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Alain Penning : « Une compagnie d’assurance bousille ma vie »

Michel Bouffioux par Michel Bouffioux
27 avril 2005
dans Ciné-Télé Revue, Social, Société
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Un entretien publié par l’hebdomadaire belge « Ciné-Télé Revue », le 28 avril 2005.

 

 

Affaire-Penning.jpg

Entrepreneur en électricité en région liégeoise, Alain Penning est à deux doigts de péter les plombs! Faut dire que cet homme a des raisons de se sentir passablement énervé. En décembre 2000, un employé d’un magasin sur lequel il terminait un chantier renverse son échelle avec un transpalette électrique. Conséquences : des fractures multiples et 1 an et demi d’interruption d’activité. Pour ne pas indemniser, un inspecteur de la compagnie qui assure le supermarché fabrique un faux témoignage de nature à innocenter l’employé du magasin! Cet inspecteur est d’ailleurs reconnu coupable du fait par le tribunal correctionnel de Liège. Dans la foulée, un jugement au civil donne également raison à l’électricien. Mais l’assureur s’obstine à ne pas vouloir payer et fait appel. Près de cinq ans que cela dure! Entre-temps, Alain Penning a tout perdu : son entreprise a fait faillite, sa maison a été hypothéquée et il est endetté jusqu’au coup. «A un moment, j’ai hésité entre le suicide ou le meurtre. Heureusement, j’ai pu me raisonner. Mais la colère est encore là. Je ne passe pas une nuit sans me réveiller en sursaut à l’idée que les gens de cette compagnie d’assurance bousillent ma vie», confie M. Penning.

 

– Comment commencent vos ennuis ?

– Le 6 décembre 2000, je mettais la dernière main à un chantier dans un nouveau supermarché à Barchon. Il s’agissait d’un travail de repérage et de bouclage de câbles vidéo qui se trouvaient dans le faux plafond de la réserve du magasin. Pour remplir ma mission, je me trouvais en haut d’une échelle, à environ 4 mètres du sol. C’était un travail urgent : le magasin venait d’ouvrir ses portes et il y avait pas mal d’effervescence. Simultanément, Claude L., un employé du supermarché, débarquait des marchandises d’un camion avec un transpalette électrique. Comme la réserve n’était pas très grande, à plusieurs reprises, j’ai dû interrompre mon travail et déplacer mon échelle pour le laisser passer avec son engin. Et puis, je me remettais à la tâche. Plus tard, Claude L. est repassé avec son transpalette sans rien me demander. Je n’ai pas vu venir le danger vu que toute la moitié supérieure de mon corps se trouvait dans le faux plafond et que je m’afférais à retrouver un câble; J’ai ressentis une violente secousse. L’échelle s’est écroulée et je me suis retrouvé par terre. J’étais étourdi et je souffrais énormément mais j’étais parfaitement conscient. Le transpalette se trouvait à proximité immédiate de l’échelle, ainsi que Claude L. Une ambulance a été appelée et je me suis retrouvé hospitalisé pendant plus d’un mois avec 18 fractures et une impossibilité de reprendre toute activité pour une durée d’un an et demi. Pour l’indépendant que j’étais, c’était une situation catastrophique. Comment allais-je honorer mes engagements auprès des banques et de mes fournisseurs si j’étais dans l’impossibilité de travailler? Mais trois jours plus tard, j’ai été quelque peu rassuré : Christophe H., le responsable technique du supermarché est venu me trouver à l’hôpital et il m’a expliqué que l’affaire était très claire : il avait parlé avec Claude L. et de cet entretien il ressortait que le conducteur du transpalette était clairement responsable de l’accident; Christophe H. me promettait donc qu’une déclaration en ce sens allait être faite à la compagnie d’assurance et que je serais rapidement indemnisé tant pour les frais d’hôpitaux que pour mon indisponibilité professionnelle.

 

– Jusque là, les choses se passaient donc normalement ?

– Tout à fait! C’était un accident stupide et évitable, mais bon, tout le monde semblait prêt à assumer ses responsabilités. Malheureusement, je me suis vite aperçu que quelque chose clochait. Dans les premiers jours qui ont suivi mon hospitalisation, je me suis enquis de l’avancement du dossier. J’ai d’abord constaté que le supermarché tardait à communiquer les informations nécessaires à sa compagnie d’assurance. A ma sortie d’hôpital, le dossier avait un peu avancé… mais à reculons. J’ai appris que Claude L. avait fait une déclaration démentant toute responsabilité dans l’accident! Il prétendait qu’au moment de l’accident, il n’avait pas encore utilisé son transpalette! Selon lui, il n’avait commencé son déchargement qu’après mon évacuation par l’ambulance! C’était un mensonge énorme mais il suffisait à la compagnie d’assurance pour estimer qu’elle ne devait pas m’indemniser. Il ne me restait donc plus qu’à porter l’affaire devant le tribunal civil.

 

– Mais avant de prendre position, une compagnie d’assurance envoie généralement l’un de ses inspecteurs sur les lieux de l’accident. Si elle l’avait fait, n’aurait-elle pas trouvé des témoins de votre accident ?

