril 1991.

Les investigations à huis-clos de la commission d’enquête parlementaire « Gladio » sont critiquées. On relève notamment que les sénateurs sont bloqués parce qu’ils ne parviennent pas à obtenir des services secrets belges, les codes d’accès qui leur permettraient d’identifier les agents civils du « Glaive » belge (SDRA 8 et Section spéciale de la Sûreté). Comme on peut le lire en page 5, les parlementaires ne sont pas d’accord avec ce constat d’échec et espèrent obtenir les fameuses « clés », dès après les vacances de Pâques.

Dans la foulée de ses recherches sur les réseaux clandestins officiels, la commission d’enquête travaille aussi sur l’histoire des structures de renseignement privées, très actives depuis l’immédiate après-guerre dans notre pays. À ce niveau, Libertés est en mesure de révéler que la commission a recueilli nombre de témoignages intéressants, en provenance principalement de membres du Service de documentation, de renseignement et d’action de l’armée belge. À l’heure actuelle, tandis que les rapporteurs de la commission résument la première partie des travaux des parlementaires, les informations les plus importantes concernent le réseau mi- privé, mi- militaire, Public Information Office.

ROMAN /VAN DEN BOEYNANTS

PIO a été créé en 1974 par le chef d’état-major de l’armée belge, le général Roman, sous l’impulsion politique du ministre de la Défense nationale de l’époque, Paul Vanden Boeynants. Ce service immédiatement rattaché à l’EMG se donnait alors pour but de lutter contre la « propagande antimilitariste » des mouvements pacifistes et des objecteurs de conscience. Ainsi fut mise sur pied une équipe de conférenciers chargée d’aller porter la bonne parole des militaires dans les établissements scolaires. Parmi ces « apôtres » de VDB se trouvaient notamment le major Jean Bougerol, l’ancien officier des Forces aériennes Claude Dery (NDLR :Claude Dery a été utilisé comme expert en balistique dans le cadre de l’enquête sur les tueries du Brabant. Voir à ce sujet Libertés du 14 février 1991 ), et un certain Hans Hagaert. Sous l’impulsion de Bougerol, le PIO s’est rapidement détourné de sa mission initiale et a rempli des tâches de renseignement. Celles-ci se sont d’abord circonscrites à la recherche des activités de subversion au sein de l’armée. Puis, vers 1976, elles s’étendirent à l’ensemble du territoire national sur lequel un réseau de correspondants a été créé. Ce fut la naissance de l' »organisation Miller — du nom de l’épouse du major Bougerol — qui recruta principalement au sein des cercles d’officiers de réserve.

BOUGEROL/ DE BONVOISIN

On peut s’interroger sur le financement de ces activités de renseignements sortant du cadre normal des activités du PIO. La commission a pu, selon nos informations, recueillir quelques éléments troublants à ce sujet. Ainsi, une note du général Peeters, très critique pour Bougerol et le PIO, fait état d’un financement extérieur et politique équivalent à 600.000 F par mois. D’où vient cette masse d’argent ? Une partie de la réponse a été fournie par le substitut du procureur du Roi, Jean-François Gotbille, le 7 février dernier. À l’audience de la 44ème chambre du tribunal correctionnel, ce spécialiste des affaires financières a en effet présenté un « tableau synoptique pluriannuel des comptes et résultats de la société anonyme Promotion et Distribution Générale », dirigée en coulisse par le baron de Bonvoisin. On constate sur ce tableau (voir illustration) que PDG verse dès 1976 plus d’un million par an à PIO.

1976 ! L’année est très importante dans la mesure où à l’époque le PIO est encore un service public dépendant du ministère de la Défense nationale. Cette confusion entre intérêts publics et privés explique différentes enquêtes internes du SDRA sur PIO. Ainsi, en 1981, un rapport du colonel du SDRA, Detrembleur, sera tout aussi critique que celui de M. Peeters, deux ans auparavant. À la suite de ces rapports, l’avancement en grade du major Bougerol à l’armée a d’ailleurs été définitivement arrêté. Il a terminé sa carrière sous les drapeaux dans les années 1980, sur une superbe voie de garage : la bibliothèque de la Défense nationale, au bloc 6 du Quartier Reine Élisabeth à Evere.

