Le blog de Michel Bouffioux
  • Enquêtes
  • Société
  • Planète
  • Justice
  • Politique
  • Sciences
  • Histoire
  • Psycho
  • Archives
  • A mon avis
Aucun résultat
Voir tous les résultats
Michel Bouffioux
  • Enquêtes
  • Société
  • Planète
  • Justice
  • Politique
  • Sciences
  • Histoire
  • Psycho
  • Archives
  • A mon avis
Aucun résultat
Voir tous les résultats
Le blog de Michel Bouffioux
Aucun résultat
Voir tous les résultats

Au pays des Mormons : Dieu, business et missionnaires

Michel Bouffioux par Michel Bouffioux
27 juillet 1995
dans Reportage, Télémoustique
Partager sur FacebookPartager sur Bluesky

Salt Lake City, Utah. La capitale des mormons. Une ville propre, nette, laborieuse. Construite à l’image d’une religion qui porte costume-cravate ou tailleur strict, arbore sourire « Peps » et bonnes manières.  Il fait chaud au bord du Lac Salé : 35 degrés à l’ombre, pourtant pas question de siroter un scotch au bar de l’hôtel qui ne sert pas d’alcool. Mal vu chez les mormons. Comme le tabac ou le café…

Un reportage publié par l’hebdomadaire Télémoustique, le 27 juillet 1995.

ob_e8eafe_tm19950727.pdfTélécharger

Dès lors, ce matin-là, je me demandais vraiment à quel zigue j’aurais à faire ! C’est que je devais rencontrer mon premier mormon à l’angle de Temple Street et de Main Street, au pied de la statue du « prophète » et fondateur de la ville, Brigham Young. Étonnant et imposant personnage de bronze à faire pâlir d’envie certains sculpteurs officiels de l’ancienne Europe de l’Est.

Par un curieux paradoxe, l’homme illustre a été immortalisé la main tendue, comme s’il faisait l’aumône. Et qui plus est, cette main est dirigée vers le trottoir d’en face, où se trouve une banque. J’apprendrai plus tard qu’il n’est pas une âme de Salt Lake qui n’en sourit. Tant il est vrai que l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (appellation complète) est une affaire qui roule.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’ »entreprise » mormone emploie plus de 10.000 personnes et contrôle des sociétés dans des secteurs aussi diversifiés que l’audiovisuel, l’assurance, l’édition, l’alimentation, l’immobilier, l’hôtellerie, l’agriculture, le tourisme… On a d’ailleurs dit à l’occasion que l’Église mormone pourrait être classée en bonne position parmi les 500 sociétés industrielles répertoriées par Fortune…

Significatif à cet égard : il y a quelques années, les « Saints des Derniers Jours » possédaient même leur propre institution financière, la Zion’s National Bank, qui, depuis lors, fut revendue à un fidèle. Il se dit aussi que l’Église mormone possède des propriétés immobilières pour une valeur avoisinant les 8 milliards de dollars et que ses rentrées annuelles sont de l’ordre de 2 milliards de dollars. Difficile à préciser, il n’y a guère de publicité à ce sujet. Ce qui est certain, c’est qu’au-delà de toutes les activités commerciales qu’elle développe, cette Église dispose d’une considérable source de revenus permanente : la dîme que lui versent tous ses fidèles, soit 10 % de leurs revenus bruts. Justification : il faut entretenir le patrimoine immobilier dont les mormons vous diront toujours qu’il coûte plus qu’il ne rapporte et, d’autre part, maintenir le réseau de solidarité propre à l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours (ESDJ).

Mais voici que mon hôte arrive. Robert Van Wagenen n’a nullement l’air de l’illuminé que je craignais rencontrer. Au contraire, cet ancien officier de l’armée de l’air US a beaucoup d’allure. En plus, c’est une personnalité locale : en 1847, son arrière-arrière-grand-père, le dénommé Orson Pratt, faisait partie du groupe d’éclaireurs mormons qui, les premiers, foulèrent le sol de la future Salt Lake City. Plutôt affable, l’homme est le « public relation » idéal. Sa mission est, avant tout, de me montrer à quel point les mormons sont des gens solidaires et généreux.

