Le blog de Michel Bouffioux
  • Enquêtes
  • Société
  • Planète
  • Justice
  • Politique
  • Sciences
  • Histoire
  • Psycho
  • Archives
  • A mon avis
Aucun résultat
Voir tous les résultats
Michel Bouffioux
  • Enquêtes
  • Société
  • Planète
  • Justice
  • Politique
  • Sciences
  • Histoire
  • Psycho
  • Archives
  • A mon avis
Aucun résultat
Voir tous les résultats
Le blog de Michel Bouffioux
Aucun résultat
Voir tous les résultats

Les « enfants d’intérieur », fruits des angoisses de leurs parents et du monde numérique

Michel Bouffioux par Michel Bouffioux
7 février 2022
dans Entretien, Paris Match Belgique, Paris Match.be, Psycho
Partager sur FacebookPartager sur Bluesky

Un entretien publié dans l'hebdomadaire Paris Match Belgique le 3 février 2021 et sur le site de Paris Match.be, le 7 février 2021.

En dehors des sorties obligatoires liées à leur scolarité, beaucoup d'enfants, toujours plus, restent cloîtrés au domicile familial. Happés par le monde virtuel du gaming, des réseaux sociaux et des séries, ces "enfants d'intérieur" ont parfois moins d'activités extérieures que des prisonniers ! En apparence seulement… Décodage d'un phénomène de société avec le psychopédagogue Bruno Humbeeck.

Dans un récent ouvrage, le sociologue français Clément Rivière relève que « l'enfant a progressivement désinvesti l'espace urbain extérieur pour devenir un "enfant d'intérieur ». Il décrit une forte évolution des mentalités : « La présence d'enfants non accompagnés dans les espaces publics éveille la suspicion, les laisser jouer ou se déplacer sans surveillance étant progressivement devenu un marqueur de négligence, voire d'irresponsabilité parentale. »

Bien sûr, dans un monde perçu comme plus menaçant qu'hier par les parents, on sait révolus les temps des aventures de "Tom Sawyer" et du "Petit Nicolas". Désormais, pour les gamins de l'école primaire, le sont également ceux des virées non surveillées sur les plaines de jeu et autres terrains vagues, des joutes verbales entre copains au coin de la rue, voire des parties de foot endiablées sur le bitume opposant les gamins du quartier. "Attention aux voitures, attention aux méchants, on préfère te conduire, ne reste pas hors de notre surveillance…".

Les « enfants d’intérieur », fruits des angoisses de leurs parents et du monde numérique

Ces nouveaux paradigmes de l'éducation parentale – qui impliquent, comme l'écrivait récemment un chroniqueur français, que "le 'bon parent', pour être reconnu comme tel, soit exagérément et ostensiblement flippé" – ont certainement contribué à la multiplication de ces "enfants d'intérieur", dont beaucoup sont ensuite devenus des ados fortement incrustés dans le cocon familial. Mais dans ce lieu protecteur, ils se réservent un territoire propre et inviolable : leur chambre, une terra incognita dont les mystères finissent par nourrir de nouvelles angoisses pour les parents, des inquiétudes d'autant plus fortes qu'elles s'inscrivent dans le temps des écrans connectés.

Paris Match. Mon enfant souffre-t-il de solitude, va-t-il bien, ne vit-il l'aventure de sa vie que par procuration, sa vie sociale n'est-elle que virtuelle ? Est-il addict aux écrans ? N'est-ce pas le genre de questions que vous entendez régulièrement lorsque vous recevez des parents anxieux en consultation ?

Bruno Humbeeck.  Tout à fait… Et dans l'immense majorité des cas, mon rôle revient à les rassurer, à leur expliquer que les modes de socialisation des adolescents d'aujourd'hui ne sont plus ceux du siècle précédent. À les inviter à dépasser les idées toutes faites que leur inspire le « mystère de la chambre fermée », à décrisper le débat sur la solitude apparente de leur enfant, à ne pas trop vite supposer une dépendance aux écrans. Je leur rappelle qu'il est essentiel que l'adulte s'intéresse à ce qui intéresse son enfant pour créer un sentiment de considération et susciter du dialogue. Je leur dis aussi qu'il faut se méfier des jugements hâtifs ; qu'il ne faut pas imaginer que les jeunes qui se construisent un univers propre depuis leur chambre sont systématiquement en perdition ou en souffrance, qu'il s'agit nécessairement de drogués du net qui doivent être envoyés chez le psy.

Bruno Humbeeck – Photo : Ronald Dersin.

