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Public Information Office : activités délictueuses et renseignement

Public Information Office : activités délictueuses et renseignement

Michel Bouffioux par Michel Bouffioux
28 juin 1991
dans Enquêtes, Télémoustique
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Dans le cadre de son enquête sur les réseaux de renseignement clandestins en Belgique, la Commission sénatoriale « Gladio » a rouvert le passionnant dossier du « Public Information Office », un réseau de renseignement privé contrôlé, au début des années 80, par le baron Benoît de Bonvoisin. En exclusivité, « Télémoustique » lève le voile sur les travaux à huis clos des parlementaires et décrit un étrange milieu où se mêlent barbouzes, affairistes et fanatiques d’extrême droite.

Une enquête publiée par l’hebdomadaire Télémoustique, le 28 juin 1991.

Le 25 janvier 1973, les accords de Paris sanctionnent l’échec de la politique d’intervention américaine au Vietnam. Les soldats U.S. qui étaient partis à la chasse aux « Viets » en criant « We are the best and the brightest », reviennent au pays, la queue entre les jambes. Plus globalement, c’est la crédibilité même des États-Unis, leur « politique de dissuasion » à l’égard des mouvements révolutionnaires du tiers-monde qui est entamée. L’Amérique triomphante perd confiance. Le « syndrome vietnamien » prend naissance.

À Bruxelles, ce 25 janvier 1973, les milieux progressistes et pacifistes jubilent. Fort logiquement, ils récupèrent le fiasco vietnamien et crient victoire. Le « Drapeau Rouge », quotidien aujourd’hui disparu du Parti communiste, donne le ton : « Aucun événement n’a aussi profondément marqué ces dernières années l’opinion mondiale que la guerre du Vietnam. Le phénomène universel de la « contestation », c’est-à-dire en fait, la remise en cause de l’idéologie capitaliste, de l’ordre établi et du mode de vie américain par une grande partie de la jeunesse du « monde libre », trouve pour beaucoup son origine dans la guerre menée par les États-Unis au Vietnam. »

Plan VdB

Au sein du gouvernement Leburton qui se forme le 26 janvier 1973, le ministre de la Défense nationale, Paul Vanden Boeynants, partage d’une certaine manière l’analyse de l’éditorial communiste : la défaite américaine au Vietnam et le dégoût provoqué dans l’opinion par cette première guerre télévisée risquent d’alourdir la pression des milieux contestataires encore très actifs en Belgique, dans la foulée des événements de 1968. Mais, c’est bien connu, VdB n’est pas homme à se laisser impressionner. Disposant déjà du portefeuille de la Défense dans l’exécutif précédent, il mijote depuis plus d’un an, un plan de « Défense militaire du territoire » (DMT) dont la philosophie sous-jacente est justement de renforcer la lutte contre la « menace intérieure ». Entouré de personnalités très marquées à droite ― Nicolas de Kerkhove d’Ousselghem, Marius Henin, Benoît de Bonvoisin… – VdB préconise ainsi un rapprochement des tâches de l’armée et d’une gendarmerie très renforcée en effectifs et en matériel, de même qu’un accroissement du rôle des officiers de réserve dans la prévention de la « menace intérieure ».

Annoncée dès la constitution du gouvernement Leburton, cette approche de la DMT provoque un véritable tollé dans les milieux progressistes et pacifistes. Le député socialiste Claude Dejardin monte notamment aux créneaux et dénonce en substance « une volonté de noyautage de la société démocratique ». Mais ce sont les jeunes qui réagissent le plus vivement au plan VdB. En effet, dans le cadre de la DMT, le ministre de la Défense envisage subsidiairement de modifier radicalement les lois sur la milice. Au programme : suppression pure et simple du sursis et le versement d’un « impôt de solidarité » par ceux qui sont exemptés du service militaire.