Ligne directe avec le ciel

L’Oldsmobile de Bob nous conduit d’abord vers les faubourgs de Salt Lake. C’est là que se trouve le « Sort center » (le centre de tri), un grand hangar où les mormons récupèrent des vieux vêtements qui sont envoyés aux déshérités des quatre coins de la planète. « Des millions de kilos partent chaque année. Et nous n’aidons pas uniquement les mormons », insiste mon guide. Un peu plus loin, sur « Welfare Square », on trouve un magasin assez particulier d’alimentation et de vêtements : tout y est gratuit ! « C’est pour les mormons en difficulté. Il y a plusieurs magasins de ce type en Utah et même dans d’autres États de l’Union. Jamais l’Église n’abandonne ses fidèles. Les nécessiteux sont envoyés au « Welfare » par leur évêque. C’est un système qui marche si bien que même le gouvernement US est venu l’étudier pour voir s’il est possible de s’en inspirer ! »

Alors que je déambule entre les boîtes de conserve, je dois admettre que cette forme de secours populaire m’impressionne. Regrettable cependant que, pendant très longtemps, la solidarité mormone ait été à géométrie variable. Jusqu’il y a peu, les Noirs n’étaient pas vraiment dignes de leur compassion et n’avaient même pas le droit de faire partie des « Saints des Derniers Jours ». Heureusement, en 1978, une « révélation divine » permit aux mormons de changer de cap (NDLR : Ils ne représentent toujours que 1,7 % de la population de Salt Lake City et 0,7 % de celle de l’Utah). C’est en l’occurrence l’un des aspects originaux et pour le moins pratiques du fonctionnement de cette Église : elle est capable de modifier complètement ses orientations car ses « présidents » successifs sont autant de « prophètes » en connexion directe avec Dieu… (Lire plus bas : « Un Belge parmi les dirigeants mormons ».)

C’est ainsi que d’opportuns messages du « Père céleste » jalonnent l’histoire de l’ESDJ. Ce qui, souvent, lui a permis de s’adapter aux exigences de la société américaine. Une des plus célèbres parmi ces « révélations divines », tombées vraiment à pic, fut celle qui s’imposa au chef des mormons en 1890. Jusque-là, la polygamie avait été recommandée aux membres de l’Église. Brigham Young, par exemple, eut une vingtaine de femmes et une quarantaine d’enfants. Mais cette pratique empêchait l’Utah, jeune État créé et dirigé par les mormons, d’entrer dans l’Union des États d’Amérique. Pas grave ! Un jour, Dieu convoqua le président mormon pour lui dire que la polygamie serait dorénavant interdite. « Normal, m’explique ce cher Bob, Dieu a simplement révélé au prophète que la polygamie n’était plus nécessaire. Elle avait rempli son œuvre en permettant à la communauté de croître rapidement. »

Faut tout de même pas prendre les enfants du bon Dieu pour des…, me disais-je tandis que Bob m’emmenait casser la croûte dans l’ancienne maison de Brigham Young réaménagée en restaurant pour touristes. Après quoi, il me proposa carrément d’aller au cinéma. Car l’Église a tourné une fiction qui retrace l’histoire de la longue marche de ses pionniers vers l’Ouest.

Longue marche vers la « Terre promise »

J’essaie de vous résumer, tout en prévenant que c’est un peu tiré par les cheveux : en 1820, dans l’État de New York, Joseph Smith « le prophète », fils d’un pasteur presbytérien, va sur ses quinze ans lorsqu’il rencontre Dieu le Père et son fils Jésus-Christ. Il apprend qu’il lui faudra créer une nouvelle Église. Une autre apparition, celle de l’ange Moroni, quelques années plus tard, lui fait franchir le pas décisif. Car cet ange sait où se trouve Le Livre de Mormon (1), des « écritures sacrées » qui racontent l’histoire d’une tribu d’Israël qui avait émigré sur le continent américain, dès 600 ans avant Jésus-Christ. Et qui, en 33 de notre ère, avait reçu la visite du Sauveur après sa résurrection ! (NDLR : Cette tribu aurait, selon le Livre, été détruite par des guerres intestines dans les années 400 après Jésus-Christ.)

