Le blog de Michel Bouffioux
  • Enquêtes
  • Société
  • Planète
  • Justice
  • Politique
  • Sciences
  • Histoire
  • Psycho
  • Archives
  • A mon avis
Aucun résultat
Voir tous les résultats
Michel Bouffioux
  • Enquêtes
  • Société
  • Planète
  • Justice
  • Politique
  • Sciences
  • Histoire
  • Psycho
  • Archives
  • A mon avis
Aucun résultat
Voir tous les résultats
Le blog de Michel Bouffioux
Aucun résultat
Voir tous les résultats

Août 1914, la Belgique envahie (2): Les Belges n’ont jamais autant souffert

Michel Bouffioux par Michel Bouffioux
3 février 2015
dans Histoire, Paris Match Belgique
Partager sur FacebookPartager sur Bluesky

Jusqu’au bout, la Belgique y a cru… Elle a espéré que sa neutralité, qui avait été garantie en 1831 à Londres par les grandes puissances, serait respectée en cas de guerre entre l’Allemagne et la France. Fin juin 1914, lorsqu’un prince héritier austro-hongrois fut assassiné à 1 500 kilomètres de Bruxelles, les Belges ne se sentaient d’ailleurs pas du tout concernés et la presse bruxelloise prenait le parti des Habsbourg, qui se montraient menaçants pour la Serbie… Mais un tout petit peu plus d’un mois après Sarajevo, les troupes allemandes pénétraient en Belgique !

Une invasion dans la terreur, faite de pillages, de destructions et d’innombrables massacres de civils. Une agression à laquelle les soldats belges, beaucoup moins nombreux que leurs adversaires, mal équipés, mal entraînés, ont répondu avec bravoure dès les premiers jours de la guerre, ces jours que nous allons raconter dans ce supplément exceptionnel — 148 pages au total — de Paris Match Belgique. Lors de cet été tragique, le monde entier, pris d’effroi par les actes de barbarie commis par les Allemands, se sentit solidaire du malheur de la population belge et admiratif aussi de l’héroïque résistance de sa petite armée. En ce sens, la Belgique a gagné quelque chose à être embarquée dans cet horrible conflit mondial : elle a acquis l’image d’un peuple courageux et déterminé, loyal vis-à-vis de ses alliés et soucieux du respect du droit. Toutes vertus généralement encore reconnues aux Belges.

La victoire — autant morale que militaire — a cependant été acquise au prix fort : 300 000 soldats se sont retrouvés sous les drapeaux entre 1914 et 1918 ; 42 000 d’entre eux ont perdu la vie pendant les combats ; 4 000 autres sont morts de leurs blessures et de maladies dans l’année qui a suivi l’armistice. Plus de 40 000 prisonniers belges ont souffert d’une détention dure dans des camps en Allemagne et 33 000 autres ont été internés dans des centres par nos voisins hollandais, qui étaient neutres pendant la Première Guerre mondiale. Quinze mille hommes parmi les 77 000 combattants belges qui ont été blessés pendant cette guerre ont repris la vie civile avec des infirmités et des invalidités.

Mais les victimes collatérales de la bêtise malfaisante des va-t-en-guerre, de la cupidité d’industriels qui se sont rempli les poches avant, pendant et après la guerre et de quelques avatars allemands et austro-hongrois de l’absolutisme de « droit divin » ne portaient pas toutes l’uniforme. Que de civils sacrifiés sur l’autel d’un nationalisme belliqueux ! Et raciste, déjà. Préfigurant certainement le nazisme… « Sales Belges ! » criaient en effet les jeunes Allemands habillés d’uniformes gris verdâtre qui ont ensanglanté notre pays, galvanisés et formatés par la propagande prussienne. N’hésitant pas à rassembler des innocents par centaines devant des pelotons d’exécution à Dinant, Soumagne, Tamines et en bien d’autres lieux de douleur ; fusillant sans procès et sans raison, en représailles de faits imaginaires, parfois carrément inventés. Achevant leur sinistre besogne à la hache ou à la baïonnette. Enfermant des familles entières dans des maisons pour ensuite les incendier.