Le 1er février 1973, quinze mille étudiants manifestent pacifiquement dans les rues de Bruxelles. La réponse brutale de la gendarmerie qui n’hésite pas à charger sur des groupes assis au milieu de la rue Royale ne fait que renforcer leur sentiment de révolte et, pendant les jours qui suivent, la contestation s’amplifie. Au total, cent septante-cinq mille lycéens et étudiants affirment ainsi clairement leur opposition au plan VdB. Le ministre n’a, pour sa part, qu’une seule expression à la bouche : « agitateurs professionnels ». Mais, pendant plusieurs mois encore, des meetings d’opposition à ses vues sont organisés dans de nombreuses villes du pays, principalement en Wallonie et à Bruxelles.

« Speakers bureau »

À l’état-major de l’armée, certains voient toute cette agitation d’un mauvais œil. Certes, un organisme militaire — le « bureau des conférenciers » ou « speakers bureau » — existe bel et bien qui a pour but de répondre à la contestation. Mais, comme le précisent ses documents constitutifs signés et rédigés par le général Willems et le colonel Vuilsteke, les 12 février 1970 et 3 juin 1971, le « speakers bureau » n’est qu’un « pool » de militaires formés aux techniques de communication, qui participent à des débats publics et à des conférences à travers le pays pour opposer les arguments de la « grande muette » à ceux des pacifistes ; il s’agit donc de « dialoguer dans un esprit démocratique » et de répondre à un « droit à l’information de la jeunesse ».

Désuet et inutile, estiment alors certains militaires. Un sentiment rendu parfaitement par un texte publié dans le numéro de mars 1973 du Bulletin de l’Union nationale des Officiers de réserve (UNOR). Dès à présent, il ne s’agit plus de débattre avec les jeunes contestataires, mais de les surveiller et de les infiltrer : « Nous, officiers, avons à défendre le pays non seulement contre les menaces (extérieures) mais aussi contre la subversion (intérieure)… Il est maintenant prouvé que les étudiants qui ont manifesté en février 1973 étaient menés par des organisations révolutionnaires dont le but est de renverser notre régime social. Notre devoir est de participer à ces manifestations pour qu’elles ne puissent arriver à leurs fins. Soyez attentifs, écoutez et faites écouter les membres de votre famille. Lorsque vous apprendrez que de telles manifestations ou réunions vont avoir lieu, prévenez-nous : nous viendrons. »

Légitime défense

De toute évidence, les services secrets militaires de l’époque sont en phase avec ce type de discours. Ainsi, le 13 septembre 1973, le lieutenant-colonel Jean Weber — responsable de la contre-information au Service de documentation, de renseignement et d’action (SDRA) de l’armée belge — transmet une « étude sur l’objectivité et les mass-médias » à destination du cabinet VdB. Le document transite notamment par le big boss du SDRA à ce moment, à savoir le général Bastin, et arrive entre les mains du ministre de la Défense par l’intermédiaire de son collaborateur et ami, le lieutenant-colonel Everaert.

Comme pour les officiers de l’UNOR, le point de mire du SDRA est alors la « subversion » qui « fausse radicalement le libre jeu politique en enlevant toute faculté de choix, par un lent empoisonnement des esprits, et drogue, anesthésie puis paralyse la majorité silencieuse ». Le lieutenant-colonel Weber estime dès lors que « l’existence même de nos libertés, de notre régime démocratique, voire même de la nation et du monde occidental » est menacée. Et cet officier stigmatise « le principe universel de révolution permanente communiste » qui impose d’affaiblir sans cesse le potentiel du monde occidental et est, en définitive, la clef même de toute la stratégie de temps de paix du bloc communiste ».

Ce haut gradé du SDRA affirme encore dans ce document que la « subversion » est telle qu’elle conduit le monde occidental à se gangréner par un pourrissement et une dégénérescence qui l’envahiront progressivement. Et il accuse notamment les centres « Infor-jeunes » et la RTB de l’époque d’être des « nids de subversion ». Conclusion : l’armée « est littéralement en position de légitime défense et il faut donc mettre en place une action antisubversive permanente ». Celle-ci passerait par un travail de documentation pour les cadres sur « le nouvel ennemi qu’ils doivent apprendre à connaître, (…) l’ennemi de l’intérieur ».

