Chronique « Si on me laisse dire », publiée dans le quotidien « La Dernière Heure » en marge du procès de Marc Dutroux et consorts (41- Le 29 avril 2004).

Qui trop embrasse mal étreint… L’audience de lundi avait été catastrophique pour Michel Nihoul lequel voyait sa défense absurde sur l’ecstasy s’effondrer. En ne reconnaissant d’abord pas ce trafic – plus de six ans de mensonges durant l’instruction-, en l’expliquant ensuite par une soi-disant opération undercover de la gendarmerie –deux années de mensonges en plus- l’escroc bruxellois a pris le risque maximum. Jouant un peu trop gros, il a perdu son pari : tous les ex-gendarmes concernés ont démenti. Qualifiant les explications tardives de Nihoul de «loufoques». Reste donc ouverte la question de la signification de la livraison de 1.000 pilules d’XTC au lendemain du rapt de Laetitia.
Hier, ce sont les avocats de cette victime qui ont joué un peu trop gros. Citant à comparaître deux spécialistes des affaires financières, MM. Doraene (ex-patron de l’OCEDEFO (1) et Godbille, avocat général à Bruxelles, ils voulaient visiblement que la cour mette les pieds dans une galaxie criminelle belge –mais aussi internationale- dont Michel Nihoul a été l’un des astres les plus brillants. En un certain sens, la démarche a été couronnée de succès. Oui, le nom de Nihoul et sa longue carrière de bandit en complet costume peuvent être associés à des trafiquants d’armes, de stupéfiants, de fausses cartes, de chèques… Oui, Nihoul ou/et son entourage immédiat ont joué dans le trafic d’influence au profit de personnages impliqués dans des dossiers judiciaires. Oui, le carnet d’adresses de Nihoul ressemble à un who is who de la criminalité. Dans ses relations, on trouve beaucoup de noms de personnes citées ou condamnées dans quelques-unes des affaires les plus sulfureuses de ces dernières années.
Toutefois après avoir décrit ce « bazar du crime » dont Nihoul était un fidèle et très ancien employé, les témoins ont fait part d’une conviction claire et définitive : dans ce magasin là, on fait profit d’innombrables activités criminelles, mais il n’y a pas trace de pédophilie. Il serait malhonnête de ne pas mettre cette conclusion des deux témoins à l’actif de Michel Nihoul. Dans le même temps, il serait naïf de ne pas en signaler les limites. MM. Godbille et Doraene n’ont pas travaillé dans le cadre de l’enquête de Neufchâteau. Ils ont communiqué des débuts de pistes troublantes qui n’ont pas été exploitées par eux – la plupart des enquêteurs financiers dont ils auraient eu besoin à cet effet étaient mobilisés dans le cadre de l’instruction chestrolaise… Ensuite, cette dernière, déjà peu incline à indaguer sur « la mafia de Charleroi », s’est montrée très modérément motivée à chercher les éventuelles connections de Nihoul avec les mouvances bruxelloises et internationales décrites hier.
En conclusion, M.Godbille a évoqué les manœuvres puantes d’un ex-avocat qui a cherché à accréditer l’idée que Nihoul vendait des cassettes pédophiles sur base de faux documents. Justement dénoncées, elles sont en passe d’être condamnées par la justice bruxelloise. On voit mal, pourtant, en quoi elles blanchiraient automatiquement Michel Nihoul dans le cadre du procès d’Arlon. La question de savoir si Lelièvre, Dutroux, Martin et Nihoul ont travaillé pour la même succursale du « bazar du crime » reste entière. Elle sera encore largement débattue dans les jours à venir. Et seuls les jurés seront habilités à trancher.
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