Le blog de Michel Bouffioux
  • Enquêtes
  • Société
  • Planète
  • Justice
  • Politique
  • Sciences
  • Histoire
  • Psycho
  • Archives
  • A mon avis
Aucun résultat
Voir tous les résultats
Michel Bouffioux
  • Enquêtes
  • Société
  • Planète
  • Justice
  • Politique
  • Sciences
  • Histoire
  • Psycho
  • Archives
  • A mon avis
Aucun résultat
Voir tous les résultats
Le blog de Michel Bouffioux
Aucun résultat
Voir tous les résultats

Peste porcine : un sanglier peut en cacher un autre…

Michel Bouffioux par Michel Bouffioux
21 septembre 2018
dans Animaux, Enquêtes, Paris Match.be
Partager sur FacebookPartager sur Bluesky

Une enquête publiée le 21 septembre 2018 par le site Paris Match.be

Certains propriétaires de grandes chasses se livrent-ils à d’illégaux « lâchers de sangliers » ? Les représentants de chasseurs parlent de « rumeurs » qui n’ont jamais été étayées. Faux : il y a bien eu un flagrant délit constaté il y a quelques années dans le Luxembourg belge. De plus, une étude génétique démontre la présence de sangliers sauvages d’origines étrangères (France, Espagne, Portugal, République tchèque…) dans les forêts wallonnes. Comment sont-ils arrivés-là ?

En août dernier, bien avant que n’éclate la crise de la peste porcine, des membres de l’Unité anti-braconnage (UAB) de la Région wallonne affirmaient que leur service allait être mis sous cloche par le gouvernement et l’administration wallonne parce qu’il dérangeait des propriétaires de grandes chasses. Un agent déclarait ceci : « Quand on s’en est pris à des situations inacceptables – transports illégaux d’animaux (…) lâchers de sangliers ou de cervidés sur des terrains de chasse clôturés, tout cela pour permettre à des messieurs et des mesdames de tirer un maximum de bêtes etc…- cela n’a pas plu. (…) Si l’UAB s’était contentée d’être un outil pour empêcher que des braconniers pillent certaines ‘chasses’, les choses se seraient certainement mieux passées. »

Comme en écho à ces propos, après l’apparition de la peste porcine africaine dans les forêts wallonnes, l’hypothèse d’une contamination liée des lâchers de sangliers importés de pays contaminés est apparue dans le débat public. Dans Le Soir de ce 19 septembre, un éleveur de porcs résumait bien l’accusation : « Au ministère wallon de l’Agriculture, à l’Afsca et à la Division Nature et Forêt, ils savent très bien qui a amené la peste porcine chez nous. Ce sont des propriétaires de grosses chasses qui veulent faire plaisir aux chasseurs de peur qu’ils aillent ailleurs. Ils veulent rentabiliser leur bien. Ils se rendent en douce dans des fermes d’élevage dans les pays de l’Est et ils y achètent des sangliers bien gras. Ça permet aux chasseurs de se targuer d’avoir de gros trophées. Ils les amènent en Belgique en douce dans des camions bennes. À la frontière, il n’y a aucun contrôle. Tout le monde est complice. Avec le résultat qu’on connaît maintenant… »

Cette hypothèse n’est pas celle qui est privilégiée par le ministre wallon de l’Agriculture qui a plus communiqué sur une probable contamination liée au transit par le Luxembourg belge de camions en provenance des pays de l’Est. En effet, l’homme n’est affecté pas par le virus de la peste porcine mais il en est un très important vecteur. La supposition a notamment été émise qu’un chauffeur venu d’ailleurs aurait jeté un sandwiche contenant de la nourriture contaminée sur une aire de stationnement, lequel aurait été un repas appréciable pour un sanglier…

L’hypothèse « sandwiche » est aussi celle que préfèrent les associations représentatives des chasseurs, lesquelles placent l’hypothèse « lâchers de gibiers » dans le rayon des rumeurs. Dans l’émission de radio « Soir Première » diffusée mercredi par la RTBF, un membre Royal Saint-Hubert Club de Belgique (RSHB) : « le lâcher de gibier, c’est un peu le monstre du Loch Ness. Il n’y a plus de cas avéré depuis au moins 15 ans. On n’a jamais de preuve, jamais de vidéo, jamais de verbalisation. Il n’y a pas de lâchers de sangliers en Région wallonne. Il suffit de se renseigner à l’administration et au parquet ». Nos collègues du service public se sont en ensuite vus confirmer par Michel Villers, le directeur du département chasse au sein de la Division nature et Forets de l’administration wallonne qu’« aucun procès-verbal n’a pu être dressé à charge d’un titulaire de droit de chasse ou de quelqu’un pour avoir lâché illégalement des sangliers. C’est interdit par la loi sur la chasse depuis 1994. »

