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Le blog de Michel Bouffioux

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Les articles et vidéos du journaliste belge Michel Bouffioux


L'histoire méconnue de Marcel Terfve, tué 15 minutes avant l'Armistice du 11 novembre 1918

Publié par Michel Bouffioux sur 9 Novembre 2017, 10:57am

Catégories : #Paris Match Belgique

LE TRAGIQUE DESTIN DU DERNIER SOLDAT BELGE TUE PENDANT LA GRANDE GUERRE

Désormais en accès libre sur ce site. Un article publié dans Paris Match Belgique, le 9 novembre 2017.

L'histoire méconnue de Marcel Terfve, tué 15 minutes avant l'Armistice du 11 novembre 1918

Pour lire l'article, cliquez sur le lien.

10 h 42, le 11 novembre 1918. Sur le bord du canal de Terneuzen, près de Gand, un sous-officier belge tombe, atteint d’une balle dans le poumon gauche. Il meurt à 10 h 45… Quinze minutes seulement avant l’armistice. Marcel Toussaint Terfve, originaire de Liège, avait 24 ans. A la différence de son collègue Auguste Fonck, le premier soldat belge tué pendant la Grande Guerre, aucun monument ne le célèbre. Le dernier militaire belge tué pendant la Grande Guerre serait encore un « soldat inconnu » s’il n’y avait eu les récentes recherches du lieutenant-colonel Rob Troubleyn, spécialiste du premier conflit mondial au Musée de l’Armée à Bruxelles.

Le dernier militaire belge tué pendant la Grande Guerre serait encore un « soldat inconnu » s’il n’y avait eu les récentes recherches du lieutenant-colonel Rob Troubleyn, spécialiste du premier conflit mondial au Musée de l’Armée à Bruxelles.

Le dernier militaire belge tué pendant la Grande Guerre serait encore un « soldat inconnu » s’il n’y avait eu les récentes recherches du lieutenant-colonel Rob Troubleyn, spécialiste du premier conflit mondial au Musée de l’Armée à Bruxelles.

Ce récit commence là où la vie d’un homme s’est terminée. Au bord du canal Gand-Terneuzen, en Flandre-Orientale, tout près d’une localité dénommée Kluizen. Là où un certain Marcel Toussaint Terfve, caporal au 1er régiment de ligne, est mortellement touché par une balle allemande venue de l’autre rive. On tente bien de le soigner sur place, mais c’est peine  perdue. Le poumon gauche est perforé, la mort est inévitable. Elle emporte ce volontaire de guerre à 10 h 45, le 11 novembre 1918, quinze minutes avant le début effectif de l’armistice, un quart d’heure seulement avant que les fusils ne cessent de cracher le feu. Plus de 40 000 soldats belges ont perdu la vie pendant la Première Guerre mondiale. Destin tragique, ce Liégeois est le dernier d’entre eux à tomber sur le front.
 

Pour autant, ne cherchez pas le nom de Marcel Terfve dans les livres d’histoire : inconnu au bataillon des célébrités de la Première Guerre ! En Belgique, on commémore le cavalier Antoine Fonck, le premier soldat tombé lors d’une reconnaissance téméraire à Thimister-Clermont, le 4 août 1914, le jour de l’invasion du pays par les Allemands. Il y a aussi un monument pour rendre hommage aux deux premiers fantassins, Maulus et Van Gastel, tués en bord de Meuse, à Visé. Et encore un autre pour honorer le premier officier, Camille de Menten de Horne, un capitaine-commandant du 2e lanciers qui perdit la vie le 5 août 1914 à Strivay, en région liégeoise. Il existe même une stèle qui rappelle, à Ville-sur-Haine dans le Hainaut, le destin tragique de George Lawrence Price, le dernier soldat canadien tué pendant la Grande Guerre… Mais le dernier Belge mort au combat n’a jamais été mis en évidence.
 