Smith va déterrer le fameux Livre sur une colline et, par inspiration divine, il le traduit en anglais. Car, au moment où il le trouve, il ne s’agit encore que de tablettes d’or sur lesquelles le texte est écrit en « égyptien réformé »… Ne demandez pas ce que sont devenues les tablettes : elles ont été reprises par l’ange, après traduction, parce qu’une partie du Livre de Mormon ne pouvait encore être connue des hommes.

C’est sur cette base que naît l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours. En 1831, une première communauté mormone s’installe à Kirkland dans l’Ohio, puis à Independence dans le Missouri. Persécutés, les mormons partent construire une nouvelle ville appelée Nauvoo, dans l’Illinois. S’ensuit une période prospère de quelques années, .jusqu’à ce que le prophète soit arrêté et assassiné dans sa prison à Carthage, Illinois, et que son successeur, Brigham Young, prenne la décision de partir à la recherche de Sion, la terre promise, dans les contrées inexplorées de l’Ouest américain. Cent cinquante mormons entament une longue et pénible marche qui va durer plus d’un an et demi. En 1847, ils arrivent dans la grande plaine du Lac Salé, un lieu désertique et inhospitalier. Mais le prophète Young a la « révélation divine » : voilà l’endroit qu’ils cherchent. Les mormons construiront Salt Lake City ici..

50.000 missionnaires dans le monde

À la sortie de la salle, les yeux encore rougis par l’émotion, j’ai droit moi aussi à une révélation : elle a vingt ans, beaucoup de charme, un joli sourire et se prénomme Julie. Mais ici, on l’appelle « Sister ». Originaire du Havre, elle s’est installée à Salt Lake City il y a plusieurs mois déjà. Et comme tous les mormons âgés de 19 à 21 ans, elle prêche la bonne parole de son Église. C’est une missionnaire ! La jeune Française se veut modeste : « Mon investissement pour l’Église n’a rien d’exceptionnel. Il y a plus de 50.000 jeunes qui font la même chose que moi dans le monde ! » Pas étonnant que les « Saints des Derniers Jours » soient de plus en plus nombreux sur cette planète : leur communauté compterait déjà 9 millions d’âmes.

« Brigham Young frappa un endroit de sa canne et déclara : Ici, nous construirons un temple. » Sister Julie reprend la parole. Nous sommes devant le lieu de culte le plus sacré de l’ESDJ. On ne peut pas y entrer pour visiter : « C’est un endroit seulement accessible aux membres de l’Église, m’explique-t-elle. Il faut se rendre digne de sa visite. Un esprit spécial, favorable à la méditation, y règne. Cela doit être préservé. » Je me contenterai donc d’observer l’aspect extérieur de cet imposant bâtiment dont le style ne s’inspire de rien de connu. Particularité la plus étonnante : ses six tours pointues, dont la …plus haute s’élève à 64 mètres.

Un peu plus loin, par contre, je suis le bienvenu à l’intérieur du « Tabernacle ». Impressionnante construction érigée dans la seconde moitié du XIXe siècle : 71 mètres de long, 45 mètres de large, 21 mètres de haut. Avec un toit porté par 44 piliers en grès. L’intérieur est très sobre. Seules les boiseries donnent une impression de luxe, mais il ne s’agit que d’ornements en pin dont le laborieux polissage a créé une impression de chêne. Plus caractéristique encore de l’endroit : la chorale qui l’investit chaque semaine depuis plus de cent ans. Ses prestations radio-télédiffusées chaque dimanche font la grande fierté de l’Église mormone. Il est vrai que ce chœur de 325 chanteurs est accompagné par l’un des meilleurs orgues du monde (11.623 tuyaux en bois et 5 claviers) et que le Tabernacle dispose d’une acoustique vraiment exceptionnelle.