Le rapport Weber fait enfin référence à la formation d’officiers-conférenciers capables de fournir un travail de « satellisation de l’information objective ». Ainsi, « les cadres de réserve de l’armée et même les mass-médias bien pensants devraient être amenés à établir ce relais nécessaire à la diffusion et à la propagation de la bonne parole (sic !) ».

Le ministre ment

En février 1974, l’hebdomadaire Le Journal d’Europe, disparu depuis, publie le document Weber. Aussitôt, le ministre de la Défense nationale est appelé à justifier les considérations émises par le SDRA. Lors d’une conférence de presse, VdB déclare que le rapport Weber n’est qu’« un document de routine » qui n’a pas été suivi d’effets… Gros mensonge. Car, parallèlement, Paul Vanden Boeynants décide, avec le général Roman, de la création d’une nouvelle structure militaire issue directement de la doctrine Weber : le « Public Information Office » (PIO).

Caserné à l’époque à Düren (RFA), le major Jean Bougerol est rappelé dare-dare en Belgique par le général Roman. On lui donne six mois pour définir le « tableau d’organisation » et les « concepts d’utilisation » du PIO. Afin d’accomplir cette mission, Bougerol reçoit un bureau au SDRA 3, la branche des services secrets militaires chargée de la « contre-information ». Début 1975, le PIO est prêt à se mettre en marche. L’armée de VdB dispose de son « instrument de légitime défense » face à la « subversion ».

« Mission complexe »

Depuis longtemps, plusieurs enquêteurs ont cherché à définir avec précision les missions qu’a pu effectivement accomplir le PIO. Rencontré récemment, Jean Bougerol nous parle d’une « organisation provisoire, issue des conclusions du rapport Weber et destinée à produire une information de défense face à la très sensible radicalisation des milieux contestataires dans les années 70 ». L’ex-patron du PIO évoque aussi le concept de « conférenciers de choc » mieux formés que ceux du « speakers bureau » et agissant au sein d’une structure plus hiérarchisée.

C’est un peu court. Pour en savoir plus, « Télémoustique » a donc percé le secret de l’audition à huis clos de Bougerol, le 15 mars dernier, par la Commission « Gladio ». Pressé de questions, l’officier était alors contraint d’admettre que le PIO était bien plus qu’un « organisme de conférenciers de choc ». Il a ainsi expliqué que cette organisation était « une sorte d’entonnoir où entraient des gouttes d’informations sur les milieux contestataires » : « Si la goutte était verte, c’était pour la Défense nationale, si elle était rouge, c’était pour la Gendarmerie, si elle était jaune, cela pouvait être pour la sécurité des Affaires étrangères, si elle était bleue, c’était pour la Sûreté de l’État ».

Il est aussi apparu à la Commission « Gladio » que les très nombreux voyages de Bougerol étaient un autre aspect de son travail pour le PIO. Ainsi, dans le cadre de ce qu’il appelle sa « mission complexe », ce militaire d’active a participé à des tractations avec des officiers des phalanges chrétiennes libanaises à Beyrouth. Il s’est aussi rendu en Irlande pour étudier avec certains officiels les dispositifs de lutte anti-IRA. Il a également séjourné à Taïwan où il reçut une formation en matière de « guerre psychologique » et de « contre-information ».

