Un article écrit en collaboration avec Sergio Carrozzo, publié l’hebdomadaire Télémoustique le 7 novembre 1994.
« Chaque matin, je me regarde dans le miroir et je me répète : je me plais, je me plais, je me plais. Souvenez-vous : si on se plaît à soi-même, on plaira aussi aux autres. » Dixit Silvio Berlusconi, fils d’un modeste employé de banque et d’une ménagère devenu le « patron » de l’Italie.
Un beau bébé, joufflu, comme les aiment les Italiens. Qui gazouille et prononce avec une touchante maladresse ses premières syllabes : « Forza Italia »… En ce printemps 1993, alors que l’opération « Mani Pulite » a déjà décimé l’establishment politico-économique italien, que la Première République ne respire plus que par à-coups, ce petit bout d’homme voudrait incarner l’espoir, l’optimisme : « Allez l’Italie », on va s’en sortir, on va gagner ! Par cette affiche qui couvre les murs de Milan à Palerme, « Sua Emittenza », « Il Cavaliere », « Berluskaizer », bref, Silvio Berlusconi vient de faire son entrée dans l’arène politique. Subtilement. Avec l’apparente innocence d’un nourrisson qui, tel David, tombeur de Goliath, s’attaquera bientôt au chaos et à la corruption généralisée des institutions italiennes.
Moins d’un an plus tard, le beau, le riche, le grand Silvio, celui que toutes les « mamas » auraient bien voulu avoir comme beau-fils, crée enfin son parti-entreprise : « Forza Italia ». Suivent de près les législatives de la fin mars 1994 et la victoire au moins aussi inattendue que spectaculaire du tycoon milanais. Avec, au bout de son irrésistible ascension, le poste de président du Conseil… « Un coup d’État médiatique », commente alors le philosophe italien Paul Virilio à propos de cette entrée de l’homme d’affaires lombard dans l’arène politique. Il est vrai que l’énorme influence des multiples télés et journaux appartenant à « Citizen-Silvio » dénature sans aucun doute le jeu démocratique transalpin (lire aussi « Les tentacules de Silvio », page 31). Mais comme fascinés par la réflexion sur leur propre pouvoir, les médias, à l’exception de quelques francs-tireurs de la presse italienne, restent unanimement muets sur les zones d’ombre inquiétantes qui entourent la vie de l’homme le plus puissant de la péninsule.
Derrière le « Dottore » Berlusconi, il y a pourtant un « Mister Hyde », un alter ego peu flatteur qui suit comme son ombre celui que rien, a priori, ne destinait à un pareil destin.
ENFANT, ON LE SURNOMMAIT « MANDRAKE »
Silvio Berlusconi naît à Milan le 29 septembre 1936. Son père, employé de banque, et sa mère, ménagère, vivent dans un modeste appartement situé dans le quartier populaire, pour ne pas dire pauvre, de la via Volturno, à deux pas du siège lombard du Parti communiste italien. Mais le bolchevisme n’est pas la religion des Berlusconi qui préfèrent confier l’éducation du petit Silvio à des prêtres de la Congrégation salésienne.
Interne, durant l’adolescence, il mène une vie austère et disciplinée. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir (déjà) le sens des affaires : il lui arrive souvent d’aider ses condisciples à réaliser leurs devoirs… contre paiement. Peut-être aussi a-t-il déjà le don de la mystification, du spectacle et des paillettes. Car, très tôt, ses compagnons d’étude le surnomment Mandrake, du nom de ce fameux magicien, héros de BD. Le dimanche, c’est lui qui épaule l’opérateur qui projette le film hebdomadaire dans le cinéma du collège. Prémonitoire, sans doute, pour ce futur magnat de la télé privée italienne.
