En quelques secondes, le 20 mars 2022, un chauffard endeuillait de nombreuses familles. Sept morts, des dizaines de blessés, dont certains ne retrouveront jamais leur vie d’avant. Paolo Falzone roulait à une vitesse de 174 km/h en agglomération. Dans un long entretien accordé à Paris Match, Mattia Imperiale témoigne de sa douleur et de ses questionnements. Cette nuit-là, cet homme encore jeune a perdu simultanément son père, son parrain et sa marraine, victimes de la bêtise et de l’inconscience.
20 mars 2022. Il est près de 5 heures du matin. Une puissante BMW noire, full option, moteur boosté illégalement, roule dans la nuit. Elle est conduite par Paolo Falzone, un homme alors âgé de 32 ans, passionné de bagnoles et de vitesse. Le véhicule ne lui appartient pas : il est au nom d’une société appartenant à sa maman. C’est aussi la première personne qu’il appellera quelques minutes plus tard, quand il aura tué et blessé plusieurs piétons dans l’agglomération de Strépy-Bracquegnies.
On a beau rouler des mécaniques sur des airs de rap, faire vrombir un moteur de 355 chevaux et crisser des pneus, on a beau croire que c’est ça être un « mâle », au bout du compte, le naturel revient : celui d’un gamin immature, pour reprendre les termes des experts psy qui se sont penchés sur son cas, celui d’un enfant indiscipliné réclamant le soutien maternel après avoir cassé son jouet.
Ce n’est pas que le gamin — trentenaire, tout de même — n’eût pas été mis en garde. Cela faisait longtemps que Paolo Falzone prenait des risques au volant. Son père l’avait prévenu : « Arrête de rouler comme ça, un jour tu vas tuer quelqu’un« , témoigne l’une des connaissances de la famille. La justice lui avait aussi donné un avertissement. Le 18 avril 2017, il avait été condamné par le tribunal de police de Mons à une peine d’amende avec sursis et une déchéance de trois mois de permis pour conduite en état d’ivresse et refus de l’analyse d’haleine. En vain.
« J’ai toujours pensé qu’un jour il tuerait quelqu’un »
Après la tragédie, de multiples témoins ont confié à la police qu’ils n’étaient pas surpris que Paolo Falzone ait fini par provoquer une catastrophe. Une de ses amies le décrit comme « un fou de vitesse« . Une autre se remémore avec effroi une balade en voiture avec l’intéressé : « Il roulait à plus de 200 km/h, sa conduite était excessivement dangereuse. » À plusieurs reprises, elle lui avait demandé de ralentir, mais il n’avait prêté aucune attention à ses suppliques. Une ancienne voisine dit : « J’ai toujours pensé qu’un jour il tuerait quelqu’un. » Une amie d’enfance, évoquant sa conduite nerveuse, résume le sentiment général de ceux qui le fréquentaient avec cette formule : « Tout le monde pense que, vu son style de conduite, ça devait arriver. » En somme, la tragédie était annoncée.
Cette nuit-là, dans la voiture noire, Paolo Falzone est accompagné d’une amie et d’Antonino Falzone, assis sur le siège passager. Contrairement à ce que son nom pourrait laisser croire, ce dernier n’est pas le frère du conducteur, ni même son cousin. C’est un compagnon de virée, un complice. Le trio revient d’une sortie en boîte. L’amie est déposée chez elle. Les deux Falzone ont déjà roulé quelque cinquante kilomètres lorsqu’ils arrivent à proximité du lieu de la tragédie qu’ils sont en train d’écrire.
Paolo Falzone, le conducteur, est légèrement alcoolisé ; il a bu l’équivalent de deux ou trois verres de vin. Pas de quoi altérer son état de conscience. L’idée qui lui vient à ce moment n’est donc attribuable qu’à sa bêtise : alimenter une story sur un réseau social, montrer au monde entier qu’il ose rouler à très vive allure dans une agglomération. Il fait un premier test. Il enregistre une vidéo, mais n’en est pas satisfait. Alors, il décide de filmer une séquence supplémentaire. Il reprend son smartphone de la main droite, orientant la caméra vers le compteur. Il tient le volant de la main gauche. Et il fait rugir ses 350 chevaux. Des rappeurs vocifèrent des paroles agressives dans l’habitacle alors que la voiture noire prend de la vitesse. L’adrénaline des deux complices monte. La tragédie est imminente. Dans 58 secondes, la voiture noire va tuer.
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Actualisation : Le 7 avril 2025, la chambre des mises en accusation de Tournai a décidé de renvoyer Paolo et Antonino Falzone devant la cour d’assises du Hainaut. Paolo Falzone devra répondre de sept meurtres et de tentatives de meurtre. Son cousin Antonino Falzone est, lui, poursuivi pour non-assistance à personne en danger.
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