Les intelligences artificielles ne se contenteront bientôt plus de nous répondre : elles agiront pour nous, anticiperont nos besoins et organiseront notre quotidien. Antoine Buéno décrit comment l’Agent, cet assistant omniprésent, pourrait devenir notre confident, puis notre directeur de conscience.
Un entretien publié par l’hebdomadaire Paris Match Belgique, le 10 septembre 2026, repris par Paris Match.be, le 12 septembre 2028.
Nous sommes désormais familiers de l’IA générative, notamment à travers des outils tels que ChatGPT, Gemini, Claude ou Copilot, avec lesquels tout un chacun peut converser, chercher de l’information, cocréer des textes, des images et de la musique. Mais voici déjà les prémices de la révolution « agentique ». En quoi va-t-elle transformer notre rapport à l’IA et notre regard sur le monde ?
Antoine Buéno. Pour la plupart d’entre nous, le rapport aux IA se résume à un dialogue par questions et réponses. Nous formulons une demande, elles produisent un résultat, puis ces outils attendent une nouvelle sollicitation. Dans cet usage ordinaire, les IA ne prennent pas encore spontanément l’initiative de nous alerter, de poursuivre une mission ou d’agir dans le monde réel. La révolution agentique, c’est le passage de cette IA qui répond à une IA qui agit. Du reste, cette évolution a commencé, mais elle est encore embryonnaire : des IA génératives intègrent déjà des fonctions agentiques qui peuvent effectuer des recherches, travailler dans des applications, exécuter des opérations sur un ordinateur de manière autonome. On peut déjà créer une veille automatisée, demander à une IA de trouver de l’information, de l’analyser et de nous en restituer périodiquement le résultat sans qu’il soit nécessaire de lui répéter les instructions. Ces « proto-agents » peuvent réserver un voyage, remplir un formulaire, classer des fichiers, envoyer un message ou coordonner plusieurs logiciels. Mais il s’agit encore de fonctions fragmentaires, spécialisées et discontinues : l’utilisateur doit définir précisément la mission, autoriser l’accès aux outils et reprendre la main à différentes étapes. Ces systèmes ne connaissent que les données que nous leur concédons ponctuellement et ont une mémoire limitée. Ils ne sont pas encore en mesure de piloter toutes nos activités en continu.
Cela va donc évoluer ?
Énormément et rapidement, oui. Ce qui vient, c’est l’intégration des fonctions agentiques actuelles dans un Agent général et omniprésent. La nouveauté ne résidera pas dans chacune de ses capacités considérées isolément, puisque certaines existent déjà, mais dans leur réunion au sein d’un même système personnel, capable de les mobiliser de manière autonome pour quadriller tous les domaines de notre vie. Autrement dit, l’IA agentique sera en capacité d’organiser notre existence de A à Z. Notre Agent deviendra notre principal intermédiaire avec le monde. Il planifiera l’exécution d’innombrables tâches. Disposant d’une mémoire étendue, il pourra agir dans la durée. Plus besoin de devoir continuellement lui rappeler qui nous sommes, nos préférences. Il connaîtra toute notre histoire : situation familiale, santé, habitudes, relations, projets… Et il en apprendra toujours plus par nos interactions. Il interagira au quotidien avec nous, il nous conseillera avec une pertinence qu’aucun assistant humain ne pourrait égaler.
« L’Agent deviendra notre confident, notre souffre-douleur, notre meilleur ami, voire notre grand amour »
À vous lire, on comprend que l’Agent sera le fruit du « grand décloisonnement des IA »…
Lire la suite sur le site de Paris Match Belgique (texte en accès « membre » = abonnement gratuit)

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