Est-ce pour cela que je me sens bercé par les paroles de cette trop jolie sœur mormone ? D’une voix douce, presque sensuelle, elle me raconte une nouvelle fois l’histoire du prophète Joseph Smith, tandis que des cantiques enregistrés résonnent dans la chapelle où nous nous sommes assis sur un banc. Des citations du Christ parsèment ses propos : « Heureux sont ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés », « Demandez et vous recevrez », « Frappez et il vous ouvrira »… Pour finir la journée en beauté, je lui rappelle alors que Jésus aurait également dit de « nous aimer les uns les autres ».
« C’est vrai, concède Sister Julie, mais il ajoutait : “comme je vous ai aimés”. C’est plus difficile ! » Bon, je repasserai.

(1) :Mormon aurait vécu au IVe siècle après Jésus-Christ et aurait été le principal rédacteur du Livre trouvé par Joseph Smith, son fils Moroni en ayant rassemblé les derniers chapitres. C’est lui qui serait apparu sous la forme d’un ange au prophète fondateur de l’Église. Une statue dorée le représente, sonnant de la trompette au sommet de la plus haute tour du temple de Salt Lake City.


Un Belge parmi les dirigeants mormons

Immense et très luxueux, le Joseph Smith Memorial Building tend plus à confirmer la réussite financière de l’Église des Saints des Derniers Jours que sa vocation à la solidarité. Marbres, cristaux, fauteuils plein cuir, tapis rouge… On ne se refuse rien. Au 11e étage, un certain Charles Didier m’attend. Particularités : il est consul de Belgique à Salt Lake City, mais aussi il fait partie du « Conseil des 70 », la haute hiérarchie de l’Église mormone. Après les présentations d’usage, une question me brûle les lèvres…

Comment êtes-vous devenu mormon ?

Charles Didier : Dans les années cinquante, ma famille habitait dans la région de Namur. Deux jeunes missionnaires mormons ont frappé à notre porte. On les a accueillis. Ma mère avait besoin de spiritualité et elle s’est fait convertir. C’était la première de la famille. À ce moment-là, j’avais seize ans.

Et toute la famille a suivi ?

Petit à petit. Sauf mon père. Il respectait les principes de l’Église mais il n’a jamais voulu rejoindre les mormons. Pour ma part, je me suis converti à 22 ans.

Avez-vous quitté directement la Belgique pour devenir missionnaire ?

Non. J’étais encore étudiant à l’université de Liège, en sciences économiques. J’ai terminé, puis j’ai accompli mon service militaire comme officier dans la force aérienne. Ensuite, je me suis marié et j’ai décroché une bonne situation professionnelle en Belgique : directeur commercial dans une entreprise de distribution de bois. Après quelques années, j’ai été appelé par l’Église pour devenir « Président de branche » à Liège, c’est-à-dire le chef d’une petite communauté d’environ 250-300 personnes.

Cela devait vous faire une vie pour le moins bien remplie ?

Quand vous croyez, c’est facile. C’est pourquoi j’ai accepté un autre appel de l’Église en 1970. Il s’agissait d’une expérience de volontariat à Genève : je devais y devenir « Président de mission » pendant trois ans. J’avais à superviser un groupe de 160 à 180 missionnaires, principalement des Américains et des Canadiens qui évangélisaient la Suisse francophone et le sud de la France.

C’était un risque important sur le plan professionnel ?

Bien entendu, puisque vous quittez une situation et qu’au bout de trois ans peut se poser le problème de la réinsertion professionnelle. L’Église m’avait laissé entendre que je pourrais, le cas échéant, être réutilisé par le service de traduction des livres et écritures de l’Église. Effectivement, après les trois ans, on m’a offert une position dans ce secteur à Francfort, en Allemagne. Mais ce n’était pas vraiment couru d’avance.

Aujourd’hui, vous faites partie des pontes de l’Église ?

Si l’on veut. En 1975, j’ai été appelé comme « autorité générale », c’est-à-dire membre du premier « Collège des 70 ». C’est une fonction que l’on exerce à temps plein au sein de l’Église, jusqu’à la fin de sa vie.

Les « 70 » gouvernent l’Église des mormons ?