Une folie meurtrière, une plongée dans les ténèbres. Cinq mille cinq cents civils tués en Belgique pendant les onze premières semaines de la guerre, 23 000 au bout de quatre ans, si l’on s’en tient aux victimes des atrocités allemandes, de la déportation et des bombardements. Mais il faut aussi prendre en compte la surmortalité liée à la malnutrition qui, au surplus, facilita une terrible épidémie de grippe, et l’on arrive alors à un chiffre de 76 000 Belges qui trouvèrent la mort pendant la Grande Guerre, soit 1 % de la population de l’époque. Les survivants ont souffert d’une occupation très dure, humiliante. Il y a aussi ceux qui ont pu partir : jusqu’à 1,4 million de Belges se sont retrouvés sur les routes de l’exil durant la première année de guerre. Et ceux qui furent déportés : des 120 000 Belges qui servirent de travailleurs en Allemagne et en territoire occupé, sur le front occidental allemand, 2 600 ne revinrent jamais, victimes des maladies et des privations. Bien d’autres, trop affaiblis, moururent peu de temps après leur retour.

Au total, la Première Guerre, celle qui devait aussi être « la der des der », a fait environ 10 millions de morts parmi les soldats et 8 à 9 millions de morts dans les populations civiles. Une boucherie dans les tranchées, une misère indicible dans les villes et villages dévastés. Le début de la guerre totale. L’apparition d’armes aussi inédites que dévastatrices : canons plus puissants que jamais, armes chimiques, premiers blindés, premiers combats aériens. Une violence jusque-là inconnue débouchant sur la peur… Et un dégoût tel qu’il saute ensuite les générations pour préparer la guerre suivante, armant l’engrenage fatal : des souffrances de la Première Guerre mondiale vont se nourrir les totalitarismes des décennies suivantes, ainsi que des rancunes renforcées par une paix mal ficelée à Versailles, inspirant le désir de vengeance.

Et donc, vingt ans après, à peine plus, il y aura le retour de l’envahisseur allemand, plus fanatisé encore. Plus raciste aussi. Embrigadé dans le nazisme, prêt cette fois à commettre un génocide. Au nom d’une idéologie, d’une conception paranoïaque du monde qui, aujourd’hui encore, malgré tous les morts, les larmes et le sang, trouve toujours des apologistes chez des extrémistes nationalistes et communautaristes. Il faut espérer que tous ces faiseurs de malheur, ces amis de toujours des marchands de canon, resteront les moins nombreux. Que ceux qui voudraient que ce monde ne connaisse plus de guerre, ici ou ailleurs, aujourd’hui comme demain, restent majoritaires.

Quarante-sept civils sont tués le 21 octobre 1914 à Esen en Flandre occidentale : c’est le dernier massacre d’une série commencée dès le tout début de l’invasion de la Belgique. Lire à ce propos : John Horne et Alan Kramer, « 1914, les atrocités allemandes », Tallandier, Paris, 2011 et Villes martyres, Belgique, août-septembre 1914, sous la direction d’Axel Tixhon et Mark Derez, Presses universitaires de Namur, 2014. À propos des chiffres cités dans cette introduction, lire notamment Michaël Bourlet, La Belgique et la Grande Guerre, Soteca, Paris, 2012. « Merci à Laurence Van Ypersele, historienne (UCL) et présidente du groupe de pilotage « Commémorer 14-18 » de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Francis Balace, professeur ordinaire honoraire de l’ULg ainsi qu’à Pierre Lierneux et Rob Troubleyn du Musée Royal de l’Armée. »

Lire la suite : Août 1914 : La Belgique envahie (3) : L’assassinat de Sarajevo, ou l’étincelle fatale

Août 1914 : La Belgique envahie- 2
ob_b0106f_1914-1.pdfTélécharger
  • Souveraineté alimentaire : la Wallonie peut devenir autosuffisante, même en bio, selon une modélisation réalisée à Gembloux Agro-Bio Tech
  • Ivresse, les non-dits de l’Histoire : « Expliquer des événements marquants par l’intervention de personnages qui titubent peut paraître vulgaire »
  • Je rumine donc je suis : « Notre cerveau est programmé pour produire ces pensées spontanées »
  • Symptômes médicaux inexpliqués : la détresse des patients, l’hypothèse de l’inconscient
  • Johann Margulies, épuisé, douloureux, mais augmenté par sa quête de sens : « La maladie m’a donné une autre manière d’habiter l’existence »