Cela dit, le major Bougerol n’a pas eu que des ennemis dans les hautes sphères de la « grande muette ». Ainsi, la commission Gladio a pu établir qu’en 1980, la Sûreté de l’État, demandant des renseignements sur Bougerol, a reçu une fin de non-recevoir du général Tichon, le chef du Service général de renseignement de l’armée qui, de toute évidence, protégeait encore Bougerol à cette époque.

Selon les informations de Libertés, la commission Gladio a enfin recueilli des témoignages inquiétants du SDRA faisant état de la participation, en 1978, de 445 militaires, officiers de réserve et civils à ce réseau de renseignement parallèle sur les mouvements de gauche belge. « Ces données sont affolantes« , nous confie un haut fonctionnaire de la Sûreté de l’État. Et d’ajouter : « par comparaison, la Sûreté de l’État ne dispose pas de plus d’effectifs, même en comptant ses services d’étude, ses services extérieurs et ses informateurs rémunérés« .

ob_be10ed_libertes-3-avril-1991.pdfTélécharger

L’ombre du baron

Comme on l’a lu plus haut, Public Information Office, créé en 1974, reçoit dès 1976 des fonds en provenance de Promotion Distribution Générale. Dès 1979, à la suite du décès du général Roman, ce service est supprimé de l’organigramme de la Défense nationale. Le major Bougerol ne l’entend pas de cette oreille. Et avec le soutien du baron de Bonvoisin, patron occulte de PDG, il poursuit son « œuvre » et s’installe à cette fin dans des locaux au 39, rue Belliard à Bruxelles. Faut-il le rappeler, il s’agissait là de l’adresse de PDG, mais aussi du Cepic, l’aile droite du PSC aujourd’hui dissoute.

En pratique, cependant, il faut bien constater que le départ de PIO de la Défense nationale ne changeait pas grand-chose pour Bougerol. Son « organisation Miller » fonctionnait déjà en dehors de tout contrôle. De plus, bien avant d’être éjecté de l’armée, le PIO avait déjà des locaux rue de la Science. Certains sénateurs s’interrogent à juste titre sur cette adresse. Il s’avère en effet que, selon une enquête déjà ancienne de la Sûreté de l’État, les locaux de la rue de la Science communiquent directement avec ceux de la rue Belliard.

Pour rappel, signalons que le baron de Bonvoisin est poursuivi pour fraude fiscale dans le cadre de ses activités à PDG. Le tribunal correctionnel de Bruxelles a récemment décidé de surseoir à statuer dans cette affaire, mais l’on se souvient du réquisitoire cinglant du substitut du procureur du Roi, Jean-François Gotbille. Celui-ci avait parlé de « mouvance mafieuse » regroupée autour de PDG. Le ministère public dénonçait les liens de cette société avec des « escrocs », des « truands », des « espions ». Nous savions déjà que PIO était sous la coupe du baron. Désormais, nous en connaissons un peu plus sur l’ampleur de son réseau de renseignement parallèle.

Public Information Office : la filière Legon

Marie-Thérèse Legon a dirigé la revue « Inforep » éditée par la sous-section Cet/Doc de PIO. Histoire de quelques amitiés et protections. De l’anticommunisme au gardiennage de dépôts américains en Belgique.

L’implication de Marie-Thérèse Legon dans l’histoire trouble de PIO, c’est avant tout une histoire de famille. Son mari, Jean Gorp, directeur de société, est un officier de réserve convaincu et un anticommuniste virulent. Dès 1965, celui-ci reçoit un certificat de sécurité qui lui permet de donner des conférences au nom de l’armée. Quant à Mme Legon, on trouve les premières traces de sa carrière professionnelle dans la presse. Elle est, de 1973 à 1975, journaliste photographe pour l’agence de presse Chine-Libre et travaille épisodiquement pour une revue de la CEE. En 1976, elle devient correspondante pour le quotidien « La Dernière Heure » où elle est déjà en contact avec le major Jean Bougerol qui y publie des articles sous le pseudonyme de Miller. La collaboration de Legon avec la DH perdure jusqu’en 1979.