Pas tout à fait. C’est le président-prophète de l’Église qui commande, avec ses deux conseillers. Ces trois personnes sont choisies par le collège des douze apôtres, car nous avons des apôtres comme au temps du Christ. Et puis, il y a les 70… Nous sommes les missi dominici ; nous allons partout dans le monde. Par exemple, à partir du mois d’août, je serai une nouvelle fois transféré à Francfort pour trois ou quatre ans. Là, j’aurai la supervision des pays de l’Est et du Moyen-Orient. Il y a quatre ans, j’ai fait la même chose en Équateur, où j’avais la supervision de l’évangélisation en Amérique du Sud. C’est une vie très riche et très intéressante.

Que se passe-t-il lorsque votre « prophète » disparaît ?

C’est un système de succession beaucoup plus simple que la fumée blanche ! Les deux conseillers, qui sont des apôtres, réintègrent ce collège et le doyen devient automatiquement le président de l’Église. C’est toujours l’ancienneté qui joue. Il n’y a donc pas de politique, d’influence, de dessous de table. Une fois que le prophète est appelé, il choisit ses deux conseillers parmi les apôtres.

Vos « prophètes » doivent souvent être très âgés ?

Bien sûr que nous avons des prophètes âgés. Le président actuel vient par exemple de célébrer ses 85 ans. Il est en très bonne forme intellectuelle et physique. Le précédent, c’est vrai, l’était moins, mais il avait toutes ses facultés mentales…

Les conversions des membres de votre famille au mormonisme ont-elles changé quelque chose à la vie familiale ?

Oui, c’est clair. Nous étions catholiques, comme la majorité des Belges. Mais pas très pratiquants. Pour nous, cela ressemblait surtout à une religion de façade. Une étiquette. Tandis que le mormonisme nécessite que vous soyez complètement impliqué dans l’activité religieuse. Il n’y a pas de clergé. Tout mâle digne reçoit la prêtrise. Il est donc impliqué dans l’organisation de l’Église.

Être mormon, cela a donc des conséquences très claires dans la vie quotidienne ?

D’abord, le mormon ne boit pas d’alcool, ni de café, et il ne fume pas. C’est une formule de santé qui a été donnée par révélation à Joseph Smith. Cela date de 1840, mais quand on voit tout ce que la médecine a découvert sur les méfaits de la cigarette et de l’alcool, on se dit vraiment qu’il était un précurseur ! Ensuite, la vie au sein de notre Église est très prenante. Le service religieux du dimanche est plus long que chez les catholiques puisqu’il dure trois heures. On vous demande de participer à de nombreuses réunions et entrevues. Il y a vraiment beaucoup de choses : le lundi soir, par exemple, c’est.l’incontournable « soirée familiale » où l’on parle d’un thème religieux. Le dimanche, les enfants sont pris en charge par la communauté et parfois ils ont même une activité en semaine qui les relie aux mormons.

Est-ce que ce n’est pas un peu trop ?

Peut-être. C’est ce qu’on se dit à certains moments lorsque femme, enfants et mari sont actifs dans l’Église. Mais on en retire aussi des bénéfices parce qu’on vit d’une façon qui est plus entière. Et puis, nous avons une vie familiale qui s’avère très riche.

On dit que vous avez le culte des ancêtres ?

C’est-à-dire que nous croyons que ceux qui sont décédés et qui n’ont pas eu l’occasion de recevoir le baptême peuvent le recevoir par procuration. On recherche donc nos ancêtres, on les présente ensuite dans le temple pour qu’ils reçoivent les ordonnances sacrées. Nous croyons donc que la famille est éternelle. Que nous la retrouverons dans l’au-delà.

De quels renseignements généalogiques disposez-vous sur la Belgique ?

Cela fait vingt ans que nous archivons dans ce pays. Nous avons tout ce qu’il est possible de posséder comme renseignements généalogiques sur les périodes allant jusqu’à 1870-1880. Mais la loi belge nous interdit de nous procurer les renseignements qui ne remontent pas à plus de cent ans. Nous sommes donc bloqués aux environs de 1890.

Qui fait ces recherches ?

Nous engageons des mormons belges qui microfilment des archives à longueur de journée. À la Bibliothèque royale, dans les palais de justice, les paroisses catholiques.

Vous avez donc de bons rapports avec l’Église catholique ?