Plutôt que de leur coller une étiquette de fainéant, il faut converser avec eux sur ce qui les occupe, tant il est vrai qu'un adolescent qui ne fait rien, cela n'existe pas ! Le plus souvent, c'est en fait l'adulte qui ne parvient pas à déchiffrer ce qui se passe sur la planète ado. Le pire consiste à caricaturer ce que l'on ne comprend pas avec des théories à l'emporte-pièce, comme celles que l'on trouve dans certains ouvrages qui décrivent des « crétins digitaux » qui « bousillent leur vie dans un monde virtuel ».

Face à ces jeunes si différents en même temps si semblables aux jeunes d'hier, il faut troquer le costume du conquérant qui cherche à leur imposer des centres d'intérêt pour un habit d'ethnologue qui, avec ouverture d'esprit, découvre le mode de vie d'un peuple inconnu. Cela nous bouscule, cela nous insécurise ? Il faut dédramatiser et admettre que ces jeunes qui semblent vivre en vase clos ne sont pas fermés au monde ; ils échafaudent leur imaginaire et construisent leur entrée dans le monde autrement que les enfants du siècle passé.

« Cet auto-enfermement se passe dans une 'cellule' qu'ils ont dessinée eux-mêmes (…) n'a rien de total.

Les « enfants d’intérieur », fruits des angoisses de leurs parents et du monde numérique

Leur consommation d'écrans n'est-elle pas trop importante ?

Il y a une forte appétence de cette génération pour les écrans, mais il ne faut pas galvauder des grands mots comme "addiction". L'écran n'est qu'un moyen d'accès à des activités très diverses : apprendre, échanger avec des amis via une plateforme, regarder des séries, jouer à des jeux ; on peut être éventuellement dépendant des jeux, mais on ne l'est pas d'un écran en tant que tel. Dans le monde qui est le leur, ce média est incontournable. Il leur permet de se mettre en scène dans leur environnement, mais aussi de collecter d'innombrables informations. En conséquence, les adolescents d'aujourd'hui ont généralement une idée beaucoup plus construite du monde que celle de générations précédentes. Je les trouve bien plus conscients de certains enjeux géopolitiques et bien plus impliqués que, par exemple, les jeunes de la "bof génération" de naguère.

Cela s'est d'ailleurs manifesté dans le monde réel avec des mobilisations importantes pour sauver l'avenir de la planète…
Cela confirme que leur cocon est en fait un cocon transparent qui laisse entrer la lumière extérieure. Ils ont besoin du monde du dehors ! On l'a bien vu pendant la crise sanitaire : une trop grande dose de confinement imposée a été très mal vécue par ces jeunes, que l'on perçoit comme des adeptes de la réclusion. Pour la grande majorité d'entre eux, la vie des écrans n'exclut pas le besoin de rencontres réelles, d'implication dans des aventures collectives. J'ai le sentiment que ces explorateurs d'un nouveau monde seront les adultes d'un XXIe siècle qui devrait tendre vers une "phygitalisation", c'est-à-dire la recherche d'un équilibre entre le meilleur des rencontres physiques et le meilleur du digital.

"Il faut parler avec nos jeunes pour qu'ils se sentent considérés. Les adultes ne peuvent faire l'économie d'un dialogue salutaire en cette période de désenchantement"

Ce "cocon transparent" laisse passer le meilleur comme le pire…

Je ne dis pas que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Des sondages récents ont montré que trop de jeunes, en désamour avec la démocratie perçue comme un régime faible, souhaitent être dirigés par des "personnalités fortes". On peut y voir un effet des algorithmes qui les enferment dans des groupes de discussion où tout le monde va dans le même sens. Mais les jeunes d'autrefois, qui sortaient plus, se rendant dans des cafés et autres lieux de rassemblement, n'allaient-ils pas préférentiellement à la rencontre de copains qui leur ressemblaient ? Je crois que l'enjeu du temps est ailleurs : il faut parler avec nos jeunes pour qu'ils se sentent considérés. Les adultes dans les familles et dans l'enseignement ne peuvent faire l'économie d'un dialogue salutaire en cette période de désenchantement, alors également que des études montrent que la courbe du bonheur ressenti par les adolescents est en train de chuter. C'est par ces échanges qu'on les aidera à comprendre que la société se construit plus harmonieusement par le respect de règles communes préservant l'intérêt général que par n'importe quel culte du chef ; que la démocratie, c'est le respect de toutes les opinions, pas uniquement le respect de l'opinion majoritaire. Des adultes, que ce soit en famille ou à l'école, doivent les aider à transformer les innombrables informations qui leur parviennent en sujets de connaissance, contrariant par-là certaines lectures du monde figées, voire complotistes.