UN VÉRITABLE CONTE DE FÉES
Avant d’en arriver là, Silvio continue sa progression en vendant des aspirateurs. C’est ainsi qu’il parvient à financer ses études de droit. Une époque où il se transforme aussi de temps à autre en photographe de banquets, communions et autres mariages. À 21 ans, poursuivant parallèlement ses études universitaires, il devient employé au sein d’une entreprise de construction. Doué et entreprenant, il se passionne pour ce secteur d’activité et, quatre ans plus tard, il fonde sa première société : la Cantieri riuniti milanesi. Nous sommes en 1961. Berlusconi dispose d’un peu d’expérience. Il est aussi juriste diplômé avec la plus haute distinction de l’Université de Milan. Mais il n’a pas de moyens financiers.
C’est alors que des « fées » bienveillantes ou de généreux « parrains » ? se chargent de lui donner un petit coup de pouce. Durant une bonne partie des années soixante, des flots d’argent dont l’origine reste officiellement inexpliquée — à moins qu’elle soit inexplicable — lui arrivent ainsi de Suisse, sous forme de prêts. Tout au plus connaît-on le nom de l’organisme financier qui alimentait le futur Premier ministre italien : la « Aktiengesellschaft für Immobilienanlagen in Residenzentren Ag », installée à Lugano. Quant à savoir pour qui elle agissait ? Mystère.
Grâce à cette manne suisse, Berlusconi parvient, en quelques années, à se faire une place au soleil dans le secteur milanais de la construction. Mieux. Dès 1968, il apparaît déjà comme le plus entreprenant et le plus ambitieux parmi ses pairs de Lombardie. Dans la presse locale, l’on commence d’ailleurs à l’affubler du sobriquet de « constructeur d’assaut ». Il faut dire qu’à l’époque, Silvio venait d’obtenir les appuis politiques nécessaires à la réalisation d’un immense projet urbanistique : « Milano 2 ». Sur des centaines de milliers de mètres carrés, immeubles, rues, ponts, avenues apparaîtront pour donner vie à une ville nouvelle de 4 000 habitants.
AVEC LES COMPLIMENTS DE SES FRÈRES
Silvio Berlusconi aurait pu se satisfaire d’être reconnu comme l’un des grands entrepreneurs milanais. Mais il en veut plus, beaucoup plus. Et une nouvelle fois, au milieu des années septante, de « généreuses fées » sont là pour lui permettre de franchir l’étape suivante de son ascension : la conquête du marché médiatique transalpin. Sa première chaîne de télévision, Telemilano cavo, fonctionne en circuit fermé dans les immeubles de Milano 2, dès 1974… Un an plus tard, les nouveaux « parrains » de Silvio se mettent en action. Il s’agit cette fois des administrateurs de la Banca Nazionale del Lavoro (BNL), un des principaux organismes bancaires d’État. D’importantes facilités de crédit sont accordées à l’industriel lombard qui étend rapidement ses activités, principalement dans le domaine audiovisuel.
À l’époque, la bien attentionnée BNL était truffée de membres de la loge maçonnique subversive P2. Une simple coïncidence ? Peut-être pas, dans la mesure où Berlusconi fut, lui aussi, l’un de ces « frères » noirs qui complotaient contre la démocratie italienne (lire aussi « Silvio et ses frères », ci-contre). Pour information, quelques années plus tard, la BNL défraiera encore la chronique pour avoir apporté un soutien financier occulte au régime de Saddam Hussein, avant d’être à nouveau éclaboussée par le scandale de la BCCI.
Parmi ceux qui aidèrent Berlusconi dans sa conquête de l’Italie, il y a également Ercole Doninelli, personnage discret mais influent, il gère la Fimo, une fiduciaire jouant les « entremetteurs » entre donateurs et demandeurs de fonds. Cette société va largement contribuer à financer des opérations de l’empire berlusconien. Cet allié de l’industriel milanais allait lui aussi faire parler de lui : en 1989, la Fimo fit la une des médias italiens : l’un des courtiers qu’elle employait, Giuseppe Lottusi, était pris la main dans le sac alors qu’il tentait de recycler des narcodollars. Le nom de la Fimo est aussi apparu, il y a quelques mois, dans le dossier Pineau-Valenciennes, puisqu’elle détenait des parts de capital de PB Finances, une filiale belge du groupe Schneider soupçonnée d’avoir servi de société paravent pour éluder le fisc, voire pour blanchir de l’argent sale.