Bien entendu ! Et ces relations sont particulièrement fructueuses à Salt Lake City. Par exemple, leur cathédrale Sainte-Madeleine, qui se trouve à quelques centaines de mètres d’ici, a été rénovée en grande partie grâce à l’aide financière des mormons.

Les mormons sont ultra-majoritaires en Utah (69 % du 1,750 million des habitants de l’État). Est-ce que vous n’avez pas tendance à former une sorte d’État dans l’État ?

Au point de vue politique, on a inévitablement une influence. Par exemple, Hawaï et l’Utah sont les deux seuls États américains où les jeux de hasard ne sont pas permis. Il y a deux ans, une motion a été déposée au Parlement de l’État pour permettre le pari sur les courses hippiques. En tant qu’Église, nous nous y opposons. Grâce à notre lobby, la loi n’est jamais passée.

En matière de débats éthiques, vos positions sont-elles similaires à celles de l’Église catholique ?

Pas tout à fait. Je crois que nous sommes plus réalistes. Nous condamnons l’avortement mais pas en cas de menace pour la vie de la mère, ou quand il y a eu viol. À propos du préservatif, notre position est fort simple : ce qui se passe dans le lit des individus ne nous regarde pas ! On parle également beaucoup de l’euthanasie en ce moment. Si une personne décide de le faire, c’est son problème. Mais la position de l’Église, c’est d’être contre.

Et la peine de mort ?

Nous l’acceptons. Si vous avez versé le sang, nous croyons normal que vous le payiez avec votre propre sang. Si les lois du pays ont la peine de mort, nous respectons cette loi du pays. C’est le cas dans l’Utah, où la peine de mort existe par injection létale ou par fusillade.

Quand on vous disait que les mormons sont de bons patriotes. La loi est la loi. Sûr que si vous rencontrez leurs missionnaires en Belgique — ils sont une soixantaine — vous les trouverez gentils et « propres sur eux », comme on dit à Bruxelles. Un peu trop sages, sans doute. En tout cas, très conformes…

ISABELLE ET SIDNEY – ILS ONT LANCÉ TUPPERWARE EN BELGIQUE

Charles Didier n’est pas le seul Belge à avoir rejoint les mormons de Salt Lake City. Dans cette petite ville, à 8.000 kilomètres de Bruxelles, j’ai aussi rencontré Isabelle, une Liégeoise d’origine, et Sidney, son mari américain. « Je suis venue la première fois à S.L.C. en 1949 avec mes parents. Nous sommes restés pendant une année. Je trouvais cela formidable. Lorsqu’il a fallu retourner en Belgique, je me suis promis de revenir vivre ici. En 1955, Sidney est venu en Europe. Il accompagnait son père chanteur dans le fameux “Chœur du Tabernacle” qui se produisait notamment à Bruxelles. Son père a rendu visite au mien. Quand j’ai dit que je voulais tant retourner aux États-Unis, il répondit : “Venez donc chez nous !” J’ai accepté l’invitation quatre ans plus tard… Et dès que je suis arrivée, j’ai revu Sidney. L’année suivante, je l’épousais. Mais à mon grand désespoir, nous rentrions presque aussitôt au pays. Car mon mari avait été missionnaire mormon en Belgique et il était tombé amoureux de nos paysages, de notre nourriture et de la gentillesse des gens. Entre 1961 et 1973, on a lancé les produits Tupperware en Belgique. Ça a bien marché. Mais on nous a demandé de tout laisser tomber pour nous mettre au service de l’Église mormone pendant trois ans à Genève. On a aussi vécu à Hong Kong et au Mexique. On a eu trois enfants et six petits-enfants. »

Aujourd’hui, Isabelle réalise totalement son rêve, puisqu’elle vit aux États-Unis.