– Mais elle l’a fait! Un certain Claude B. est venu investiguer à Barchon. Malheureusement, cet «enquêteur» de la compagnie d’assurance n’a pas tenu compte des témoins qui pouvaient lui certifier que Claude L. avait bien commencer son déchargement avant l’accident, que l’échelle était parfaitement visible et qu’il avait pris des risques inconsidérés en passant à plusieurs reprises à sa proximité immédiate sans me demander de la déplacer. Pire, je me suis rendu compte, juste avant les débats au civil que cet inspecteur avait carrément fabriqué un faux pour accréditer la nouvelle version des faits de Claude L. Désormais, il y avait une attestation dans le dossier signé par Bernard B., un magasinier du supermarché qui affirmait que Claude L. venait seulement d’arriver au moment de mon accident et qu’il n’avait pas encore commencé son déchargement avec le transpalette. Il en ressortait qu’il ne pouvait être considéré comme le responsable des faits et que j’avais désormais à prouver que je n’étais pas tomber tout seul! J’ai appris l’existence de ce document le jour précédant l’audience du tribunal civil et mon sang n’a fait qu’un tour. J’ai eu la bonne idée de prendre contact avec Bernard B., lequel est tombé des nues quand je lui ai demandé s’il avait bien fait un témoignage accréditant la nouvelle version de Claude L. «Je n’ai jamais signé d’attestation. En plus, Claude L. ment quand il dit qu’il n’avait pas commencé le déchargement !», m’a-t-il dit en substance. A mes frais, j’ai demandé une expertise graphologique du document fourni par l’assurance. Elle a confirmé que la personne qui était le scripteur de l’attestation était aussi… son signataire. C’était bien un faux!

 

– Je suppose que vous avez demandé des comptes à la compagnie d’assurance !

– Dans la procédure civile et dans des échanges de courriers avec la compagnie d’assurance, mes avocats ont bien entendu souligné l’existence de ce faux qui tendait à confirmer le faux témoignage du conducteur du transpalette… Faux témoignage qui était également démenti par différents témoins qui travaillaient ce jour-là dans le supermarché…

 

– L’affaire redevenait limpide…

– Pour le commun des mortels, sans doute. Mais pas pour la compagnie d’assurance. Elle a pris deux postures. D’une part, elle retirait la fausse attestation du dossier. D’autre part, elle me proposait désormais de payer 50% du sinistre! Je ne vois pas pourquoi j’aurais dû assumer 50% des frais liés à un accident dont je n’étais pas responsable et j’ai refusé. L’affaire restait donc pendante au civil et mes avocats m’ont conseillé d’également déposer plainte au pénal pour faux et usage de faux à charge de l’inspecteur Claude B. A ce moment, nous étions déjà en mars 2002 et il fallut attendre jusqu’en mai 2004 pour que cette enquête fort bien menée par la police fédérale, aboutisse à la condamnation de l’inspecteur par le tribunal correctionnel de Liège. 

 

– Cette condamnation a-t-elle modifié l’attitude de la compagnie d’assurance ?

– Nullement. Elle a maintenu son point de vue. Pas question de payer tant que la procédure civile ne l’y forcerait pas! Celle-ci a donc repris et, en octobre 2004, les juges ont tranché. D’une part, ils confirmaient que l’attestation de la compagnie d’assurance relatant le témoignage de Bernard B. était entachée de faux et d’autre part que la seconde version des faits de Claude L. était fausse. On me donnait enfin raison sur toute la ligne et le jugement intimait à la compagnie d’assurance de me verser une somme de 20.000 euros à titre provisionnelle en attendant l’estimation rapide par un expert de l’ensemble du préjudice financier et moral que j’avais subis.  

 

– Point final ?

– Et bien non ! La compagnie d’assurance a décidé de prolonger le supplice en faisant appel! Ce n’est pas vraiment une surprise puisqu’un jour dans une discussion téléphonique, Etienne P. responsable de cette compagnie m’avait «aimablement» averti que j’avais bien tort de ne pas accepter la proposition d’un règlement 50/50. Il m’avait dit : «Un jour, vous aurez peut-être gain de cause devant le tribunal mais cela prendra beaucoup de temps et d’ici là, vous serez complètement sur la paille!».

 

– C’est ce qui se passe ?

– Bien sûr. Près de cinq ans après l’accident, je n’ai toujours pas reçu un euro d’indemnité. A cause de mon incapacité, mon entreprise a périclité. Je n’ai plus su payer mes investissements et mes fournisseurs. Ma maison a été saisie. Je me suis retrouvé sans rien et ma femme m’a quitté. Dès que les médecins me l’ont permis, je me suis battu pour retravailler comme salarié dans une autre entreprise. J’ai décroché un emploi en juin 2002. Depuis début mars 2005, je suis en incapacité de travail suite aux douleurs qui reviennent dans les jambes et l’épaule qui avaient été touchées par l’accident. Je dois bientôt être réopéré pour la quatrième fois! En bref, mon compte en banque est à 0 et je me trouve aujourd’hui avec plusieurs milliers d’euros de dettes! A un moment, j’ai hésité entre le suicide ou le meurtre. Un soir, je me suis retrouvé avec une arme devant le domicile d’un responsable de la compagnie d’assurance… J’étais à deux doigts de péter les plombs! Heureusement, j’ai pu me raisonner. Mais la colère est encore là. Je ne passe pas une nuit sans me réveiller en sursaut à l’idée que les gens de cette compagnie d’assurance ont bousillé ma vie (ndlr : dans cette l’affaire, le jugement en appel du tribunal civil est prévu pour juin prochain…).

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Tags: Assurances
Michel Bouffioux

Michel Bouffioux

Curieux de beaucoup de choses, je m'intéresse notamment à des dossiers sociétaux, historiques, scientifiques et judiciaires. Depuis 1987, comme le temps passe, j'ai travaillé dans les rédactions de plusieurs quotidiens et hebdomadaires belges. J'ai aussi fondé l'hebdomadaire "Le Journal du Mardi" en 1999. Depuis 2007, je fais partie de l’équipe rédactionnelle de Paris Match Belgique.

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