Comme on le voit, les appuis de « Sua Emittenza » dans le monde de la finance sont parfois discutables. Du côté de la politique, par contre, on a pu croire pendant un certain temps qu’il fréquentait du beau linge. Aujourd’hui, avec le recul, on se rend compte avec effroi à quel point celui-ci était sale. Car dire que Berlusconi est un produit de l’ancien régime, de cette république de la fraude et de la corruption balayée par « Mani Pulite » n’est pas, tant s’en faut, une formule de style.
DIVERSIFIER LES INVESTISSEMENTS EN AMITIÉ
Son premier allié politique de poids, celui qui l’accompagna dans sa prise de contrôle du monde des télés privées au détriment de la télé publique, fut l’ex-président du Parti socialiste italien, Bettino Craxi. Mais cet homme politique milanais n’était pas assez puissant aux yeux de « Berluskaiser », qui eut tôt fait de « diversifier » ses investissements en amitiés. Il se lia également à l’ex-secrétaire général de la Démocratie chrétienne, Arnaldo Forlani, et à l’ex-indéboulonnable président du Conseil italien, Giulio Andreotti. Tant ces hommes semblaient unis par un pacte secret, on parla longtemps en Italie du CAF (Craxi–Andreotti–Forlani) pour surnommer ce trio politique. Avant les ravages de l’opération « Mains propres », les collaborateurs directs du « Dottore » Berlusconi n’hésitaient pas à affirmer, tonitruants : « Silvio voudrait être le porte-parole du CAF… » Il y a de ces déclarations passées que l’on n’a certainement pas envie de ressortir du côté de « Forza Italia ».
Surtout lorsque la justice italienne établit aujourd’hui que le « CAF » n’était qu’un trio de corrompus-corrupteurs ayant largement contribué à la déliquescence des institutions de la 1re République italienne. Craxi, qui vit actuellement un exil doré en Tunisie, a été condamné, fin juillet 1994, à huit ans de prison et reconnu coupable de complicité dans la faillite frauduleuse du Banco Ambrosiano. Un énorme scandale financier qui mit aussi en cause Licio Gelli, le vénérable maître de la Loge P2, des hommes d’affaires véreux liés à la Mafia, tels Michele Sindona et Roberto Calvi (tous deux « supprimés »), et enfin l’ex-grand argentier du Vatican, Mgr Paul Marcinckus. Dans le cadre de cette énorme opération d’évasion fiscale et d’escroquerie à l’emprunt, 1,2 milliard de francs se sont envolés dans la nature. Une partie de cet argent est arrivée dans les poches de Gelli. Quelques dizaines de millions se sont aussi égarés du côté de la Mafia. Pour le reste, mystère.
Mais revenons à l’ami de toujours de Berlusconi, Bettino Craxi. Celui-ci est également impliqué dans une quarantaine d’autres dossiers pour corruption, concussion, violation de la loi sur le financement des partis. Les mêmes griefs que ceux formulés à l’encontre d’Arnaldo Forlani, secrétaire déchu de l’ex-Démocratie chrétienne. Quant au troisième larron du défunt « CAF », Giulio Andreotti, il est sous le coup de deux retentissantes enquêtes judiciaires : l’une pour participation à association de malfaiteurs de type mafieux ; l’autre pour concours dans l’homicide de Carmine Pecorelli, un journaliste proche des services secrets, qui en savait sans doute trop sur les assassinats de l’ex-Premier ministre Aldo Moro et du général Carlo Alberto Dalla Chiesa, l’une des figures-clés de la lutte anti-Mafia en Italie.