Entre-temps, fin 1978, elle commence à collaborer au magazine « Inforep », une revue de presse anticommuniste de PIO. Grande voyageuse, Mme Legon se fait remarquer dans plusieurs pays étrangers : Taïwan, le Liban, l’Espagne, le Portugal. Marie-Thérèse Legon devient rédacteur en chef d’Inforep. Elle est à cette époque en contact avec le commissaire Victor Massart, le chef de la brigade B2 qui s’occupe des mouvements subversifs en Brabant wallon et à Bruxelles. Régulièrement, elle se rend au square de Meeus où on l’appelle « le capitaine Legon ». Sans le moindre complexe, Massart lui livre des pans entiers de dossiers de la Sûreté. Une attitude assez incompréhensible dans la mesure où, en juin 1979, après s’être rendu compte qu’il avait été manipulé par Bougerol, ledit Massart avait demandé au commissaire Christian Smets d’enquêter sur PIO. En effet, après la dissolution officielle du PIO, le major, qui bénéficiait de longue date des renseignements de Massart, s’était bien évidemment privé d’indiquer à son copain de la Sûreté qu’il travaillait dès lors pour le compte de PDG.

En janvier 1980, Marie-Thérèse Legon quitte définitivement son poste de rédacteur en chef d’Inforep. C’est que deux mois auparavant, elle a trouvé une autre fonction intéressante. Elle devient secrétaire générale de l’European Institute of Management-Benelux (E.I.M.). Cette société a été constituée en 1970 par la S.A. Unibra et l’homme d’affaires Michel Relecom. À sa création, elle a pour objet « toutes activités ayant pour but la commercialisation et l’organisation de toute forme d’enseignement se rapportant notamment à la gestion des entreprises et de toute espèce d’organismes publics ou privés ». Rien à redire.

Certains suggèrent que Mme Legon a assisté à l’un ou l’autre congrès international CEDI à Madrid. La branche belge de ce « Centre européen de documentation et de formation » a été fondée par le chevalier Marcel Deroover. Très proche des services secrets militaires belges dans l’immédiate après-guerre, Deroover a participé au financement de réseaux de renseignement et d’action anticommunistes privés, tels Milpol, dirigé par l’ancien agent secret André Moyen… Autre relation du major Bougerol.

Lorsque Marie-Thérèse Legon entre dans la danse en mars 1980, alors qu’elle dirige encore Inforep, les choses prennent rapidement une autre tournure… disons plus militaire. Ainsi, en avril 1981, alors que les liens PIO-PDG viennent d’être dénoncés par la Sûreté de l’État à la commission d’enquête parlementaire Wijninckx sur les milices privées, E.I.M. change subitement d’objet social. S’agit-il de reprendre en charge certaines missions de renseignement du PIO ? Cette question est présente dans les préoccupations de certains sénateurs. Toujours est-il qu’à cette date, l’objet social d’EIM devient « la garde, la surveillance d’entreprises, de bâtiments, d’installations privées, commerciales, parastatales, diplomatiques, internationales, militaires, la formation, l’écolage, le conseil en matière de protection contre tous risques, y compris le terrorisme, la détention préventive d’explosifs, la protection de transports et la garde de convois, l’étude, la création, le développement et l’exploitation de toutes formules de sécurité », etc.

Comme toujours derrière les activités de Legon se trouve le major Bougerol. Comme on l’a vu par ailleurs, celui-ci n’a plus très bonne presse en 1981 dans les milieux du renseignement militaire. Mais il conserve tout de même certains appuis. Ainsi, il écrit en juin 1981 une lettre de recommandation pour EIM et propose cette compagnie pour s’occuper du gardiennage de certains dépôts américains en Belgique. La lettre en question est adressée à l’administration générale civile, personnel non statutaire de l’armée belge. Il y fait état d’un séjour à Heidelberg en RFA, où se trouve une importante base de l’OTAN. Là, explique-t-il, il a rencontré des militaires américains qui lui ont donné leur accord de principe pour la surveillance de certains dépôts en Belgique par EIM. Autre argument du major en faveur de la société privée : le personnel d’EIM est compétent pour ce genre de travail parce qu’il est composé essentiellement d’officiers de réserve.