Toujours dans le cadre de cette « mission complexe », le major a donné des cours au sein de cercles d’officiers de réserve sur les « techniques d’infiltration subversives ». Comme le faisait habilement remarquer un parlementaire lors du passage de Bougerol devant la Commission Gladio, « on a le sentiment que ces cours pouvaient être entendus au premier et au deuxième degré. Au premier degré, c’était une explication de la stratégie contre-révolutionnaire pour combattre les techniques d’infiltration communiste. On y parlait d’ailleurs des « barbares kirghizes » et autres avec une brutalité tout à fait remarquable. C’est une première lecture. Il y en a une autre. Bougerol décrivait de manière très précise les bonnes techniques à utiliser pour prendre le pouvoir, infiltrer l’appareil d’État et le démanteler. Dans ces cours, il précisait d’ailleurs : « Après cela, il n’y a plus qu’à ramasser le pouvoir » ». Réponse du major Bougerol : « J’avais conscience du fait qu’une interprétation pouvait se dégager de certains de mes textes. Les textes auxquels la Commission fait référence étaient destinés à des officiers de réserve. Lorsque je m’adressais à des gens qui exercent le métier militaire, j’utilisais un vocabulaire, une technique d’approche parfois brutale qui devait marquer ces personnes… »

De bric et de broc

L’une des personnes qui aura été plus que probablement « marquée » par les cours « antisubversifs » de Bougerol n’est autre que l’officier de réserve Paul Latinus. Celui qui, quelques années plus tard, créera l’organisation de renseignement parallèle « Westland New Post » reçoit notamment les enseignements du major sur les « barbares kirghizes » au sein du BROC : le « Brabant Reserve Officer Club ». En 1975, cette association d’officiers d’active et de réserve — où l’on trouvait notamment le colonel Paul Detrembleur, futur patron du SDRA entre 1981 et 1984 — s’était assigné pour tâche de réveiller quelque peu l’esprit « patriotique » des O.R. regroupés à l’époque dans des cercles jugés trop « mous » et « folkloriques ».

Dans l’esprit exact de la « Défense militaire du territoire », telle qu’elle était prônée par Paul Vanden Boeynants en 1972-73 et par le lieutenant-colonel Weber dans son rapport confidentiel du 13 septembre 1973, le BROC voulait resserrer les liens entre les cadres d’active et de réserve pour, en définitive, accroître la lutte contre la « subversion » intérieure.

Les gens du BROC, parmi lesquels on trouvait notamment l’ex-membre du Centre d’étude politique des indépendants et cadres chrétiens (CEPIC), Bernard de Marcken de Mercken, ont tenté de recruter sur une large échelle dans les milieux des O.R. de la capitale. La littérature de l’association a cependant dégoûté certains cadres de réserve tellement elle était politisée.

Bougerol a expliqué en substance à la Commission « Gladio » que les officiers de réserve étaient un des aspects du « tableau d’organisation » du PIO et qu’à l’issue de ses cours, il lui est arrivé de recruter l’un ou l’autre O.R. motivé par les thèmes de l’antisuversion. Dans cette mesure, les parlementaires se demandent si le « Brabant Reserve Officer Club », puis le « Public Information Office » n’ont pas été les portes d’entrée de Latinus dans le milieu du renseignement. Une hypothèse qui a été également avancée par la Sûreté de l’État (SE) dès 1981 sur base de certains contacts étroits avec le major Bougerol.

D’une extrême droite…

Cette piste est d’autant plus intéressante que, dès l’origine, le PIO présente d’étonnantes attaches avec l’extrême droite organisée. Ainsi, cet organisme d’information sur la subversion (… de gauche) ne se privera pas de donner des conférences et débats dans les clubs de lecteurs du « Nouvel-Europe Magazine », d’où sont issus, on le sait, les activistes du mouvement fasciste Front de la Jeunesse. Argument de Bougerol : « Le PIO devait répondre à toutes les demandes d’information, sinon on n’était plus en démocratie. Il en va d’ailleurs de même pour certaines amitiés qui me sont reprochées. On peut sympathiser avec quelqu’un sans partager un projet ou des idées politiques. »

On s’étonne tout de même de trouver des personnages comme le docteur Claude Nancy ou Bernard Mercier parmi ces relations amicales d’un spécialiste de la lutte contre les stratégies révolutionnaires et subversives. Ancien du mouvement nazifiant « Jeune Europe » de Jean Thiriart, Nancy s’est aussi mis en évidence au sein de « Révolution Européenne » avec le rédacteur en chef du « Nouvel-Europe Magazine » Emile Lecerf… Quant à Bernard Mercier, on le retrouvera impliqué dans le dossier de l’organisation de renseignement parallèle sur les mouvements de gauche « Westland New Post », dont cet ancien du CEPIC était le « landers vertrek inspektor »…