Ce n’est pas que la question des « derniers de la der des der » ait été totalement ignorée. A Eke, une commune de l’entité de Nazareth située à quelque 15 kilomètres au sud de Gand, posée à proximité d’un pont qui enjambe l’Escaut, une plaque en cuivre indique : « Hommage aux grenadiers, derniers tués de l’armée belge, morts ici le 11 novembre 1918. ». Ce n’est pourtant pas à cet endroit mais au bord du canal de Terneuzen, plus de 20 kilomètres au nord de Gand, que le lieutenant- colonel Rob Troubleyn nous a fixé rendez-vous pour évoquer le dernier soldat belge tombé au combat pendant la Première Guerre mondiale. Œuvrant au Musée de l’Armée, ce spécialiste de la guerre 1914-1918 est catégorique : « La plaque d’Eke commémore une fausse information ! Bien entendu, le 2e grenadiers a participé à la grande contre-attaque victorieuse
de l’armée belge entre septembre et novembre 1918, et il est tout aussi vrai que ce régiment perdit plusieurs hommes dans les dernières heures des combats. Mais ces décès sont antérieurs à celui du Liégeois Marcel Terfve, sur la rive gauche de ce canal, le 11 novembre à 10 h 45.
»

Soldat inconnu, soldat oublié, soldat ignoré, il n'a même plus de tombe. En France, au Canada, aux États-Unis, en Grande Bretagne, les "derniers" de la der des der font l'objet d'évocations, de discussions, voire de monuments...

Un ouvrage de référence publié en 1927, « Historique des régiments de grenadiers », évacue tout débat possible. Ses auteurs écrivent : « (Le 11 novembre), au 2e grenadiers, les tirs d’artillerie ennemis font encore des victimes et causent la mort du premier-sergent-major De Naeyer (...) et du grenadier Brankaer de la 9e compagnie. Ces tirs cessaient vers 6 heures devant notre front. » Soit près de cinq heures avant le dernier tir allemand venu de la rive droite du canal de Terneuzen, celui qui emporta le Liégeois Terfve. Sur la même ligne de front certes, mais 30 kilomètres plus au nord.
 

Que sait-on de celui qui fut le dernier tué au front parmi les soldats belges ? « Dans la vie civile, ce célibataire était inspecteur d’assurances », explique Rob Troubleyn. « Au tout début de la guerre, alors qu’il avait 20 ans, il s’est porté volontaire pour défendre son pays. Il a donc participé à toute l’épopée du 1er régiment de ligne. La défense de la ligne de la Gette, la retraite sur la place fortifiée d’Anvers au début de la guerre, la bataille de l’Yser en octobre 1914, la chute de Dixmude où il y eut beaucoup de pertes et puis les années de résistance dans les tranchées, dans cette toute petite portion de territoire, au nord, là où, sous le commandement du roi Albert Ier, le drapeau belge flottait encore. Disposant d’un bagage scolaire suffisant, il a suivi des cours en France pour devenir officier, mais alors qu’il avait obtenu le grade d’adjudant et qu’il était revenu sur le front pour bientôt passer sous-lieutenant, il a demandé à être rétrogradé au grade de caporal. Cela peut paraître étonnant, mais ce n’est pas un cas unique : il s’agissait, pour ceux qui faisaient un tel choix, de privilégier la possibilité de rester dans leur unité, au front, au contact d’autres soldats avec lesquels ils avaient passé plusieurs années et qui étaient devenus plus que des amis. C’est une belle démarche qui montre que ce Marcel Terfve avait des valeurs. »
 

A partir de la fin septembre 1918, le régiment du 1er de ligne participe à la grande contre-offensive des Belges, désormais en mesure de reconquérir leur territoire. Cette opération va être rapidement couronnée de succès, accélérant l’issue d’une guerre que les stratèges alliés voyaient initialement se terminer en 1919. Après avoir conquis la crête des Flandres (Westrozebeke, Passendale), ils franchissent le canal de dérivation de la Lys en octobre et voici qu’ils prennent position, dès le début novembre, à Kluizen, sur la rive gauche du canal de Terneuzen. « Les Allemands, à bout de forces, avaient créé une ultime ligne de défense sur la rive droite », reprend Troubleyn. « Les Belges étaient prêts à poursuivre leur avancée. Leur offensive devait reprendre dès le 10 novembre, mais elle fut été reportée en raison des négociations en vue de la reddition de l’ennemi. Aux soldats, l’état-major a tenté de faire croire que ce report était lié à un problème momentané de pénurie de munitions. L’idée était de garder les troupes mobilisées le plus longtemps possible. Le 11 novembre, à 6 h 40, le 1er de ligne a enfin reçu un message du haut commandement lui annonçant que la fin des hostilités était fixée à 11 heures précises. Ce message a été confirmé à 9 h 08. Dans le cahier journalier de l’unité, un officier notait cependant qu’il y avait encore un nid de mitrailleurs allemands sur la rive d’en face… Et un peu plus d’une heure plus tard, il précisait que, se trouvant au bord du canal, trois soldats belges avaient été abattus par une rafale. Deux d’entre eux étaient gravement blessés, dont Marcel Terfve qui perdit la vie à 10 h 45. »
 