« MANI PULITE »
Voilà qui démontre en tout cas que l’actuel président du Conseil italien, l’ex-porte-parole du « CAF » devenu incarnation du « renouveau » politique italien, a su nager en eaux (très) troubles. A-t-il mordu, lui aussi, à l’hameçon des corrupteurs ? Beaucoup le supposent en Italie. Et d’ailleurs, son holding « Fininvest » est dans la ligne de mire des enquêteurs de « Mani Pulite » depuis plus d’un an.
En juin 1993, un dossier judiciaire était ouvert contre son plus fidèle collaborateur et ami, Fedele Confalonieri, pour « financement illégal de partis politiques ». Cette première salve tirée par le juge Di Pietro était suivie d’une autre, plus meurtrière, en juillet dernier, lorsque le frère de Silvio, Paolo Berlusconi, était arrêté pour avoir corrompu, en tant que responsable de la Fininvest, des membres de la Brigade des finances italienne. Mais le coup de grâce pourrait venir de l’enquête sur le conglomérat de télés à péage Telepiù, dont le holding berlusconien possède officiellement 10 % du capital. Pour comprendre cette affaire, il faut remonter à août 1990. À cette époque, le parlement italien adopte une loi antitrust interdisant à tout titulaire d’une concession de télévision de posséder plus de 25 % des chaînes nationales.
Mauvais plan pour Berlusconi qui dépasse le quota autorisé avec ses trois réseaux (Canale 5, Italia 1 et Rete 4), alors qu’il n’y a que neuf chaînes nationales en Italie. Mais voici qu’une nouvelle fois des « fées bienveillantes » se manifestent. En 1990, les sauveurs ne se trouvent plus à Lugano mais à Luxembourg, où une mystérieuse société appelée « CIT » investit un paquet d’argent dans Telepiù, qui accède ainsi au gabarit potentiel de réseau national. Un peu de lobbying de la Fininvest dans les sphères politiques et le tour est joué : Telepiù obtient le statut national. Berlusconi, avec ses trois stations, reste dans les normes autorisées. Rien à redire ? Wait and see… Car l’enquête « Mani Pulite » serait en passe de démontrer que des hommes de paille ont été placés à dessein dans l’actionnariat de Telepiù… et que des membres de la Garde des finances qui avaient découvert le pot aux roses ont été corrompus par la Fininvest afin d’étouffer le dossier.
En fait, la fameuse société luxembourgeoise « CIT », qui avait « gonflé » Telepiù au moment crucial de la loi antitrust, ne représenterait rien d’autre que les intérêts de Berlusconi. Et il en irait d’ailleurs de même pour un autre actionnaire important (25 %) du groupe Telepiù, le dénommé Renato Della Valle, un ami de longue date d' »Il Cavaliere ». Si ce dossier aboutit, c’est tout l’empire télévisuel de Berlusconi qui pourrait s’écrouler. D’un seul coup. Car Silvio pourrait voir aussitôt toutes ses concessions télévisées annulées. Un choc dont la Fininvest aurait bien du mal à se relever, dans la mesure où ce holding affiche d’ores et déjà un passif de 200 milliards de francs. Mauvais présage, en tout cas, pour une Italie que Silvio Berlusconi a promis de gérer sur le modèle de ses entreprises…
MIROIR, SILVIO EST-IL LE PLUS BEAU ?
C’est en tout cas ce que « Sua Emittenza » voudrait faire croire. À moins qu’il n’en soit lui-même déjà convaincu, lui qui déclarait naguère : « Quand j’étais jeune, j’étais un play-boy, et comme tous les play-boys je lisais Casanova. Grâce à lui, j’ai appris que celui qui veut, celui qui veut vraiment, peut devenir roi. » Car le ressort principal de l’homme qui dirige l’Italie n’est pas vraiment un goût immodéré du pouvoir et de l’argent. Bien entendu, il aime voyager dans l’un de ses hélicoptères, dans l’un de ses jets privés ou encore à bord de l’une de ses voitures hors série. Bien sûr, il se plaît à séjourner dans ses immenses et somptueuses villas, dont la principale, à Arcore, près de Milan, est d’ores et déjà pourvue d’un mausolée de marbre tellement imposant qu’il aurait fait pâlir d’envie Staline.