De son côté, le ministre de l’Agriculture a décidé d’objectiver le débat en demandant aux autorités judiciaires de lui fournir des informations sur « l’ensemble des procès-verbaux des 10 dernières années » qui feraient état de lâchers de gibier en Région wallonne. Une source au sein de l’administration nous indique cependant que le ministre aurait pu élargir la recherche car, à une distance temporelle de 13 ans, un flagrant délit de lâcher de sangliers a bel et bien été verbalisé par des agents de l’UAB. Les faits se passent le 17 décembre 2005 à Tellin dans le Luxembourg belge. Une trentaine de sangliers « belges » provenant d’un parc situé dans les environs de Spa avaient été illégalement convoyés sur un terrain de chasse appartenant alors à un certain R. Il ne s’agissait donc pas en l’espèce d’animaux importés de l’étranger mais le mobile de l’opération était bien celui dénoncé par ceux qui évoquent les lâchers de gibier : augmenter le nombre de bêtes à tirer pour des chasseurs. L’affaire s’est terminée par une condamnation. Depuis le terrain de chasse concerné a changé de propriétaire.

L’existence d’une telle affaire démontre que l’hypothèse du lâcher de gibier ne relève pas du pur fantasme : il y a un précédent bien documenté qui démontre la tentation de commettre ce type d’infraction existe. Cela n’a-t-il été le cas qu’un d’un seul propriétaire de terrain de chasse depuis fin 2005 ? On nourrira ce questionnement en constatant que des condamnations judiciaires ont été prononcées pour des faits similaires en France. À contrario, l’ancienneté de l’affaire de Tellin donne argument aux chasseurs qui prétendent que les « lâchers de gibier », cela n’existe plus en Wallonie : il n’y aurait plus eu de procès-verbal pour ce type d’infraction depuis 13 ans. Un tel constat étant aussi de nature à relativiser les propos tenus par certains agents de l’UAB à l’égard de « situations inacceptables » auxquelles ils s’en seraient pris. Car, sans PV, il est impossible d’objectiver leur propos et cela même si une source nous dit que « l’absence de procès-verbal témoigne surtout du fait que ces enquêtes sont difficiles, qu’il faut réaliser des flagrant délits, ce qui n’est pas aisé. » À la seule aune de ces éléments contradictoires, il n’est pas possible de dire si l’affaire de Libin fut une dérive isolée ou s’il s’est agi de l’arbre qui cache le foret.

Toutefois d’autres indices laissent à penser que des lâchers de gibier ont eu lieu en Région wallonne durant ces dernières années. Nos collègues du Soir ont évoqué « des importations frauduleuses de cerfs à des fins cynégétiques » en se référant à une étude publiée en 2019 dans la revue ‘Ecology and Evolution’. L’analyse génétique portait sur des cerfs présents en Belgique. 1780 échantillons récoltés entre 2003 et 2009 faisait apparaitre que 3,7% de cette population provenaient d’autres pays (Ecosse, Allemagne de l’Est, Pologne…). Par qui ont été ces cerfs étrangers ont-ils été introduits en Belgique ? Et Pourquoi ? Si ce n’est pour en faire des trophées de chasse ?

Paris Match Belgique a pu consulter des données plus récentes sur cette question du « gibier étranger » présent en Wallonie Elles sont consignées dans des rapports non publiés dont dispose l’administration wallonne. Il s’agit en l’espèce d’études de suivi génétique de la population de cerfs wallons réalisées par l’Institut des Sciences de la Vie de l’UCL. Celles-ci révèlent que « lors de la saison cynégétique 2013-2014, 7 animaux sur les 177 échantillonnés (4%) ont été classés exogènes et 10 suspects (5,7%). En 2014-2015, sur 208 échantillons analysés, 8 animaux ont été classés exogènes (3,9%) et 11 suspects (5,3%) ».