Une mort évitable ? « C’est mon sentiment. Je crois qu’il s’agit d’une mort par imprudence », répond l’auteur de cette découverte. « Je suis persuadé que Terfve et ses collègues étaient au courant de l’issue toute proche de la guerre. Des moments pareils incitent sans doute à un léger relâchement… Peut-être à marcher quelques instants sur la rive d’un canal, à trop lever la tête. On ne connaîtra jamais tous les détails, mais c’est évidemment une tragédie. Jusqu’à ce moment fatal, ce volontaire liégeois était un survivant, voire un miraculé. Il avait survécu à des combats terriblement meurtriers, aux attaques au gaz, aux tranchées avec leur lot de maladies. Quatre ans d’enfer. Il ne restait que quelques minutes à tenir. Quelques minutes de trop. Autant révoltante que stupide, cette mort est évidemment moins glorieuse que celle des grenadiers d’Eke, tombés dans le cadre d’une mission de reconnaissance. Ceci explique peut-être un trop long silence, l’absence de plaque de cuivre, d’un monument… »

 

Ainsi, le « dernier » belge de la « der des der » est resté un soldat inconnu. Il n’a même plus de tombe. Selon des documents militaires, sa dépouille fut transférée le 31 septembre 1921 au cimetière de Mons-Crotteux, en région liégeoise. Toutefois, l’administration de Flémalle nous indique qu’« après diverses recherches dans les cimetières de la commune et également dans le caveau des anciens combattants, aucune trace de Marcel Terfve n’a été trouvée ». Cet histoire est donc aussi celle d’un soldat disparu, d’un soldat oublié… Evaporé. Mais pour le lieutenant-colonel Troubleyn, elle mérite d’être racontée et mieux, elle devrait être mise en avant : « Il y a tout dans la courte vie de ce jeune homme. Le courage évident de son engagement volontaire pour défendre le pays, la solidarité exprimée notamment par sa décision de ne pas monter en grade pour rester au contact de ses camarades d’unité et, bien sûr, l’horreur de la guerre qui tua encore jusqu’aux derniers instants. Sans nécessité. Arbitrairement. Au hasard d’un tir inutile et d’un moment d’imprudence. Tous, nous aurions pu être ce Marcel Terfve ou l’un des quelques 40 000 autres soldats belges morts entre 1914 et 1918. »
 

Au bord du canal de Terneuzen, à Kluizen, il y a largement assez de place pour édifier un monument qui rappellerait l’histoire extraordinaire de cet homme ordinaire. « Mais le plus beau monument », conclut Troubleyn, « serait que l’on parle de lui, qu’on le reconnaisse, que son souvenir ne soit pas perdu. A un mois près, il allait avoir 25 ans… »

L'histoire méconnue de Marcel Terfve, tué 15 minutes avant l'Armistice du 11 novembre 1918
L'histoire méconnue de Marcel Terfve, tué 15 minutes avant l'Armistice du 11 novembre 1918

D'autres derniers sont considérés comme des héros...

Durant la dernière journée de la Première Guerre mondiale, alors que l’armée allemande était à bout de souffle et que l’issue du conflit ne faisait plus aucun doute, des milliers de soldats tombèrent encore. Des blessés, des disparus et des morts aussi inutiles que celle du belge Marcel Terfve. Si, en Belgique, la question du dernier parmi les derniers soldats tués n’a pas suscité beaucoup d’intérêt à ce jour, ce n’est pas le cas, loin s’en faut, à l’étranger.