1ère guerre mondiale Affaire Dutroux Agriculture Asile Assurances Banditisme Belgique Bien être Climat Congo Covid Crise sanitaire Démocratie Désinformation Déstabilisation Elizabeth Brichet Enquête Entretien-portrait Environnement Estime de soi Etats-Unis Extrème droite Extrême droite Gladio Histoire Histoire coloniale Justice Marie-Noëlle Bouzet Mawda Modes de vie Monarchie Police Politique Psychologie Santé Santé publique Scandale politico-financier Science Seconde guerre mondiale Services de renseignement Social Société Solidarité Tueries du Brabant Violences policières

Abonnez-vous gratuitement pour être averti des nouveaux articles publiés.

Vérifiez votre boite de réception ou votre répertoire d’indésirables pour confirmer votre abonnement.

Tags: 1ère guerre mondialeHistoire
Michel Bouffioux

Michel Bouffioux

Curieux de beaucoup de choses, je m'intéresse notamment à des dossiers sociétaux, historiques, scientifiques et judiciaires. Depuis 1987, comme le temps passe, j'ai travaillé dans les rédactions de plusieurs quotidiens et hebdomadaires belges. J'ai aussi fondé l'hebdomadaire "Le Journal du Mardi" en 1999. Depuis 2007, je fais partie de l’équipe rédactionnelle de Paris Match Belgique.

Vous aimerez aussi

Ivresse, les non-dits de l’Histoire : « Expliquer des événements marquants par l’intervention de personnages qui titubent peut paraître vulgaire »

Ivresse, les non-dits de l’Histoire : « Expliquer des événements marquants par l’intervention de personnages qui titubent peut paraître vulgaire »

par Michel Bouffioux
26 janvier 2026

L'alcool est un acteur discret mais parfois déterminant de l'Histoire. Médecin alcoologue, Michel Craplet explore cet angle mort de la...

Ces temps lointains où il n’y avait pas de « deuxième sexe » : « La complémentarité des rôles et la flexibilité des tâches étaient la règle »

Ces temps lointains où il n’y avait pas de « deuxième sexe » : « La complémentarité des rôles et la flexibilité des tâches étaient la règle »

par Michel Bouffioux
1 septembre 2025

Loin des clichés sur la préhistoire, la paléontologue Claudine Cohen explique qu'au Paléolithique, les rapports entre les sexes se vivaient...

Jeunes aidants proches, ces héros invisibles

Jeunes aidants proches, ces héros invisibles

par Michel Bouffioux
9 janvier 2025

Ils ont moins de 26 ans. Ils apportent une aide constante à un membre de leur famille en situation de...

Il y a 80 ans, les civils dans le feu de la bataille des Ardennes

Il y a 80 ans, les civils dans le feu de la bataille des Ardennes

par Michel Bouffioux
16 décembre 2024

Quarante-cinq jours de terreur. Un déluge de feu dans le froid polaire d'un hiver maudit. Du sang, des larmes. Des...

« Il y a un parfum d’années 1930 en Allemagne « : l’historien Emmanuel Droit analyse la préoccupante montée de l’extrême droite en République fédérale

par Michel Bouffioux
18 novembre 2024

Un entretien publié par l'hebdomadaire Paris Match Belgique, le 14 novembre 2024 et par le site Paris Match.be le 18 novembre...

Dans mes archives (2) En 1918, les jeunes hommes revenus du front aspiraient à plus de démocratie

par Michel Bouffioux
11 novembre 2024

Des articles à relire, quelques années après... Lors de la commémoration du 11 novembre, on rappelle volontiers l'héroïsme des soldats...

Voir plus
Article suivant

Août 1914 : La Belgique envahie (3) : L’assassinat de Sarajevo, ou l’étincelle fatale

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le blog de Michel Bouffioux

Enquêtes, reportages, entretiens, archives

© 2025 Michel Bouffioux – Site réalisé par Michaël Perrin

Aucun résultat
Voir tous les résultats
  • Enquêtes
  • Société
  • Planète
  • Justice
  • Politique
  • Sciences
  • Histoire
  • Psycho
  • Archives
  • A mon avis

© 2025 Michel Bouffioux – Site réalisé par Michaël Perrin

Ce site web utilise des cookies. En continuant à l'utiliser, vous consentez à l'utilisation des cookies.