Dans les cours enseignés aux officiers de réserve « DMT », « la mise en doute des valeurs traditionnelles » fait partie de la création d’un « climat prérévolutionnaire« . Sont accusés de participer à la « première phase de la guerre révolutionnaire« , « les pacifistes, les antimilitaristes et les objecteurs de conscience« …
Un article publié le 19 avril 1991 par le quotidien « Libertés ».
Les documents que nous avons pu nous procurer sont relatifs aux cours donnés aux officiers de réserve devant s’activer dans le cadre des plans de « défense militaire du territoire » en 1984 et 1985. Mais, selon nos informations, les cours actuels ne sont pas fort différents. Ils laissent une large place à une théorie sur « la menace intérieure en temps de paix« . Tout porte à croire que ces cours ont été rédigés par le major Bougerol qui, à partir du début des années 1980, a été intégré dans les services de formation des officiers de réserve-DMT. Ce major a été interrogé récemment par la Commission « Gladio » qui a reçu des informations faisant état de la mise sur pied d’un réseau de renseignements parallèle de 445 correspondants militaires d’active, de réserve, civils, par cet officier spécialisé dans la « contre-intelligence » au moment où il dirigeait le Public Information Office.
Les cours en question expliquent que « la menace ennemie peut-être subdivisée en menace intérieure et en menace extérieure. (…) La menace intérieure réside surtout dans la guerre révolutionnaire permanente, comme Trotsky l’a décrite. Cette menace commence en temps de paix par une phase subversive non violente qui se développe systématiquement jusqu’à un stade de conflit ouvert entre groupes armés. Les différentes formes d’action en sont la subversion, le sabotage, le terrorisme et, dans le stade ultime, la guérilla. »
« La première phase de la guerre révolutionnaire a déjà commencé, sous la forme de la subversion à un stade avancé«
« En Belgique« , explique-t-on aux officiers de réserve, « la première phase de la guerre révolutionnaire a déjà commencé, sous la forme de la subversion à un stade avancé et d’un début de terrorisme. Les phases suivantes ne sont pas encore apparues, mais une évolution est à craindre dès le début d’une période de crise ou d’un conflit armé« . Un passage intéressant dans la mesure où, en 1984 et 1985, la Belgique est sous le choc des tueries du Brabant, des scandales du Westland New Post et des attentats des Cellules communistes combattantes.
Dans les cours donnés aux officiers de réserve, tout le monde est mis dans le même sac. Ainsi, « à la base des actions de subversion » sont répertoriées « les organisations extrémistes aussi bien de droite que de gauche, les organisations de pacifistes, antimilitaristes, objecteurs de conscience… les organisations anarchistes et terroristes« .
Mais quid de la subversion ? C’est « une attaque contre la loyauté (sic) qui a pour but de miner le potentiel occidental de défense en conditionnant les esprits et en créant un climat prérévolutionnaire« . Elle se manifeste cruellement lorsqu’on émet des critiques de « l’aliénation de l’individu dans la société de consommation« , par « la mise en doute des valeurs traditionnelles » et par « le discrédit jeté sur les structures et systèmes« .
CONTESTATION
Les cours du major Bougerol mettent aussi l’accent sur les méthodes d’actions utilisées par les subversifs. Elles sont « généralement orientées vers la création de méfiance, malaise et contestations vis-à-vis de l’autorité légale, la remise en question des institutions légales et des valeurs essentielles, l’incitation à la panique par l’exploitation de la peur innée de la guerre. Elles sont appliquées systématiquement par noyautage et infiltration dans les organismes administratifs, sociaux, syndicaux et militaires et les mass-médias, ainsi que par l’organisation de hiérarchies parallèles dans ces organismes (…) Exploitation des causes de mécontentement, des désirs des groupes sociaux et des thèmes aussi louables que la faim dans le tiers-monde, la paix, la non-violence et la crainte d’une guerre nucléaire (…). Agitation menée par le pouvoir en place au moyen de la contestation, de démonstrations, grèves politiques, émeutes locales et en semant la panique ». Dans quel monde vivons-nous !