Des commentaires sur ces données sont formulés par les scientifiques qui les ont produites. Où l’on constate que l’hypothèse du lâcher de gibier n’est pas traitée par ces derniers tel un « fantasme » ou une « rumeur » de type « monstre du Loch Ness » mais bien comme une hypothèse de travail parmi d’autres : « Ces résultats quoique interpellant doivent être interprétés avec prudence. Dans certains cas, il peut s’agir d’animaux échappés accidentellement d’un élevage (…) Dans d’autre cas, il s’agit de fraude. Deux types de fraude sont à distinguer. Le lâcher d’animaux exogènes au sein d’une population wallonne. Ce qui entraîne un risque immédiat d’interférer avec le patrimoine génétique des cerfs en place ; Le dépôt au tableau d’une dépouille exogène pour atteindre artificiellement le plan de tir. Cette pratique a lieu généralement en fin de saison de chasse. »

Le rapport précise aussi qu’« il ne faut pas exclure d’éventuelles migrations de pays voisins. » Mais dans certains cas seulement car certains cerfs viennent de pays trop lointains pour être arrivés en Wallonie par eux-mêmes. Dans cette étude, on parle notamment de cerfs vivant dans la Famenne-Ardenne « assignés » génétiquement « au groupe Pologne-Allemagne du Nord Est ». D’autres cerfs sont originaires de Bavière, de Saxe, de Croatie et d’Ecosse.

Ce type d’étude concerne aussi les sangliers. En septembre 2014, « le rapport final de la Convention cadre RW/UCL en matière d’études génétique concernant des espèces de la faune sauvage », indique que « 248 sangliers ont été génotypés et analysés » et que « 47 sangliers douteux provenant de quatre zone cynégétiques distinctes » sont ressortis du lot. De toute évidence, ces recherches sont complexes. Une sorte de désarroi est palpable dans le chef des scientifiques qui se livrent à ces études génétiques car ils en arrivent à constater que leurs logiciels « éprouvent des difficultés à identifier les entités génétiquement homogène » dans la population de sangliers wallons. Ce qui les conduit à considérer que cela « n’est pas étonnant », « si les lâchers frauduleux sont si nombreux que la rumeur le laisse entendre ».

Ces chercheurs ont démonté qu’à Nassogne, Forrière, Saint-Hubert et dans d’autres localités encore, on trouve des sangliers qui présentent un « haplotype 4 » qui « n’a été séquencé que chez des sangliers sauvages d’origines portugaise, espagnole, française ou de la république tchèque ». Lors de la rédaction de leur étude, en 2014, ces spécialistes de l’UCL concluaient par une réflexion clairement orientée vers l’hypothèse des lâchers de sangliers par des propriétaires de chasses. Ils écrivaient en effet : « Faut-il croire au hasard lorsque seuls des individus suspects de la région de Saint-Hubert présentent un haplotype partagé avec des individus prouvés non-indigène ? Nous ne le pensons pas et espérons pouvoir poursuivre cette investigation par la suite ». L’ont-ils fait ? On le suppose. Comme il va de soi, nous avons pris contact avec le promoteur de ce rapport, le professeur François Chaumont (UCL). Fort aimablement mais fermement, celui-ci nous a expliqué qu’il était tenu à un devoir de confidentialité à propos d’études qui sont commandées par l’administration wallonne.

Le magazine Médor évoque d’autres sources scientifiques qui renforcent l’idée qu’il est crucial d’envisager la piste des lâchers de gibier comme crédible. Notre confrère est allé à la rencontre de Ferran Jori, un chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) à Montpellier qui travaille depuis 15 ans sur le dossier de la peste porcine africaine. Médor écrit : « Une recherche menée par Ferran Jori (…) a quantifié des mouvements importants de sangliers vivants importés vers la France ou l’Espagne, parfois dépassant plus d’un millier d’animaux par an. Toujours selon le chercheur, la plupart de ces mouvements entre les pays de l’Est et l’Ouest de l’Europe ont pour dépositaires finaux des chasses privées qui lâchent les bêtes dans des territoires clôturés. »

Le 18 septembre, un chasseur s’est exprimé en termes très critiques pour certaines « très grosses chasses » dans le Journal Télévisé de la RTBF : « Des camions remorques viennent d’Espagne ou de France avec des sangliers. Comment voulez-vous tirer 100 sangliers sur une journée si vous n’en avez pas amenés ?  (…) Ils ne viennent pas de Pologne parce que les chasseurs sont assez malins pour ne pas acheter des sangliers qui risquent d’avoir la peste porcine africaine ». Parmi ces « malins » supposés, y-a-t-il eu des ‘plus malins encore’ qui ont cru pouvoir acheter des sangliers à des prix défiant toute concurrence, quitte à ne point trop se préoccuper de l’origine réelle de ces animaux ? Cette hypothèse d’enquête vaut bien celle du sandwiche. Les analyses génétiques en cours de sangliers infectés par la peste porcine donneront à la confirmer ou à l’infirmer…

Lire aussi ici :

Lâchers de gibier : Un sanglier peut en cacher un autre [ENQUÊTE]

Lâchers de gibier : Un sanglier peut en cacher un autre [ENQUÊTE]

Certains propriétaires de grandes chasses se livrent-ils à d’illégaux  » lâchers de sangliers  » ? Les représentants de chasseurs parlent de  » rumeurs  » qui n’ont jamais été étayées. Faux : …

https://parismatch.be/actualites/societe/176317/lachers-de-gibier-un-sanglier-peut-en-cacher-un-autre-enquete

Abonnez-vous gratuitement pour être averti des nouveaux articles publiés.