Il est bon aussi d’être le numéro un politico-médiatique de la Botte… Mais, comme le déclarait récemment un de ses proches collaborateurs à la presse italienne, « son principal désir, ce qui l’anime vraiment, c’est d’être un homme toujours plus populaire« . Voilà qui explique ses investissements dans le sport-spectacle et la télé à paillettes. Ce besoin de plaire constamment au plus grand nombre implique néanmoins certains dérapages. Ainsi, pour annoncer officiellement, le 26 janvier 1994, le lancement de « Forza Italia », Berlusconi utilise l’une de ses télévisions, Rete Quattro. Et afin qu’il apparaisse plus beau encore à son public, ses techniciens ont travaillé son image.
Miracle de l’électronique : Citizen Silvio semble rajeuni à l’écran. Un filtre spécial atténue la calvitie du futur Premier ministre et rend les cheveux qui lui restent légèrement plus sombres. En étirant l’image, lors des gros plans, son visage s’en trouve moins ridé. Ce souci obsédant des apparences, cette nécessité vitale de donner de lui l’image d’un homme parfait dictent sa conduite quotidienne. Il n’a pas oublié la vie de spartiate qu’il menait au collège salésien. Il se lève tous les jours à l’aube, se soumet à des séances de massage, fait son jogging, s’astreint à un régime alimentaire draconien composé de riz bouilli et légumes cuits, fait quotidiennement contrôler sa tension et son rythme cardiaque par ses médecins personnels. Même si pour cela il doit interrompre une réunion de travail importante.
LOGE P2 : SILVIO ET SES FRÈRES
Berlusconi Silvio. Milan. Industriel. Carte de membre numéro 625. Adhésion : 5 mai 1978. En règle de cotisation. Comme le prouvent ces annotations que les enquêteurs italiens découvriront au domicile du vénérable maître de cette tentaculaire loge maçonnique, Licio Gelli, Berlusconi adhéra à la Loge P2. Une évidence qu’il nia farouchement pendant des années, avant d’avouer, à quelques mois de la mise sur orbite de "Forza Italia". En précisant, pour sa défense, qu’il n’en connaissait pas la réelle nature. Cette déclaration frôle le mensonge. Car on ne devenait pas membre de cette franc-maçonnerie subversive "en méconnaissance de cause", comme l’affirmait Tina Anselmi, le président de la commission d’enquête parlementaire sur la P2. Mais on comprend aisément que Berlusconi tente de diminuer la portée de son adhésion après l’avoir cachée pendant des années.
Car, au nom de la Loge P2, s’attachent les pages les plus sombres et parfois les plus sanglantes de l’histoire de la déstabilisation de la démocratie italienne, au cours de ces vingt dernières années. Qu’on en juge : aides financières à l’extrême droite armée ; infiltration de tout l’appareil d’État, dont les services de renseignements et l’armée ; enlèvement et assassinat d’Aldo Moro ; assassinat du président de la région sicilienne Piersanti Mattarella ; attentats à la gare de Bologne du 1er août 1980 (85 morts) ; collusions avec la Mafia ; trafics d’armes et de drogue ; morts des banquiers véreux Roberto Calvi et Michele Sindona ; krach de la banque Ambrosiano, etc.
Sans qu’ils aient jamais pu le prouver formellement, des dizaines d’enquêteurs, de juges, de journalistes, d’hommes politiques ont émis l’hypothèse que certains membres de la tentaculaire loge étaient derrière ces tristes faits. Les membres de la Loge P2 (des fonctionnaires, les patrons des services secrets, des patrons de presse, des hommes politiques) caressaient, en réalité, un ténébreux projet : installer en Italie un pouvoir musclé et ultra-libéral. Comment ? Par la persuasion occulte, par la violence aveugle, par le noyautage de tous les centres névralgiques du pays. Et grâce au contrôle des médias. Par l’entremise du "frère" Berlusconi, dont le premier acte de vainqueur des élections fut de ramener les héritiers de Mussolini au gouvernement ?