Cependant, EIM n’a aucune expérience à cette époque en matière de gardiennage et le ministère des Affaires économiques s’oppose à ce que cette firme obtienne un certificat de l’armée. Qu’à cela ne tienne. Selon certaines déclarations faites devant la commission Gladio, une intervention d’un haut gradé, un certain Van Beerendonck, auprès du ministre de la Défense nationale de l’époque, Frank Swaelen, permet de faire délivrer une « clearance » pour EIM et un « certificat de sécurité » pour Mme Legon.

À la même époque, le conseil d’administration d’EIM s’étoffe de l’un ou l’autre nom intéressant. Ainsi décroche un poste d’administrateur le colonel en retraite de la gendarmerie René Mayerus, candidat malheureux quelques années plus tôt au poste de chef de corps. Entendant ce nom, un haut fonctionnaire de la Sûreté de l’État sursaute. En effet, des rapports du service de renseignement civil datant de 1980 font état de contacts suivis entre Mayerus et l’ancien leader du Westland New Post, Paul Latinus. Signalons d’ailleurs au passage que ce dernier prétendait aussi être en relation avec Bougerol et qu’il aurait, selon d’autres rapports de la Sûreté, utilisé du matériel de détection électronique ayant appartenu à PIO.

En octobre 1981, un autre administrateur vient encore se joindre à l’équipe d’EIM : l’ancien ambassadeur des États-Unis à Bruxelles, Douglas MacArthur II, nul autre que le neveu du général du même nom. En mars 1986, Van Beerendonck, le militaire qui était déjà intervenu auprès de Frank Swaelen en 1981, demande au SDRA de renouveler la « clearance » pour EIM. Cette fois, le major Padt refusera ce renouvellement. Reste à préciser que la société Unibra, principal actionnaire d’EIM, a un nouveau président de son conseil d’administration depuis le 20 juin 1990, en la personne de l’ancien Premier ministre Léo Tindemans.

Public Information Office : journalistes au rapport

En 1978, une vingtaine de journalistes professionnels, officiers de réserve par ailleurs, ont été affectés au « Public Information Office ». Le commandant Roger Rosart (La Libre Belgique) et le lieutenant René Haquin (Le Soir) expliquent.

Lors de son audition à la mi-mars par la commission d’enquête sur Gladio, le major Bougerol a affirmé que René Haquin (Le Soir), Benoît Gaspard (Le Soir) et Roger Rosart (La Libre Belgique) faisaient partie d’un lot de journalistes belges qui ont été intégrés dans le PIO. Roger Rosart confirme cette information à Libertés tout en la nuançant. « C’est vrai que j’ai appartenu pendant quelques mois au PIO, mais pratiquement je n’y ai jamais rien fait », nous explique le journaliste de La Libre.

EN SURVÊTEMENT

Et de poursuivre : « Des journalistes officiers de réserve interviennent dans cette affaire à la suite de la fameuse opération des paras belges et français à Kolwezi en 1978. À l’époque, beaucoup d’entre nous auraient voulu accompagner les paras sur place pour pouvoir couvrir l’événement. On a fait plusieurs demandes en ce sens à l’époque mais chaque fois la réponse a été “niet”. Les journalistes français avaient quant à eux plus de chance. Ils avaient reçu l’autorisation de passer un survêtement militaire afin d’accompagner le 2e REP et de faire leur boulot. Après coup, vu qu’il n’y avait eu que des comptes rendus “français”, l’opinion publique a pu croire que nos voisins avaient tout fait dans l’intervention de Kolwezi. Cela a provoqué une réaction d’autant plus négative des journalistes belges à ce moment-là. Le général Roman a alors imaginé – en tous cas, je pense que c’est lui- de rassembler dans cet office d’information l’ensemble des journalistes belges qui étaient par ailleurs officiers de réserve. L’idée était qu’en cas de nouvelle opération du type Kolwezi menée par la Belgique en Afrique ou ailleurs, ces journalistes puissent éventuellement être embarqués sous uniforme en recevant un « ordre de rejoindre ». Ils couvriraient l’information et auraient la pleine liberté de rendre compte à leurs journaux ou agences respectives.« 

