La vie existe-t-elle ailleurs que sur Terre ? Plus intensément qu’à toute autre époque, la science tente de trouver des débuts de réponse à cette question qui interpelle l’humanité. Spécialiste de l’exploration du système solaire et des environnements planétaires, l’astrophysicien François Forget nous explique où en est cette extraordinaire enquête.
Un entretien publié par l’hebdomadaire Paris Match Belgique le jeudi 16 novembre 2023 et par le site Paris Match.be le 18 novembre 2023.
Plus de deux billions de galaxies sont observables avec nos technologies actuelles, mais on suppose que l’univers est encore plus immense. Chacune peut contenir des milliards à des trillions d’étoiles. La nôtre, la Voie lactée, compte environ 400 milliards d’étoiles et au moins autant de planètes. On estime également que l’univers est âgé de 13 à 14 milliards d’années, qu’il est donc bien plus vieux que notre soleil, un jeunot âgé de 4,5 milliards d’années. Dans l’immensité de l’espace et du temps, ne serait-il pas fort étonnant que la vie ne soit apparue que sur notre planète ?
François Forget. Indubitablement, ce gigantisme de l’univers, son ancienneté, certains indices aussi – nous en parlerons – rendent cette question parfaitement pertinente. Je dirais même qu’elle est encore plus prégnante depuis quelques années, alors que nous avons pu prouver qu’il y avait beaucoup de planètes autour d’autres étoiles que notre Soleil (NDLR : les exoplanètes). Cela a été une petite révolution, même si elle n’a pas fort bousculé les foules qui, influencées par les films de science-fiction, pensaient déjà qu’il y avait une multiplicité prodigieuse de systèmes planétaires dans l’univers.
Pour le coup, la réalité a donc confirmé la fiction ?
En tous les cas, il y a bien énormément d’exoplanètes et l’on pense, sans pouvoir le prouver à ce stade, que nombre d’entre elles pourraient être habitables par différentes formes de vie. Mais le rapprochement avec la science-fiction s’arrête là : comme chacun le sait, nous n’avons pas encore fait de rencontre du troisième type, aucun extraterrestre n’a encore pris contact avec nous, les voyages interstellaires vers de potentielles autres vies intelligentes sont hors de notre portée. Sans vouloir jouer au rabat-joie, il faut aussi souligner qu’aujourd’hui, la preuve de l’existence d’une vie extraterrestre, sous quelque forme que ce soit, même primitive – bactérienne, par exemple – n’a pas encore été présentée. A contrario de notre raisonnement de départ prenant argument de l’immensité de l’univers pour plaider la potentielle existence d’une vie extraterrestre, on peut tout aussi légitimement formuler l’hypothèse d’une Terre « rare ».
« Parlons d’une possibilité, parlons de la nécessité d’une enquête à mener sur la base d’une hypothèse qui n’a rien de farfelu. Mais gardons-nous aussi de conclure trop vite »
En d’autres termes ?
À ce stade de nos connaissances, il demeure légitime de se demander si la Terre n’est pas exceptionnelle dans l’univers. Elle a été couverte d’eau liquide, d’océans, pendant des milliards d’années, ce qui a été propice au développement de la vie. Cela existe-t-il ailleurs ? C’est en tous cas une particularité rare dans le système solaire. Au-delà, pour ce qui concerne les exoplanètes, nos moyens d’observation ne permettent pas encore de constater que certaines d’entre elles pourraient être recouvertes d’océans. Nos limites technologiques, le plafond de nos connaissances, réduisent aussi la portée concrète de l’argument de l’immensité de l’univers : dans les dizaines, voire dans les centaines d’années à venir, nous ne serons sans doute toujours pas en mesure de mener exhaustivement une recherche de vie extraterrestre. Modestement, malgré des outils toujours plus performants, les télescopes spatiaux, des radiotélescopes toujours plus sensibles et des sondes spatiales qui s’aventureront plus loin dans l’espace, nous ne pourrons explorer « que » des dizaines de milliers d’étoiles et de systèmes planétaires, alors qu’il en existe des milliards de milliards. Mon discours se veut donc nuancé : le fait de prendre en compte l’idée que la Terre est peut-être rare ne veut pas dire qu’il n’y a pas de vie ailleurs. Mais il faut aussi accepter l’idée, sans doute peu populaire, qu’il n’est pas certain que nous détections un jour la preuve de l’existence de cette éventuelle vie extraterrestre. Parlons d’une possibilité, parlons de la nécessité d’une enquête à mener sur la base d’une hypothèse qui n’a rien de farfelu. Mais gardons-nous aussi de conclure trop vite.
La Terre a été couverte d’eau liquide, d’océans, pendant des milliards d’années, ce qui a été propice au développement de la vie. Cela existe-t-il ailleurs ? ©joseph-Barrientos/unsplash
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Ces scientifiques qui cherchent des traces de vie extraterrestre
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