Le 1er août 1914, l’Allemagne déclare la guerre à la Russie, pays allié de la France qui décrète la mobilisation générale de ses armées. La Belgique, qui avait échappé à la guerre franco-prussienne de 1870, espère encore ne pas devoir renouer avec sa tradition de « champ de bataille de l’Europe ». C’est d’ailleurs le sens de son statut de pays neutre qui lui a été garanti par les grandes puissances lors de la conférence de Londres en 1831 ! Dans cet esprit, Albert Ier écrit une lettre, ce samedi-là, à l’empereur Guillaume II. Les deux hommes se connaissent bien. Ils se sont rencontrés à de nombreuses reprises. Le roi des Belges est le fils de la princesse Marie de Hohenzollern-Sigmaringen, apparentée à la famille royale de Prusse : le belliqueux Kaiser est donc son cousin.
C’est la reine Élisabeth, fille du duc de Bavière Wittelsbach, qui traduit en allemand la lettre de son mari, lequel plaide le respect de la neutralité belge alors que la guerre entre la France et l’Allemagne est désormais inévitable : « Sire et cher Cousin, La guerre qui menace d’éclater entre les deux puissances voisines me donne, ainsi que tu le comprendras aisément, de graves préoccupations. Depuis plus de quatre-vingts ans que la Belgique est indépendante, notre pays a observé consciencieusement ses obligations internationales, plusieurs fois dans les circonstances les plus difficiles, et le chancelier de l’empire a rendu une éclatante justice à son attitude correcte et impartiale en 1870. Votre Majesté et son gouvernement nous ont donné à diverses reprises des preuves précieuses d’amitié et de sympathie ; et des personnes très autorisées nous ont donné l’assurance qu’en cas d’un nouveau conflit on respecterait la neutralité de la Belgique. Nous avons parfaitement compris les objections politiques qui s’opposaient à la publication de cette déclaration, mais nous ne doutons pas que les sentiments et les intentions du puissant empire, dont Votre Majesté dirige les destinées, n’aient éprouvé à notre égard aucune modification. Les rapports de parenté et d’amitié qui unissent nos deux familles m’ont déterminé à t’écrire et à te prier, à cette heure si grave, de vouloir bien me renouveler l’expression de ces sentiments envers mon pays. Je te serai cordialement reconnaissant d’une pareille bienveillance. Avec confiance je reste ton fidèle et dévoué cousin, Albert. »
Une hypocrite réponse de Guillaume II parviendra au Palais royal de Bruxelles le 4 août, à 3 heures du matin… Cinq heures avant le franchissement de la frontière belge par les troupes allemandes et surtout deux jours après l’envoi d’un ultimatum inacceptable pour le gouvernement belge (lire pages 10 et 11) : « Mes plus vifs remerciements pour la lettre de Votre Majesté et l’expression des sentiments qu’elle renferme. Si je me suis trouvé dans l’obligation de formuler une demande grave au gouvernement de Votre Majesté, ce fut dans l’intention la plus amicale envers la Belgique, mais sous la contrainte de cette heure décisive où il s’agit du sort de l’Allemagne. Comme les stipulations indiquées le laissent entrevoir, Votre Majesté tient encore en ce moment entre les mains les possibilités du maintien de nos rapports amicaux actuels et ultérieurs. Mes sentiments envers Votre Majesté et son pays restent inchangés. Guillaume. »
Sur le dos de cette lettre, Albert Ier a écrit cette réponse : « Les sentiments d’amitié que j’ai exprimés à Votre Majesté et ceux qu’elle m’a maintes fois prodigués, les relations cordiales de nos deux gouvernements, l’attitude toujours correcte de la Belgique contre laquelle l’Allemagne n’a jamais pu articuler le moindre grief ne me permettaient pas de supposer un instant que Votre Majesté nous forcerait cruellement de choisir à la face de l’Europe entière entre la guerre et la perte de l’honneur, entre le respect des traités et la méconnaissance de nos devoirs internationaux. Albert. »

Publié dans Paris Match (Belgique), le 17 juillet 2014.
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