La figure de « l'enfant d'intérieur » a été favorisée par la dernière révolution technologique, mais n'est-elle pas aussi le résultat d'une évolution marquante du mode de vie des parents et de l'éducation qu'ils prodiguent ?

Beaucoup de parents, s'ils font un peu d'introspection, devront en effet admettre qu'ils ne sont pas étrangers au mode de vie choisi par ces ados « en chambre ». En miroir des "enfants d'intérieur", il y a aussi de plus en plus de « familles d'intérieur » : chacun dans sa cabane ! La question est d'intérêt public : ne va-t-on pas toujours plus vers une société du confinement ? Tant il est vrai que la notion de bulle n'est pas née avec la crise sanitaire. Dans nombre de "cellules familiales", on estime qu'il est rassurant de vivre en cercle restreint, d'éviter de multiplier les sociabilités. Il ne s'agit pas à proprement parler d'un repli sur soi, mais d'un « individualisme de groupe », d'un « égoïsme du nous" dans une société où tout est facilitant pour favoriser une vie confinée : travailler à domicile, se faire livrer ses achats, consommer de la culture sur des plateformes. À cela s'ajoute le phénomène des « parents hélicoptères » qui ont développé une forme d'hyperparentalité consistant à garder un contrôle total sur les activités de leur progéniture.

"En définitive, ces 'enfants de l'intérieur' sont ceux qui se sont le plus accommodés de l'éducation donnée par leurs hyperparents."

Ils tournent en permanence autour de leurs enfants ?

Exactement, et cela s'installe comme un mode de fonctionnement qui perdure bien au-delà de la petite enfance. Ces parents ont décidé que leur enfant risquait d'être en danger dès qu'il n'est plus sous leurs yeux. Il ne faut cependant pas les culpabiliser, parler d'un défaut de parentalité. C'est juste une tendance forte dans une société qui peut paraître inquiétante à plus d'un titre pour tout un chacun, alors qu'il y a beaucoup de facteurs d'insécurité – parfois objectifs et parfois subjectifs – alors que les gens sont soumis à un flux d'information continu qui peut s'avérer anxiogène. Ces parents sont d'autant plus attentifs à leur précieux enfant qu'ils en ont "programmé" la naissance. Désormais, les "accidents" sont devenus rares. Les enfants sont littéralement "convoqués à naître" par des parents qui se sentent ensuite terriblement responsables de tout ce qui pourrait leur arriver sur Terre.

« Reste près de nous, tu seras plus en sécurité », tel est le message de ces "hyper-parents" ?

C'est en partie inconscient, mais il s'agit bien de cela. Pourtant, armés de bienveillance et de souci de bien faire, ces parents ont aussi le désir ostensible que leur enfant soit ouvert au monde, qu'il explore son environnement pour développer des compétences. Et pour cela, notre société technologique, notre monde social, leur donne une solution toute faite qui s'enfile comme un gant sur leur modèle éducatif : l'internet et les écrans qui, en conséquence, entrent de plus en plus vite dans la vie des enfants. Dans un premier temps, c'est très rassurant : l'enfant peut parcourir le monde en restant à la maison. Quand il grandit, ses parents peuvent considérer qu'il est préférable qu'il soit devant ses séries, ses jeux et ses réseaux sociaux plutôt qu'en sortie avec des copains qui pourraient le conduire dans des situations dangereuses.

Jusqu'à ce que la solution devienne "le problème" évoqué dans cette conversation…

Pour les parents en tout cas ! Et c'est là tout le paradoxe : l'enfant explore avec avidité l'univers des écrans et les parents en arrivent à développer une angoisse subséquente. Se perd-il ? Pourquoi reste-t-il si longtemps dans sa chambre avec ses écrans ? C'est une nouvelle perte de contrôle pour les parents- hélicoptères.

C'est le serpent qui se mord la queue ?

Oui, car en définitive, ces « enfants de l'intérieur » sont ceux qui se sont le plus accommodés de l'éducation donnée par leurs hyper-parents. Ils en ont fait leur affaire pendant un temps où cela arrangeait tout le monde dans la famille : l'enfant qui ne sort pas est un enfant qui ne se met pas en danger. On peut donc aussi voir cette « servitude volontaire » du jeune comme un élément d'une danse familiale. Faut-il ensuite le reprocher à l'ado qui y trouve son compte en termes de confort et de « tranquillité » dans son développement personnel ?