Signalons par ailleurs que Bougerol et Mercier se sont notamment fréquentés assidûment au sein de la « Milice de Jésus-Christ ». Cet ordre de chevalerie dont la tradition s’inscrit dans « l’Inquisition contre les hérétiques » se réunit à l’abbaye d’Aulne, dans la région de Charleroi. La « milice » a notamment partagé ses « activités » avec un autre ordre chevaleresque d’extrême droite luttant contre la décadence morale de l’Occident : le « Rouvre », du financier Richard van Wijck, condamné il y a quelques années dans le cadre du gigantesque dossier de fraude fiscale du Crédit commercial et financier (CCF), par le tribunal correctionnel de Bruxelles.

… à l’autre

Selon plusieurs enquêtes indépendantes les unes des autres — Inspection spéciale des impôts, Parquet de Bruxelles, enquête interne du SDRA 3 —, il apparaît que, dès 1976, le PIO est arrosé financièrement par la société privée « Promotion et Distribution Générale » (PDG), contrôlée en coulisses par le baron Benoît de Bonvoisin. L’officine de Bougerol dispose d’ailleurs à la même époque d’un local au 5, rue de la Science à Bruxelles qui, par une entrée secrète, permet d’accéder aux bureaux de PDG, 39, rue Belliard, adresse également du CEPIC, dont Bonvoisin était le trésorier.

Le lien avec PDG se manifestera également par l’organisation de conférences de Bougerol sur ses voyages, dans l’« auditorium » de la rue Belliard. Cela implique-t-il que certains déplacements à l’étranger de cet officier — en particulier au Liban et en Chine nationaliste — étaient financés par PDG ? Affirmatif, a répondu Myrèse Legon à la Commission sénatoriale « Gladio ». Cette ancienne collaboratrice du PIO ajoutant par ailleurs que ces voyages se situaient dans le cadre d’échanges de renseignements avec des services secrets étrangers, et que lors de certains accompagnements du major Bougerol, elle a même bénéficié de certificats de sécurité OTAN ! Curieux mélange entre intérêts militaires, privés et atlantiques…

Les relations PIO–PDG sont encore plus patentes à partir de décembre 1978. Le général Roman est alors mort depuis quelques mois et son successeur, le général Gonthier, prend la décision de supprimer l’« enfant » de Bougerol. Il s’ensuit immédiatement un rapport incendiaire du général Peeters dénonçant « le financement extérieur et politique de cette organisation militaire », tandis que la société PDG reprend à sa charge le PIO et son quotidien « Inforep » (une revue de presse sur les milieux contestataires dans le monde).

Selon les déclarations de Bougerol à la Commission d’enquête sur les réseaux clandestins, celui-ci accepte sans broncher les ordres de ses supérieurs et devient, dès le 1er janvier 1979, « G3-operation » à Tervuren, où on le charge de la rédaction des cours pour les officiers devant intervenir dans les plans de défense militaire du territoire.

Cependant, des documents et témoignages produits devant la Commission « Gladio » laissent apparaître que ce spécialiste de la « guerre psychologique » accepte mal la décision de l’état-major général et qu’il continue son travail de renseignement sur les milieux contestataires pour le compte de PDG. Dans le même ordre d’idée, Myrèse Legon a affirmé devant cette même Commission d’enquête qu’elle a été payée par Bougerol au sein du PIO jusqu’au moment où elle décide de le quitter… en 1980.

La raison de cette démission, Myrèse Legon nous la confie lors d’un entretien en avril dernier : « Les relations avec PDG commençaient à sentir mauvais. Cela virait carrément à l’extrême droite. De Bonvoisin, omniprésent, voulait imposer des journalistes d’extrême droite proches de Lecerf et du « Nouvel-Europe Magazine » dans « Inforep ». C’est ainsi qu’un ancien du mouvement fasciste « Jeune Europe », Jacques Vanden Bemden, est parachuté à la tête de la revue de presse antisubversive du PIO privé. »

Quel complot ?