En ce qui concerne « les mouvements et leurs doctrines« , les cours expliquent que « le danger réel que représente l’extrême-gauche réside moins dans l’intoxication lente de l’opinion publique que dans l’immunisation progressive qu’elle acquiert contre les idées communistes. Ce qui s’est bien entendu démontré dans les différents pays européens…«
SUBVERSION
De son côté, l’extrême-droite n’a rien inventé. « Les techniques révolutionnaires appliquées par ces extrémistes s’inspirent largement des méthodes des grands maîtres de l’action subversive que sont les communistes (…) La démocratie, disent les extrémistes de droite, est une forme de gouvernement dépassée et n’est plus en état de défendre les intérêts nationaux. De plus, en accordant des droits à toute une série de petits partis, elle laisse toute liberté d’action aux idées communistes, alors que le communisme radical ne peut être attaqué que par des moyens radicaux.«
Dans la suite du texte, on renvoie « l’extrême-gauche » et « l’extrême-droite » dos à dos, mais en ajoutant tout de même que « seul le communisme a une idéologie systématique. Il est de plus d’essence internationale. Ce qu’on peut appeler le néo-fascisme est, quant à lui, national« . Et si ce n’est pas encore assez clair comme cela, il est ajouté que : « on peut affirmer que, pour le moment, la menace d’extrême-gauche est plus importante« .
Aussi, « les mouvements pacifistes, d’antimilitaristes et d’objecteurs de conscience » constituent un danger du fait que leurs membres sont en partie des idéalistes qui s’imaginent œuvrer pour la paix et qui, de bonne foi, s’opposent aux efforts que le pays fait dans le domaine militaire. Ils comptent aussi parmi eux un certain nombre de membres aux idées révolutionnaires, des anarchistes et une masse de mécontents, de marginaux, de gens mal informés ou qui ne désirent pas l’être, sans oublier quelques hommes politiques à l’affût de gains électoraux.
« GROUPES À RISQUES »
On passe ensuite à l’étude de la population belge. « En Belgique« , explique-t-on aux officiers de réserve, « la population est en majorité favorable au pouvoir établi« . Ouf ! On souffle un peu, après ce qui a été dit précédemment sur le « climat prérévolutionnaire« . « Cependant, les traditions démocratiques proverbiales et l’ouverture des frontières offrent à l’ennemi de bonnes possibilités d’opération pour la guerre révolutionnaire permanente et même à la préparation d’exécution d’actions armées.«
La récession économique actuelle, avec le chômage et la désorganisation sociale qui en découlent, peut être également exploitée par l’ennemi. Dans un tel ordre d’idée, « il s’agit donc de définir les groupes à risque possibles« . Parmi ceux-ci, on épingle « les citoyens mécontents, à un certain degré, de la situation politique, économique et sociale ou militaire existante » et qui, par conséquent, « sont devenus sensibles à l’influence ou à l’endoctrination ennemie« , et « les nombreux étrangers qui se sont installés en Belgique« . Et de conclure : « certains groupes de population, dont la force est difficile à évaluer, sont favorables au renversement des structures actuelles. L’ennemi peut s’en servir pour mener à bien sa guerre révolutionnaire permanente et peut, dans une certaine mesure, faire appel à certains de ces groupes pour préparer, exécuter ou appuyer des actions armées ou, du moins, y participer activement. »
On sait qu’à l’armée, on n’a pas le chic pour faire dans la nuance. Mais tout de même, en sortant de leurs cours de formation, les officiers de réserve-DMT doivent voir des « subversifs » un peu partout. Reste à espérer qu’il n’y a jamais eu parmi eux des partisans de l’action qui auraient pris au premier degré l’expression de « guerre révolutionnaire permanente« .
Lire aussi : Aux sources du Westland New Post (3) : Les « grands maîtres » de la subversion(S’ouvre dans un nouvel onglet)
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