Directeur de recherche (directeur de recherche) au sein du service des Sciences de la famille de l'Université de Mons, Bruno Humbeeck est notamment l'auteur de Et si nous laissions nos enfants respirer ? Comprendre l'hyper-parentalité pour apprendre à mieux l'apprivoiser, La Renaissance du livre.

Lire  :

Les " enfants d'intérieur ", fruits des angoisses de leurs parents et du monde numérique

Les " enfants d'intérieur ", fruits des angoisses de leurs parents et du monde numérique

Dans un récent ouvrage, le sociologue français Clément Rivière relève que  » l’enfant a progressivement désinvesti l’espace urbain extérieur pour devenir un  » enfant d’intérieur « . Il décri…

https://parismatch.be/actualites/societe/538726/les-enfants-dinterieur-fruits-des-angoisses-de-leurs-parents-et-du-monde-numerique

Les « enfants d’intérieur », fruits des angoisses de leurs parents et du monde numérique
Photo by ltoinel on Unsplash

Michel Bouffioux

Michel Bouffioux

Curieux de beaucoup de choses, je m'intéresse notamment à des dossiers sociétaux, historiques, scientifiques et judiciaires. Depuis 1987, comme le temps passe, j'ai travaillé dans les rédactions de plusieurs quotidiens et hebdomadaires belges. J'ai aussi fondé l'hebdomadaire "Le Journal du Mardi" en 1999. Depuis 2007, je fais partie de l’équipe rédactionnelle de Paris Match Belgique.

Vous aimerez aussi

Je rumine donc je suis : « Notre cerveau est programmé pour produire ces pensées spontanées »

Je rumine donc je suis : « Notre cerveau est programmé pour produire ces pensées spontanées »

par Michel Bouffioux
11 janvier 2026

Nous passons une grande partie de notre vie plongés dans nos pensées. Faut-il y voir un dysfonctionnement de l'esprit ou,...

Êtes-vous sous emprise ? Comment se libérer des personnes toxiques

Êtes-vous sous emprise ? Comment se libérer des personnes toxiques

par Michel Bouffioux
1 décembre 2025

L'emprise peut s'immiscer partout : couple, famille, travail… Le psychiatre Jean Cottraux explique comment reconnaître les prédateurs – narcissiques, borderline, paranoïaques,...

Êtes-vous trop gentil ? Cela se soigne !

Êtes-vous trop gentil ? Cela se soigne !

par Michel Bouffioux
14 juillet 2025

On nous apprend dès l'enfance à être gentils. Mais l'être trop peut devenir une souffrance, voire un handicap. François Lelord,...

Apprendre à reconnaître cette haine qui habite chacun d’entre nous, c’est commencer à l’apprivoiser, explique le psychiatre Gérard Apfeldorfer

Apprendre à reconnaître cette haine qui habite chacun d’entre nous, c’est commencer à l’apprivoiser, explique le psychiatre Gérard Apfeldorfer

par Michel Bouffioux
10 juin 2025

Mais pourquoi tant de haine ? C'est la question que pose le psychiatre Gérard Apfeldorfer dans son dernier livre. Pour...

Les failles secrètes de Donald Trump : « Dès son plus jeune âge, il s’est profilé comme un intimidateur »

Les failles secrètes de Donald Trump : « Dès son plus jeune âge, il s’est profilé comme un intimidateur »

par Michel Bouffioux
11 mai 2025

Derrière l'image du milliardaire flamboyant devenu par deux fois président des États-Unis se cache un homme façonné par une enfance...

Faut-il vraiment craindre une guerre mondiale ? Le géopolitologue Frédéric Encel désamorce le discours apocalyptique

Faut-il vraiment craindre une guerre mondiale ? Le géopolitologue Frédéric Encel désamorce le discours apocalyptique

par Michel Bouffioux
6 avril 2025

Un entretien publié par l'hebdomadaire Paris Match Belgique, le 3 mars 2025 et le 6 mars 2025 par le site...

Voir plus
Article suivant

L'homme, cette espèce animale parmi tant d'autres

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le blog de Michel Bouffioux

Enquêtes, reportages, entretiens, archives

© 2025 Michel Bouffioux – Site réalisé par Michaël Perrin

Aucun résultat
Voir tous les résultats
  • Enquêtes
  • Société
  • Planète
  • Justice
  • Politique
  • Sciences
  • Histoire
  • Psycho
  • Archives
  • A mon avis

© 2025 Michel Bouffioux – Site réalisé par Michaël Perrin

Ce site web utilise des cookies. En continuant à l'utiliser, vous consentez à l'utilisation des cookies.