9 H 30, George Edwin Ellison

Cet homme était vraisemblablement très résistant. Originaire de Leeds, où il est né en 1878, George Edwin Ellison s’engage très jeune dans l’armée britannique, ce qui le conduira notamment à participer à la guerre des Boers. En 1912, il se marie et décide concomitamment de revenir à la vie civile. Il travaille alors à la mine. Selon Yves Bourdon, un passionné de l’histoire de Mons pendant les deux guerres, « ce cavalier expérimenté est rappelé en 1914 et affecté au 5e Royal Irish Lancers. Au début de la guerre, il participe à la bataille de Mons, à la retraite et ensuite à ce qu’on a appelé la “course vers la mer”. Plus tard, il survit à la bataille d’Ypres et lors de la stabilisation du front, il surmonte l’épreuve des tranchées, les attaques inutiles dans la boue et dans le froid, les gaz, les maladies liées à des conditions de survie effroyables. Le 11 novembre 1918, l’homme a un statut de quasi-miraculé. Des 100 000 Britanniques qui ont connu les premières heures de la guerre, 5 % à 10 % seulement ont survécu. Et à quelques minutes de l’armistice, le revoici sur son cheval, en région montoise à nouveau, du côté du bois d’Havré où un nid de mitrailleurs allemands, tirant sans grande conviction, a été repéré. Il décide de rebrousser chemin, avec la volonté d’appeler l’infanterie à la rescousse pour déloger cet ultime foyer de résistance. Il est 9 h 30. Une balle, celle d’un tireur isolé, l’atteint mortellement. » L’histoire de ce soldat – qui ressemble à celle du Belge Marcel Tervfe – est connue dans son pays d’origine. Elle a fait l’objet d’articles de presse, de reportages télévisés, notamment sur la BBC. A Mons, au cimetière de Saint-Symphorien, la tombe de G.E. Ellison, le dernier militaire britannique tombé en 1918, est régulièrement visitée. Elle se trouve juste en face de celle du lieutenant Maurice Dease, le premier officier britannique à s’être fait décerner la Victoria Cross, à titre posthume, pour s’être comporté héroïquement dans la défense d’un pont de chemin de fer à Nimy, le 23 août 1914.

10 H 55, Augustin Trébuchon

L'histoire méconnue de Marcel Terfve, tué 15 minutes avant l'Armistice du 11 novembre 1918

En France, la question du dernier soldat tué pendant la « Grande Guerre » fait débat, voire polémique. Pendant longtemps, les forces armées ont nié qu’il eût pu y avoir des morts dans ses rangs le dernier jour des combats. Ainsi, le décès d’Augustin Trébuchon, le 11 novembre 1918 à 10 h 55 (ou dix minutes plus tôt, selon les sources) fut initialement déclaré à la date du 10 novembre ! Cette version officielle a vécu. Berger dans la vie civile, ce Lozérien faisait partie de la 9e compagnie d’un régiment de la 163e division d’infanterie. Y jouant le rôle d’estafette, il reçoit une balle en pleine tête, un tir isolé, alors qu’il porte un message à un capitaine dans la localité de Vrigne-Meuse dans les Ardennes françaises. Il avait 40 ans. Comme Ellisson et Marcel Terfve, Augustin Trébuchon était au front depuis le tout début de la guerre, et avait participé à presque toutes les batailles : la Marne, Verdun, l’Artois, la Somme... A Rethondes, dans l’Oise, non loin du lieu où fut signé l’armistice, un jardin de la mémoire honore le dernier Français de la der des der, tandis qu’un clos porte son nom à Vrigne-Meuse. Fin de la discussion ? Loin s’en faut. Il y a quelques années, le Belge Jean-Emile Andreux, établit qu’un autre soldat appartenant au même régiment aurait été victime d’un tir d’obus allemand dans la même zone de combat, à 10 h 55. Pour Jean-Dominique Merchet, un journaliste spécialisé dans les questions de défense, il pourrait s’agir d’un certain Jules Achille, originaire de Mayenne. Toutefois, René Richard, le président de l’association « Bretagne 14-18 », avance que le dernier soldat français tué au front lors de la Grande Guerre serait Auguste Joseph Renault, né à Saint-Trimoël, dans les Côtes-du-
Nord, et tué à 10 h 58, le 11 novembre 1918…

10 H 58, George Lawrence Price

L'histoire méconnue de Marcel Terfve, tué 15 minutes avant l'Armistice du 11 novembre 1918

