Le recul brutal de l’aide internationale en santé menace des millions de vies, mais aussi la capacité du monde à détecter les prochaines pandémies. Le professeur Alain Fischer, coauteur d’un rapport de l’Académie des sciences, alerte sur ce basculement majeur.
Un entretien publié par l’hebdomadaire Paris Match Belgique le 25 juin 2026 et repris par Paris Match.be, le 30 juin 2026.
En 2021, l’aide internationale en santé avoisinait les 80 milliards de dollars US. Elle n’était plus que de 54 milliards en 2024 et pourrait tomber à 36 milliards d’ici 2030, selon un récent rapport de l’Académie des sciences dont vous êtes l’un des coauteurs. Pourquoi ce décrochage est-il particulièrement préoccupant ?
Alain Fischer. Pour comprendre les enjeux, soulignons d’abord l’extraordinaire hétérogénéité des systèmes de santé à travers le monde. Dans les pays les plus pauvres, en particulier en Afrique subsaharienne, mais aussi dans certaines régions d’Asie du Sud-Est et d’Amérique latine, les conditions sanitaires n’ont absolument rien de comparable avec celles des pays riches. Cela concerne l’accès aux médicaments, aux tests diagnostiques, les conditions d’hospitalisation, les structures de soins, l’accès à l’eau potable, la sécurité alimentaire. Tous les indicateurs montrent un grand écart avec la situation des pays développés, singulièrement en matière d’espérance de vie (NDLR : environ 62 ans en Afrique subsaharienne, contre plus de 81 ans dans l’Union européenne). Aussi, depuis la seconde partie du XXe siècle, les États occidentaux, mais aussi des ONG, n’ont eu de cesse de développer l’aide internationale en santé.
Concrètement, comment cela se traduit-il ?
Notamment par des programmes de soutien aux infrastructures et à l’organisation des soins : création et accompagnement de dispensaires et d’hôpitaux, consultations avancées dans des zones peu accessibles, mise à disposition de matériel pour réaliser des tests diagnostiques, organisation de chaînes d’approvisionnement en médicaments. Il y a aussi tout un volet de prévention qui ne repose pas uniquement sur la vaccination, mais aussi sur l’éducation à l’hygiène, l’accès à une eau saine et à une alimentation suffisante. À cela s’ajoute une dimension de recherche, vraiment importante, sur l’épidémiologie des maladies, notamment infectieuses. Elle porte également sur les modes d’intervention, les meilleures façons de vacciner, de diagnostiquer et de traiter. Tout cela est mis en péril par le désengagement actuel.

Tout cela et plus encore ? L’aide en santé ne profite-t-elle qu’aux pays soutenus ? N’est-elle pas aussi la clé de voûte d’un système mondial d’alerte destiné à protéger la communauté internationale contre des risques tels que les pandémies ?
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