Selon des informations récentes publiées par nos confrères du « Morgen », Faez Al-Ajjaz a entretenu par ailleurs d’étroites relations avec l’ancien patron de la gendarmerie pour la province du Brabant, le colonel René Mayerus, lui-même en rapport avec Latinus selon le quotidien néerlandophone. Il est frappant de constater que cet officier a été aussi, pendant plusieurs années, le contact d’information de Jean Bougerol à la gendarmerie dans le cadre du travail de renseignement du PIO sur les milieux contestataires.

De plus, on nous explique à bonne source que bien après la disparition officielle du PIO militaire, et alors qu’il était pensionné, Mayerus continuait à être friand de renseignements politiques. En 1980 et 1981, ce haut gradé de la gendarmerie jouait encore, en effet, de son prestige pour accéder aux locaux de la gendarmerie, rue de Louvain. Objectif : consulter les dossiers info/pol de la Brigade de surveillance et de recherche (BSR). Ce petit manège a duré pendant plusieurs mois jusqu’à ce que le lieutenant-colonel Marchoul intime l’ordre à ses subordonnés de ne plus donner d’informations au colonel e.r. Mayerus, ni même de le recevoir en leurs bureaux.

Notons enfin que Mayerus a fait partie en 1981 du conseil d’administration de la société « European Institute Management » (EIM). Cette filiale du groupe Unibras projetait à l’époque de faire du gardiennage de dépôts d’armes de l’OTAN en Belgique, et on y retrouvait au poste de « secrétaire générale » l’ancienne collaboratrice du PIO, tant civil que militaire, Myrèse Legon.

Bien introduit à la gendarmerie, Jean Bougerol l’était tout autant à la Sûreté de l’État, où il traitait principalement avec le commissaire principal Victor Massart. On dit depuis longtemps dans les couloirs du square de Meeûs que Massart a livré des pans entiers de dossiers de la Sûreté sur les milieux « subversifs » au patron du PIO et à sa collaboratrice, Myrèse Legon.

Interrogé à ce sujet par la Commission « Gladio », Bougerol a confirmé que Massart était un ami et un « fournisseur d’informations » pour les missions du PIO. Hasard ou non, avec le commissaire Massart, on tombe de nouveau sur l’un des acteurs centraux de l’affaire Latinus – « Westland New Post ».

C’est ce fonctionnaire de la Sûreté qui, sur les conseils d’un proche du Front de la Jeunesse, Robert Thomas, recrute Paul Latinus comme informateur rémunéré de la Sûreté de l’État en 1979, puis le confie à l’officier traitant Christian Smets.

En 1983, lorsque Latinus et ses amis sabordent littéralement le « Westland New Post » pour dénoncer la prétendue collusion du commissaire Smets avec leur organisation de renseignement parallèle, Massart est le principal relais de ces accusations au sein de la Sûreté.

En 1983 également — il y a pratiquement simultanéité entre les deux affaires —, le baron Benoît de Bonvoisin entame une violente campagne contre les « complots » du commissaire Smets et de la Sûreté de l’État. En cause, une note de la Sûreté, rédigée en 1981 en grande partie grâce aux investigations de ce fonctionnaire. Objet : les « relations entre Nouvel-Europe Magazine (NEM), NEM-Clubs et Front de la Jeunesse (FJ) d’une part, et le CEPIC, d’autre part ». Conclusion : « Il apparaît que Benoît de Bonvoisin, trésorier du CEPIC, soutient, par sociétés et personnes interposées, financièrement divers mouvements, dont le Front de la Jeunesse. »

Alors qui a comploté dans cette affaire ? La Sûreté contre le baron ? Ou l’inverse ? Au vu de ce que l’on sait maintenant, chacun jugera. Mais pour notre part, nous aurions plutôt tendance à croire Smets lorsqu’il nous déclare : « Latinus voulait ma peau parce qu’il est possible que, sans le savoir, en travaillant sur l’extrême droite, nous ayons touché des intérêts occultes dont nous ignorions l’importance. ».