« C’est ainsi qu’administrativement une vingtaine de journalistes dans tout le pays — étant par ailleurs officiers de réserve — ont été rattachés au PIO, continue Roger Rosart. Je ne me souviens pas des noms de ces journalistes parce que nous n’avons jamais eu de contacts entre nous. De toute façon, cette affectation n’a duré que quelques semaines ou quelques mois, certainement moins d’un an. Puis cela a été dissous, je ne sais pour quelles raisons, et j’ai repris mon ancienne affectation à mon ancienne brigade. L’affaire en question s’est donc pratiquement limitée à un papier, sans qu’il n’y ait eu aucun rappel officiel au PIO, ni de demande de participation à d’éventuelles conférences. À l’époque, en effet, j’ai connu Bougerol. Il était d’ailleurs en tant qu’officier d’active dans la même brigade d’intervention que moi avant son passage au PIO. Mais je ne l’ai pas fréquenté à proprement parler. Je l’ai vu en tout trois ou quatre fois. C’est lui qui nous a expliqué lors d’une conversation qui n’avait rien d’officiel que le PIO avait tous les noms des journalistes-officiers de réserve et qu’ils avaient mis ces noms sur des listes à la perspective d’une éventuelle intervention de la Belgique du type Kolwezi. Il nous a affirmé que, le cas échéant, on aurait toute liberté pour couvrir l’information à notre guise. J’insiste sur le fait qu’il n’y a jamais eu de réunions officielles, mais uniquement des conversations officieuses sur le sujet. »

CENSURE

René Haquin avance la même version que Roger Rosart, à quelques nuances près cependant. Pour le journaliste du Soir, « les journalistes officiers de réserve qui intervenaient dans le cadre de cette affectation devaient accepter de soumettre leurs reportages à une certaine censure ». Et d’ajouter : « À l’époque, il est clair que le nom de PIO ne me disait rien. Ce n’est qu’après qu’on a entendu parler de cette organisation. D’ailleurs, avant les récentes déclarations devant la commission parlementaire sur Gladio, je n’avais jamais fait le rapprochement entre mon court changement d’affectation de 1978 et le PIO. Il n’y a jamais eu de réunions à l’époque par rapport à tout cela. Et d’ailleurs, si j’en suis resté au grade de lieutenant de réserve, c’est que je fréquente très peu les milieux militaires. Enfin, continue René Haquin, mes seuls contacts avec Bougerol ne datent que de cette époque. La seule chose un peu spéciale que j’ai pu apprendre durant cette période, c’est qu’il organisait un service de contre-espionnage au sein de l’armée belge. En sus, Benoît Gaspard et moi-même avons reçu quelques exemplaires de la revue Inforep au Soir. Ce n’était que deux ou trois feuillets, une simple revue de presse, un peu orientée, c’est tout. »

Commission Gladio : les sénateurs sont optimistes

Contrairement à certaines rumeurs, la commission d’enquête sur le « glaive belge » ne piétine pas.

Constituée en décembre à la suite de déclarations alarmantes du ministre de la Défense nationale sur de possibles implications des réseaux de résistance anticommunistes belges dans des actions de terrorisme et de banditisme, la Commission d’enquête sénatoriale présidée par Roger Lallemand est aujourd’hui à mi-parcours. Dans un récent communiqué, les parlementaires rappelaient la philosophie de leurs recherches : discrétion absolue, avant tout pour faciliter la collecte d’informations secrètes par nature. Pour ces sénateurs, en effet, le huis clos quasi permanent des travaux de la commission se justifie « par le fait que des révélations éventuelles pourraient mettre en danger la défense du territoire ou la sécurité extérieure de l’État ».

