Un entretien publié par l’hebdomadaire Paris Match Belgique, le 22 février 2024, et par le site Paris Match.be, le 24 février 2024.
La poignée de main est franche lorsqu’il m’accueille dans sa ferme, à Thibessart (Luxembourg belge). D’emblée, comme si nous avions gardé les vaches ensemble, il me tutoie. Florian Poncelet a le contact facile. Sans doute est-ce cette qualité qui a propulsé ce jeune homme de 28 ans à la tête de la Fédération des jeunes agriculteurs, fer de lance de la mobilisation agricole dans le sud de la Belgique. Il me parle de son métier, de ses difficultés, de ses 60 à 70 heures de travail par semaine… à perte. Il prévient : « Nous sommes au bout du rouleau. Si les négociations avec les politiques n’aboutissent pas rapidement, les tracteurs ressortiront. On bloquera tout le pays. »
Au moment où nous commençons à discuter, il est à peu près 10 h. Votre journée de travail a déjà commencé depuis pas mal de temps ?
Florian Poncelet. Oui ! Tôt le matin, je suis allé soigner les bêtes pour essayer d’avoir fini à l’heure pour te recevoir.
Vous commencez à quelle heure, en général ?
À 7 h, parfois un peu plus tôt. Avec mon oncle qui est aussi mon associé, nous entamons toujours nos journées avec les bovins. Nos étables abritent quelque 300 bêtes de race blanc bleu belge. Les veaux sont élevés au pis, car il est important à nos yeux qu’ils boivent le lait de leur mère. On nourrit les bêtes, on les paille, on les inspecte pour voir si elles vont bien, on les soigne avec passion. Ça nous prend bien deux ou trois heures. Ensuite, on passe à d’autres tâches liées à nos céréales. Nous possédons environ 30 ha de cultures commerciales. S’y ajoute l’incroyable masse de formalités administratives dont il faut s’acquitter. Crois-moi, ça prend du temps aussi. Des heures… Parfois, je m’arrache les cheveux, tellement c’est complexe ! Ensuite, il y a les travaux d’entretien, les vêlages. On repasse encore le soir dans les étables pour soigner les bêtes. On finit donc nos journées comme on les a débutées, avec les animaux, vers 19 h, 20 h. Moi, il m’arrive de les prolonger avec mes collègues syndicalistes, comme la nuit dernière, où je suis rentré d’une réunion à 2 h du matin.
Bien entendu ! Les bêtes ont besoin de nous tous les jours. Donc, si je décompte les pauses, je dois tourner autour des 60 heures par semaine. C’est une moyenne, parfois c’est 70 heures. Mais je ne me plains pas.
Vous pourriez…
Peut-être que je ne me rends pas compte, parce que je n’ai connu que ça. Comme on dit, je suis donc tombé dedans quand j’étais petit. Mon oncle est exploitant agricole depuis de nombreuses années et je l’ai toujours aidé. En 2021, après avoir réussi un graduat en gestion agricole à Ciney, j’ai repris la moitié des parts. C’est ma vie et s’il n’y avait les difficultés dont je te parlerai, je l’aime telle qu’elle est.
L’école vous a-t-elle bien formé aux enjeux actuels de l’agriculture ?
Autant que faire se peut. Le secteur est en évolution permanente. Il y a sans cesse de nouvelles législations. Par exemple, on m’a appris à mettre en œuvre des traitements phytosanitaires qui n’étaient plus autorisés quand je me suis lancé dans l’activité.
Qu’est-ce qui vous motive ?
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