« GLADIO »… ET LES TUERIES DU BRABANT

En novembre de l’année dernière, le ministre de la Défense nationale, Guy Coëme, affirmait qu’il venait de découvrir l’existence en Belgique de réseaux de résistance dormants, destinés à se mettre en branle en cas d’invasion du territoire par des troupes ennemies. Ces structures — supprimées depuis lors — étaient gérées par la section 8 du SDRA et la STC/Mob (Section Training Communication Mobilisation) de la Sûreté de l’État.

L’affaire a fait grand bruit, on s’en souvient, en raison de graves soupçons pesant sur les réseaux similaires en Italie, soit la structure « Gladio ». D’ailleurs, dans une déclaration à la télévision, notre ministre de la Défense devait dire son inquiétude quant à une potentielle participation du « Gladio » belge à des faits de banditisme et de terrorisme. Une allusion à peine voilée aux tueries du Brabant et à certaines affaires connexes…

Qu’en est-il aujourd’hui, après six mois d’enquête parlementaire ? Selon les informations exclusives de « Télémoustique », le seul lien indirect trouvé par le Sénat entre les « gladiateurs » et une affaire liée aux tueries du Brabant provient d’un hasard…

Interrogé, le 25 mars 1991, par la commission « Gladio », l’ancien administrateur-adjoint de la Sûreté, Jacques Devlieghere, a en effet expliqué que la comptabilité de la STC/Mob se trouvait entre les mains de Luc Hennart, le magistrat qui instruit l’affaire Juan Mendez.

Pour rappel, cet ingénieur de la FN, ami de longue date de l’ancien gendarme Madani Bouhouche, a été assassiné en janvier 1986, alors qu’il disait à des proches connaître une partie de l’énigme des tueries du Brabant. Il ne faut cependant pas voir un rapport entre les deux dossiers. La comptabilité en question a été saisie, il y a de nombreux mois, à la suite de déclarations peu plausibles du complice de Bouhouche, Bob Beijer, sur un rôle éventuel de la Sûreté dans l’affaire Mendez.

À vrai dire, les investigations de la Commission « Gladio » ne sont pas très avancées en ce qui concerne le SDRA 8 et la STC/Mob, mais les sénateurs disposent de circonstances atténuantes. En effet, malgré les garanties de discrétion — les plus grandes —, les services secrets, tant militaires que civils, ont refusé systématiquement de collaborer à l’identification des « gladiateurs ». Sans connaître les noms de ceux-ci, la Commission se trouve donc dans l’impossibilité de vérifier les connexions éventuelles avec les dossiers de banditisme dont elle dispose…

Reste donc l’important travail des parlementaires sur les officines de renseignement privées et, principalement, le dossier PIO. Après avoir entendu Bougerol, Massart, Legon, Mercier, la Commission a interrogé un autre témoin clé de l’affaire, le 3 juin dernier. Nul autre que l’ancien membre du Service Général de Renseignements (SGR) de l’armée, Claude Dery.

Ami de longue date de Bougerol, ex-collaborateur du PIO, Dery a été utilisé comme expert en balistique dans le cadre de l’enquête sur les tueries du Brabant. Fort contestées, ses expertises ont fait perdre un temps précieux aux enquêteurs en les orientant du côté de la fameuse « filière boraine ». Une simple coïncidence ?

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Michel Bouffioux

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Curieux de beaucoup de choses, je m'intéresse notamment à des dossiers sociétaux, historiques, scientifiques et judiciaires. Depuis 1987, comme le temps passe, j'ai travaillé dans les rédactions de plusieurs quotidiens et hebdomadaires belges. J'ai aussi fondé l'hebdomadaire "Le Journal du Mardi" en 1999. Depuis 2007, je fais partie de l’équipe rédactionnelle de Paris Match Belgique.

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