Vérifiez votre boite de réception ou votre répertoire d’indésirables pour confirmer votre abonnement.

  • Je rumine donc je suis : « Notre cerveau est programmé pour produire ces pensées spontanées »
  • Symptômes médicaux inexpliqués : la détresse des patients, l’hypothèse de l’inconscient
  • Johann Margulies, épuisé, douloureux, mais augmenté par sa quête de sens : « La maladie m’a donné une autre manière d’habiter l’existence »
  • Êtes-vous sous emprise ? Comment se libérer des personnes toxiques
  • Quand la technologie prétend réparer le climat : la géo-ingénierie est-elle une planche de salut ou un pari dangereux ?
Michel Bouffioux

Michel Bouffioux

Curieux de beaucoup de choses, je m'intéresse notamment à des dossiers sociétaux, historiques, scientifiques et judiciaires. Depuis 1987, comme le temps passe, j'ai travaillé dans les rédactions de plusieurs quotidiens et hebdomadaires belges. J'ai aussi fondé l'hebdomadaire "Le Journal du Mardi" en 1999. Depuis 2007, je fais partie de l’équipe rédactionnelle de Paris Match Belgique.

Vous aimerez aussi

Il y a trente ans, l’enlèvement de Julie et Melissa : « Je n’ai rien oublié »

Il y a trente ans, l’enlèvement de Julie et Melissa : « Je n’ai rien oublié »

par Michel Bouffioux
24 juin 2025

Ce texte, je vous le livre comme un témoignage, un ressenti, 30 ans après l'enlèvement de Julie Lejeune et Melissa...

Casernes de la honte : l’État belge, la zone de police de Bruxelles-Capitale Ixelles et le bourgmestre de Bruxelles condamnés

Casernes de la honte : l’État belge, la zone de police de Bruxelles-Capitale Ixelles et le bourgmestre de Bruxelles condamnés

par Michel Bouffioux
17 mars 2025

Une suite d'enquête publiée par le site Paris Match.be, le 17 mars 2024. Arrestations illégales, conditions de détention inhumaines et...

Jeunes aidants proches, ces héros invisibles

Jeunes aidants proches, ces héros invisibles

par Michel Bouffioux
9 janvier 2025

Ils ont moins de 26 ans. Ils apportent une aide constante à un membre de leur famille en situation de...

Il y a 80 ans, les civils dans le feu de la bataille des Ardennes

Il y a 80 ans, les civils dans le feu de la bataille des Ardennes

par Michel Bouffioux
16 décembre 2024

Quarante-cinq jours de terreur. Un déluge de feu dans le froid polaire d'un hiver maudit. Du sang, des larmes. Des...

« Il y a un parfum d’années 1930 en Allemagne « : l’historien Emmanuel Droit analyse la préoccupante montée de l’extrême droite en République fédérale

par Michel Bouffioux
18 novembre 2024

Un entretien publié par l'hebdomadaire Paris Match Belgique, le 14 novembre 2024 et par le site Paris Match.be le 18 novembre...

Dans mes archives (2) En 1918, les jeunes hommes revenus du front aspiraient à plus de démocratie

par Michel Bouffioux
11 novembre 2024

Des articles à relire, quelques années après... Lors de la commémoration du 11 novembre, on rappelle volontiers l'héroïsme des soldats...

Voir plus
Article suivant

Collections coloniales de restes humains : le gouvernement encommissionne Lusinga

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le blog de Michel Bouffioux

Enquêtes, reportages, entretiens, archives

© 2025 Michel Bouffioux – Site réalisé par Michaël Perrin

Aucun résultat
Voir tous les résultats
  • Enquêtes
  • Société
  • Planète
  • Justice
  • Politique
  • Sciences
  • Histoire
  • Psycho
  • Archives
  • A mon avis

© 2025 Michel Bouffioux – Site réalisé par Michaël Perrin

Ce site web utilise des cookies. En continuant à l'utiliser, vous consentez à l'utilisation des cookies.