« En ce 11 novembre 1918, à l’instant ultime où la paix se signait, tu tombais pour nous, dernière victime d’un triste conflit. Merci, George Price ! Une goutte de ton sang souillait cette simple fleur que tu cachais sur ta poitrine. » Ces mots ont été écrit par une institutrice belge de Ville-sur-Haine (Le Roeulx), qui assista, devant sa maison, près du canal du centre, à la brève agonie d’un jeune homme de 25 ans. George Lawrence Price, originaire de Nouvelle-Ecosse, sur la côte Atlantique du Canada, faisait partie du 28e bataillon d’infanterie.
« Le 11 novembre 1918, il s’engage volontairement avec cinq autres hommes dans une ultime opération de sécurisation d’un pont. Touché par le tir d’un sniper à 10 h 57, il meurt une minute plus tard. Dans l’une de ses poches, l’institutrice trouve une feuille d’érable en velours, tâchée de sang. Elle place cette relique sous verre. 73 ans plus tard, elle sera récupérée par le neveu du héros », nous explique Yves Bourdon. En 2014, le ministre canadien des Anciens combattants s’est aussi déplacé dans le Hainaut belge pour se recueillir devant le monument dédié à ce soldat qui a fait l’objet d’un docu-fiction réalisé par une société de production de Toronto. Au cimetière de Saint-Symphorien, à Mons, la tombe de George Price, le dernier soldat du Commonwealth mort au combat, fait face à celle de John Parr, le premier soldat britannique à être tombé sur
le front occidental, le 21 août 1914. 
 

10 H 59, Henry Gunther

L'histoire méconnue de Marcel Terfve, tué 15 minutes avant l'Armistice du 11 novembre 1918

9,7 millions… C’est le nombre de militaires qui perdirent la vie tout au long de cette guerre. Et dans les rangs de ceux-ci figure le dernier Américain tué au front, un soldat qui est aussi considéré comme le dernier mort des alliés. Dans le civil, Henry Gunther était employé de banque à Baltimore. Il rejoint le front en juillet 1918, alors qu’il vient de fêter son 23e anniversaire. Affecté au 313e bataillon d’infanterie, il se trouve à Chaumont-devant-Damvillers, dans la Meuse, le 11 novembre 1918. Comme les autres, il sait que la guerre est presque finie. C’est imminent, c’est pour 11 heures. Mais une minute avant le moment de la délivrance, la mort frappe à sa porte. A moins qu’il ne soit allé la chercher ? Ce jour-là, il y a du brouillard. Gunther et deux autres soldats américains marchent, baïonnette au canon, vers une position allemande. Des tirs retentissent, les balles passent au-dessus des têtes des Américains qui se couchent. Mais l’un d’entre eux, Gunther, se relève et continue d’avancer quelques pas, avant d’être tué par une rafale de mitrailleuse. Le « dernier » Américain fut nommé sergent. A titre posthume. Son histoire a fait l’objet d’un roman et d’un long métrage. A Ville-devant-Chaumont, un monument lui rend hommage.

12 H 10, Erwin Thomae

C’est encore dans les Ardennes françaises, non loin de la frontière belge, que se joue le dernier acte de cette tragédie. Nous sommes à Inor, à environ 30 kilomètres de Florenville. L’heure de l’armistice a déjà sonné, alors que le 3e bataillon du 356e régiment d’infanterie américain mène encore un assaut. A sa tête, le colonel Allen ne reçoit l’information relative à la cessation des hostilités qu’à 11 h 40. Et il est déjà 12 h 15 quand l’officier qui dirige le 3e bataillon est lui-même informé. Dans l’intervalle, à 12 h 10, la compagnie du lieutenant Léon Shinn tombe à nez à nez avec trois cavaliers du 19e régiment de uhlans. Sans savoir que la guerre est finie, les Américains font feu, blessant le lieutenant Erwin Thomae. Soucieux de ne pas se rendre, l’officier prussien prend aussitôt son arme et la retourne vers lui, tandis que les soldats qui l’accompagnaient sont fait prisonniers. Ainsi donc, le dernier soldat tué pendant la Grande Guerre s’est lui-même donné la mort… Une mort inutile parmi tellement d’autres. Certains historiens ne considèrent pas Thomae comme étant le dernier tué allemand de cette guerre, parce qu’il est mort alors que celle-ci était terminée depuis 11 heures. De leur point de vue, le dernier des derniers Allemands est le sous-lieutenant de réserve Leonhard Eckel, tombé le 10 novembre 1918, dans les environs de Manheulles, dans le département de la Meuse.

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