Par ailleurs, estime la commission, « un certain nombre d’informations recueillies dans des services secrets peuvent difficilement être communiquées publiquement sans qu’un risque ne soit pris de nuire à leur fonctionnement ou de compromettre, le cas échéant, certains engagements pris à l’égard d’États étrangers ». Elle ajoute que « ces révélations pourraient aussi nuire à certaines personnes qui ont accepté, sous le bénéfice de la confidentialité, de se préparer à assumer en temps de guerre des tâches particulièrement délicates. »

CODES

On touche ici au problème de l’identité des agents civils qui ont collaboré aux réseaux de résistance organisés par les services secrets militaires (SDRA 8) et civils (Section spéciale de la Sûreté de l’État). À ce propos, les parlementaires ont reçu des listes en provenance de Washington et de Londres. Mais malheureusement pour eux, ces listes sont codées et ils ne parviennent pas à les déchiffrer. Certes, les clés qui permettraient d’identifier les agents civils sont en possession de l’ex-patron de la Sûreté de l’État, Albert Raes, et du lieutenant-colonel Bernard Legrand, ainsi qu’entre les mains de chacun des instructeurs des réseaux, mais personne ne veut les livrer. « Nous avons donné notre parole », argumentent les agents secrets belges. « Si l’on demandait à un journaliste de donner le nom de ses informateurs, le ferait-il ? »

À ce niveau, plusieurs hypothèses sont d’ores et déjà envisagées. La recherche d’une formule juridique permettant de « forcer les agents secrets à révéler les codes » serait la solution ultime, constatent certains sénateurs, « mais nous ne croyons pas très fort à son efficacité ». On pense aussi à des injonctions formelles des ministres de la Justice et de la Défense nationale, mais celles-ci se font attendre.

MAGISTRATS ÉMÉRITES

Afin de parer à ce problème, les sénateurs ont rappelé, il y a quelques jours, qu’ils ne désiraient pas connaître personnellement l’identité des agents civils des « stay behind » belges. Il suffirait que celle-ci soit communiquée aux trois magistrats émérites qui se sont mis au service de la Commission. Ceux-ci garderaient seuls le secret, ne le brisant qu’en cas de rapport de l’un ou l’autre avec les affaires de grand banditisme de ces dernières années. Une formule avantageuse, mais qui, de toute évidence, ne rassure pas les « résistants » de l’ombre et leurs chefs..

Alors bloqués, les commissaires parlementaires ? Selon les informations qu’a pu recueillir Libertés pendant le week-end pascal, ce n’est pas le cas. D’abord, la commission a pu recueillir un certain nombre d’« informations utiles » à la suite des auditions de plusieurs témoins et, par ailleurs, certains sénateurs sont persuadés d’avoir trouvé une formule leur permettant d’obtenir les fameuses « clés » de décryptage des listes.

Reste enfin la possibilité de carrément se passer des pontes belges des services secrets. Selon les informations exclusives de Libertés, un témoin important entendu par la commission « Gladio » a expliqué aux parlementaires qu’il serait possible de recevoir les codes tant attendus de certains États étrangers. On en saura peut-être plus à la mi-avril lors d’une conférence de presse que donneront les parlementaires de la commission pour expliquer une partie du travail qui a été accompli actuellement. Sans doute y diront-ils aussi que déjà le temps commence à leur manquer et qu’ils redoutent la date de clôture de leurs travaux fixée en juin prochain…

Lire aussi : Aux sources du Westland New Post (2): Latinus et les Services de Renseignements militaires(S’ouvre dans un nouvel onglet)

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Michel Bouffioux

Michel Bouffioux

Curieux de beaucoup de choses, je m'intéresse notamment à des dossiers sociétaux, historiques, scientifiques et judiciaires. Depuis 1987, comme le temps passe, j'ai travaillé dans les rédactions de plusieurs quotidiens et hebdomadaires belges. J'ai aussi fondé l'hebdomadaire "Le Journal du Mardi" en 1999. Depuis 2007, je fais partie de l’équipe rédactionnelle de Paris Match Belgique.

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