  • Souveraineté alimentaire : la Wallonie peut devenir autosuffisante, même en bio, selon une modélisation réalisée à Gembloux Agro-Bio Tech
  • Ivresse, les non-dits de l’Histoire : « Expliquer des événements marquants par l’intervention de personnages qui titubent peut paraître vulgaire »
  • Je rumine donc je suis : « Notre cerveau est programmé pour produire ces pensées spontanées »
  • Symptômes médicaux inexpliqués : la détresse des patients, l’hypothèse de l’inconscient
  • Johann Margulies, épuisé, douloureux, mais augmenté par sa quête de sens : « La maladie m’a donné une autre manière d’habiter l’existence »

1ère guerre mondiale Affaire Dutroux Agriculture Asile Assurances Banditisme Belgique Bien être Climat Congo Covid Crise sanitaire Démocratie Désinformation Déstabilisation Elizabeth Brichet Enquête Entretien-portrait Environnement Estime de soi Etats-Unis Extrème droite Extrême droite Gladio Histoire Histoire coloniale Justice Marie-Noëlle Bouzet Mawda Modes de vie Monarchie Police Politique Psychologie Santé Santé publique Scandale politico-financier Science Seconde guerre mondiale Services de renseignement Social Société Solidarité Tueries du Brabant Violences policières

Abonnez-vous gratuitement pour être averti des nouveaux articles publiés.

Vérifiez votre boite de réception ou votre répertoire d’indésirables pour confirmer votre abonnement.

Tags: Etats-UnisReligionsReportage
Michel Bouffioux

Michel Bouffioux

Curieux de beaucoup de choses, je m'intéresse notamment à des dossiers sociétaux, historiques, scientifiques et judiciaires. Depuis 1987, comme le temps passe, j'ai travaillé dans les rédactions de plusieurs quotidiens et hebdomadaires belges. J'ai aussi fondé l'hebdomadaire "Le Journal du Mardi" en 1999. Depuis 2007, je fais partie de l’équipe rédactionnelle de Paris Match Belgique.

Vous aimerez aussi

Il y a 80 ans, les civils dans le feu de la bataille des Ardennes

Il y a 80 ans, les civils dans le feu de la bataille des Ardennes

par Michel Bouffioux
16 décembre 2024

Quarante-cinq jours de terreur. Un déluge de feu dans le froid polaire d'un hiver maudit. Du sang, des larmes. Des...

Joyeux anniversaire, cher Moustique !

par Michel Bouffioux
4 décembre 2024

Certainement, en avez-vous entendu parler : Moustique fête ses 100 ans. C'est un magazine dans lequel j'ai aimé écrire dans...

Quêtes existentielles, réorientations professionnelles : ils ont radicalement changé de vie

par Michel Bouffioux
11 juillet 2024

Un reportage publié le 11 juillet par l'hebdomadaire Paris Match Belgique et le 14 juillet par le site Paris Match.be...

Quête de sens, aspiration à la solidarité, motivation économique…: ils ont fait le choix de l’habitat groupé

Quête de sens, aspiration à la solidarité, motivation économique…: ils ont fait le choix de l’habitat groupé

par Michel Bouffioux
30 mai 2024

Un reportage publié par l'hebdomadaire Paris Match Belgique, le 30 mai 2024 et par le site Paris Match.be, le 3...

Alzheimer précoce : ces malades jeunes et invisibles

par Michel Bouffioux
27 décembre 2022

Un article publié par l'hebdomadaire Paris Match Belgique, le 22 décembre 2022 et par le site Paris Match.be, le 27...

Ils voulaient porter secours : les tragiques destins croisés de Jonathan et Gaëtan

par Michel Bouffioux
5 décembre 2022

Un article publié par l'hebdomadaire Paris Match Belgique, le jeudi 1er décembre 2022 et par le site Paris Match.be, le...

Voir plus
Article suivant

Cinq ans sans Elizabeth, l'enfer ne fait que commencer

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le blog de Michel Bouffioux

Enquêtes, reportages, entretiens, archives

© 2025 Michel Bouffioux – Site réalisé par Michaël Perrin

Aucun résultat
Voir tous les résultats
  • Enquêtes
  • Société
  • Planète
  • Justice
  • Politique
  • Sciences
  • Histoire
  • Psycho
  • Archives
  • A mon avis

© 2025 Michel Bouffioux – Site réalisé par Michaël Perrin

Ce site web utilise des cookies. En continuant à l'utiliser, vous consentez à l'utilisation des cookies.