EMPIRE : LES TENTACULES DE SILVIO
Fininvest : le vaisseau amiral de l’empire berlusconien… et une armada forte de 168 sociétés. Berlusconi est présent dans tous les secteurs de la vie économique italienne. Le holding Fininvest, quatrième groupe privé transalpin avec un chiffre d’affaires de 460 milliards de FB et plus de 27 000 personnes employées, est présent sur le marché de la distribution (Standa, Euromercato, Castorama, Supermercati Brianzoli), de l’épargne et de l’assurance (Mediolanum, Programma Italia), du sport (l’AC Milan, rugby, hockey, volley-ball), de la construction (Edilnord), du tourisme (Alba, Five Viaggi).
Il est aussi très présent dans le domaine de la communication :
Cinéma : Pentacinema, Pentafilm, Pentavideo, Cinema 5, Medusa Distribution, Berlusconi Communication, Théâtre Manzoni;
Télévision : Canale 5, Rete 4, Italia 1, Telepiù 1, 2 et 3, Five Records, Videotime ; Telecinco en Espagne et DSF en Allemagne;
Édition : seize maisons d’édition dont le géant Mondadori;
Presse : 27 titres dont les hebdomadaires Panorama, Epoca, le quotidien Il Giornale;
Publicité : Publitalia et Mondadori Pubblicità.
Au total, Berlusconi possède : 42 % des réseaux télévisés italiens, 33 % du marché des hebdomadaires, 49 % du marché publicitaire, 25 % du marché de l’édition. Il contrôle 80 % de la production et 90 % de la distribution cinématographique transalpine. Parce qu’il ne dispose que d’une faible assise au sein du marché des quotidiens — un petit 2 %, grâce au contrôle d’Il Giornale et aux sympathies de L’Indipendente — Silvio Berlusconi et ses associés envisagent de lancer le quotidien de « Forza Italia ». Voilà pourquoi, ces dernières semaines, des dizaines de titres ont été déposés. Le futur « canard » berlusconien pourrait s’inspirer de modèles existant en Grande-Bretagne ou aux États-Unis, comme USA Today. L’idée est de lancer un journal populaire, à bas prix, pour briser, selon Berlusconi, le monopole d’opinion dont jouiraient des quotidiens comme Il Corriere della Sera, La Repubblica ou encore L’Unità, tirés ensemble à des millions d’exemplaires chaque jour et qui ne cachent pas leur hostilité à l’égard du magnat milanais. Or Berlusconi n’aime pas qu’on ne l’aime pas. Bientôt donc un Forza Italia News ?
Lire aussi : « Intérêts occultes » : une mafia en Belgique ?
- Je rumine donc je suis : « Notre cerveau est programmé pour produire ces pensées spontanées »
- Symptômes médicaux inexpliqués : la détresse des patients, l’hypothèse de l’inconscient
- Johann Margulies, épuisé, douloureux, mais augmenté par sa quête de sens : « La maladie m’a donné une autre manière d’habiter l’existence »
- Êtes-vous sous emprise ? Comment se libérer des personnes toxiques
- Quand la technologie prétend réparer le climat : la géo-ingénierie est-elle une planche de salut ou un pari dangereux ?
1ère guerre mondiale Affaire Dutroux Asile Assurances Banditisme Belgique Bien être Climat Congo Covid Crise sanitaire Démocratie Désinformation Déstabilisation Elizabeth Brichet Enquête Entretien-portrait Environnement Escroquerie Estime de soi Etats-Unis Extrème droite Extrême droite Gladio Histoire Histoire coloniale Justice Marie-Noëlle Bouzet Mawda Modes de vie Monarchie Police Politique Psychologie Santé Santé publique Scandale politico-financier Science Seconde guerre mondiale Services de renseignement Social Société Solidarité Tueries du Brabant Violences policières












